Du côté de la recherche

J’avais promis de vous suggérer de temps en temps des lectures de recherches qui méritent d’être connues et discutées. Ce sera le cas cette fois.

Voici donc quatre articles dont la lecture est fortement suggérée.

Santé mentale et médias sociaux

Je soupçonne que nous sommes à présent tous et toutes bien conscients que les médias sociaux ont eu, et continuent d’avoir, de nombreux effets, pour certains souhaitables sans doute, mais aussi pour certains autres déplorables, tant sur nos vies que sur la conversation démocratique. La polarisation des débats et la propagation de fausses nouvelles sont parmi ces effets néfastes qu’il est devenu difficile de ne pas apercevoir.

La première recherche dont je veux vous parler, parue cet été sur le site SSRN, s’est penchée sur les effets des médias sociaux sur la santé mentale des jeunes universitaires aux États-Unis. Plus précisément, on a utilisé une technique statistique particulière (DID, pour les intimes) pour tenter de cerner les effets de l’avènement de Facebook sur, justement, la santé mentale des jeunes.

Ce n’est pas joli. On parle de mauvaise santé mentale, de dépression, de hausse du recours aux services spécialisés en santé mentale, sans oublier cette inquiétante baisse des résultats scolaires.

L’article cherche à comprendre ce qui, par Facebook, contribue à ces effets. Il appelle aussi, sagement, à la prudence dans la lecture et l’interprétation de ces résultats, compte tenu notamment de la complexité du sujet et de la méthodologie utilisée.

Mais on trouvera ici amplement de quoi nourrir une saine inquiétude devant Facebook et les nouveaux médias.

Biais implicites et racisme

J’ai déjà évoqué en ces pages ces nombreuses critiques adressées au fameux test sur les biais implicites qui prétend mettre à jour ces biais que nous aurions sans le savoir, et donc notre racisme inavoué et inavouable.

On a souvent avancé, notamment, qu’il est loin d’être clair que ce test mesure ce qu’il prétend mesurer, et on a soutenu qu’il n’est pas un bon prédicateur des comportements qu’il prétend prévoir.

Publié le mois dernier sur le site de SAGE Journals, un intéressant article se penche sur la présentation de ce test controversé dans 17 manuels d’introduction à la psychologie. Le moins que l’on puisse dire est que dans leur présentation de ce test, plusieurs de ces manuels sont… biaisés.

En fait, considérant l’absence de rappel des critiques portant sur les limites méthodologiques et autres adressées à ce test, les auteurs classent la très grande majorité des manuels examinés (82 %) comme biaisés ou partiellement biaisés. Cela n’est pas sans avoir d’inquiétantes répercussions sur la perception qu’ont de ces questions les étudiantes et étudiants, qui sont, faut-il le rappeler, de futurs citoyens. Je serais curieux de savoir ce qu’il en est chez nous…

Une recherche sur la recherche en éducation

Cet article, qui date du mois dernier sur Springer, se penche sur les pratiques recommandées en enseignement des sciences et suggère que celui-ci fait face à une « crise des données probantes ». Un de ses auteurs est Paul A. Kirschner, un nom connu des personnes qui ont à cœur les données probantes en éducation.

En gros, on y montre que de nombreuses recherches crédibles, du moins si on les classe selon les critères scientifiques et méthodologiques qui s’imposent pour en juger, ne sont pas prises en compte, sont méconnues, voire écartées dans la détermination des programmes et des méthodes d’enseignement en sciences.

En ce cas, et on peut le présumer ailleurs, il y a donc un fossé entre ce qu’enseignent la recherche et la psychologie de l’éducation et la pratique préconisée.

Le soutien au comportement positif

Un des universitaires québécois en éducation qui a à cœur les données probantes et qui a beaucoup fait pour les faire connaître est Steve Bissonnette, de la TÉLUQ. Il est un des signataires d’un article que vous devez lire (taalecole.ca) si vous travaillez en éducation, et plus particulièrement si le poste que vous occupez vous demande de prendre des décisions sur la gestion des classes et de l’école.

S’inscrivant dans une perspective appelée la « gestion axée sur les résultats », les auteurs nous décrivent ici ce qu’on appelle le « soutien au comportement positif ».

Ce terme générique décrit « un ensemble de stratégies et de procédures visant à améliorer les comportements des jeunes en utilisant pour ce faire des techniques systématiques, non punitives et proactives », stratégies et procédures inspirées de l’analyse du comportement et de la théorie de l’apprentissage social.

Comment fait-on exactement ? Avec quels effets ? L’article vous le dira sur l’exemple d’écoles francophones appartenant à deux centres de services scolaires québécois.

Je reviendrai sous peu sur ce passionnant sujet que je voudrais aider à faire connaître. En fait, je le ferai dès que je me serai entretenu de cette prometteuse avenue avec Steve Bissonnette, qui a gentiment accepté d’en parler avec moi…

Bonnes lectures !

À voir en vidéo