Le marché du travail termine sa récupération

Une forte création d’emplois a fait écho à la fin des programmes gouvernementaux de soutien aux revenus. Résultats : le marché du travail a, en définitive, récupéré ses pertes créées par la pandémie et par la réponse gouvernementale à la crise sanitaire.

Les données de novembre de Statistique Canada indiquent que le niveau de l’emploi se situe en hausse de 186 000, ou de 1 %, par rapport à celui observé avant la COVID-19. Pour sa part, le taux de chômage, à 6 %, est ramené à 0,3 point de pourcentage de ce qu’il était avant la pandémie. Il se chiffrait à 5,7 % en février 2020 après avoir touché un creux record de 5,4 % en mai 2019. À 4,5 % au Québec, le taux est identique à celui observé avant la pandémie.

Et cette récupération mesurée dans les statistiques ne cache pas un découragement qui aurait entraîné une réduction de la population active. Le taux d’activité, qui mesure la proportion de la population en emploi ou à la recherche de travail, s’est établi à 65,3 %, quasiment le même qu’en février 2020 (65,5 %). Le taux d’emploi, soit le nombre d’emplois par rapport à la population de 15 ans et plus, est monté à 61,4 %, à quatre dixièmes de point de pourcentage de son niveau prépandémie. Enfin, le total des heures travaillées est revenu pour la première fois à son niveau observé en février 2020.

Pénurie de main-d’œuvre

Bref, cette performance du marché du travail, qui coïncide avec la fin de la Prestation canadienne de la relance économique, braque toujours plus les projecteurs sur les déséquilibres mis en scène par la pénurie sectorielle de main-d’œuvre.

Le chômage total s’établissait pourtant à 1,24 million le mois dernier, en hausse de 98 000 par rapport à février 2020. Et le taux de chômage ajusté — qui comprend les personnes qui voulaient un emploi, mais qui n’en ont pas cherché un — atteignait les 7,8 %, en hausse de 0,3 point de pourcentage par rapport à son niveau de février 2020.

Et si le taux de sous-utilisation de la main-d’œuvre a diminué à 12,4 % en novembre pour s’établir à son plus bas niveau depuis le début de la pandémie, le nombre de personnes à la recherche d’un emploi demeurait en hausse de 113 000 (+10,9 %) par rapport à février 2020, et le nombre de personnes qui ont travaillé moins de la moitié de leurs heures habituelles restait élevé, à 155 000 ou à plus de 19,1 % de son niveau prépandémie.

Or, « les données sur les postes vacants de septembre et les résultats de l’Enquête sur la population active de novembre laissent supposer que les marchés du travail ressemblent de plus en plus à ceux observés depuis l’été de 2019, lorsque le taux de chômage au Canada s’est établi à un creux record, que les salaires moyens ont augmenté après une période prolongée de faible croissance et que le nombre de postes vacants a connu une légère hausse, écrit Statistique Canada. Ces conditions vont probablement contribuer à aggraver les déséquilibres existants, ou à en créer de nouveaux ».

Avec le nombre record de postes vacants en septembre, les employeurs misent, pour l’heure, sur la hausse de la rémunération et des avantages sociaux pour attirer les candidats recherchés. Mais rien de dramatique pour l’instant. Sur le plan des salaires, la croissance sur deux ans s’est établie à 5,2 % lorsque l’on tient compte des variations de la composition de l’emploi selon la profession et la durée, et à 7,7 % si l’on n’en tient pas compte, calcule l’agence fédérale. Sur un an, le salaire horaire médian au Québec était en hausse de 3,2 % en novembre, à 26,04 $, ont indiqué les économistes du Mouvement Desjardins.

La hausse priorise toutefois davantage les difficultés de recrutement que le maintien en poste des employés. Selon les moyennes mobiles de trois mois, dans tous les secteurs, de novembre 2019 à novembre 2021, les salaires moyens ont augmenté à un rythme plus rapide chez les nouveaux employés (+10 %) que chez les employés qui occupent leur emploi actuel (+6,4 %), indique Statistique Canada.

Dans le secteur particulièrement touché par la pandémie que sont les services d’hébergement et de restauration, les salaires moyens des nouveaux employés ont augmenté de 8,5 % par rapport à deux ans plus tôt, tandis que ceux des employés d’expérience ont progressé de 2,3 %. Dans celui des soins de santé et de l’assistance sociale, « qui a affiché certains des niveaux de postes vacants les plus élevés au cours de l’été 2021, le salaire horaire moyen global des infirmiers et infirmières récemment embauchés a augmenté de 20,5 % au cours des deux ans ayant pris fin en novembre, tandis que celui des infirmiers et infirmières qui occupaient leur emploi depuis plus de 18 mois a progressé de 2,3 % ».

Les employeurs revoient également les exigences de scolarité de certains postes, « peut-être dans l’intention d’offrir de la formation compensatoire en cours d’emploi ». Statistique Canada illustre que de novembre 2019 à novembre 2021, l’emploi global dans les professions qui requièrent habituellement une formation universitaire a progressé de 490 000 (+12,3 %). Dans l’intervalle, le nombre de travailleurs qui occupent ce genre d’emplois, mais qui ont un diplôme d’études secondaires ou moins a augmenté de 73 000 (+43,4 %). Dit autrement, « parmi les travailleurs qui ont récemment commencé un emploi qui requiert habituellement une formation universitaire, la proportion d’entre eux qui détenaient un diplôme d’études secondaires ou moins s’est élevée à 9,6 % en novembre, en hausse par rapport à 4 % en novembre 2019 ».

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