L’inflation s’incruste

La Réserve fédérale corrige le tir et retire le qualificatif de « temporaire » à l’évolution de l’inflation au-delà des cibles. Le changement de ton du président de la Fed, Jerome Powell, a été entendu mardi, lors de sa présence devant la commission bancaire du Sénat, alors que l’inquiétude alimentée par le variant Omicron atteignait son paroxysme sur les marchés financiers. « Le moment est probablement venu de ne plus utiliser ce mot (temporaire) », a-t-il déclaré, ajoutant que « les risques d’une inflation plus persistante s’étaient accrus ». La banque centrale pense désormais que les pressions inflationnistes au-delà des cibles vont dominer une bonne partie 2022, un allégement étant attendu quelque part au deuxième semestre.

« Je vais vous dire ce qui nous a échappé, selon moi c’est l’énorme quantité de problèmes d’approvisionnement que nous avons eus avec les semi-conducteurs, le bois d’œuvre et toutes ces choses » dans un contexte de forte demande, a expliqué Jerome Powell. « Il n’y a pas de précédent », peut-on lire dans un texte de l’Agence France-Presse.

La persistance de la forte inflation pourrait également trouver une source d’alimentation dans le variant Omicron. « Les inquiétudes concernant le virus pourraient réduire la volonté des gens de travailler en personne », et ainsi « ralentir les progrès sur le marché du travail et intensifier les perturbations de la chaîne d’approvisionnement », prévient le président de la Fed. À cette dynamique s’ajoute un resserrement du marché du travail, placé aux États-Unis sous le thème de la « grande démission », avec un taux d’abandon en hausse depuis le début de l’année pour atteindre un record de 3 % en septembre et une progression moyenne de 5 % du salaire horaire. Selon Oxford Economics, « le spectre de la hausse des prix dans l’économie s’est élargi et les gains salariaux se sont accélérés », gonflant ainsi la potentialité de l’émergence d’une spirale salaire-prix.

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) s’en inquiète également. Dans la version préliminaire de ses perspectives économiques publiées mercredi, elle retient un scénario central prévoyant « une poursuite de la reprise mondiale, avec un monde mieux armé face à la pandémie et des politiques monétaire et budgétaire généralement en soutien tout au long de l’année 2022 ». Une poussée de 5,6 % du PIB mondial en 2021 devrait être suivie d’une progression de 4,5 % l’an prochain puis d’un retour à une vitesse de croisière s’arrimant autour de 3,2 % en 2023.

« Mais des déséquilibres inquiétants ont vu le jour. » L’OCDE soulève les rythmes de croissance divergents d’une économie à l’autre, « reflet des différences de situation sanitaire, de politiques publiques et de composition sectorielle » entre les pays. S’y greffent les pénuries sectorielles de main-d’œuvre « alors même que l’emploi et le nombre d’heures travaillées n’ont pas encore pleinement retrouvé leur niveau prépandémie ». Enfin, « l’écart persistant entre l’offre et la demande de certains biens, conjugué à l’envolée des coûts des produits alimentaires et de l’énergie, a provoqué des hausses de prix plus fortes et plus durables que prévu ».

« L’inflation est dans tous les esprits et une grande incertitude entoure les réactions des banques centrales. » L’OCDE croit que les tensions sur l’offre vont reculer au rythme
de l’amélioration de la situation sanitaire, de la stabilisation de la demande et du retour au travail d’un nombre croissant de personnes. Elle pense aussi que l’inflation atteindra un pic fin 2021-début 2022 avant de refluer progressivement pour s’établir à 3 % environ dans la zone OCDE en 2023. Mais « si les contraintes de l’offre devaient persister, alors que le PIB et l’emploi continuent de croître rapidement et alimentent une hausse générale des prix, l’intensification des tensions inflationnistes pourrait durer plus longtemps, avec pour effet un désancrage des anticipations des particuliers. »

Préoccupation climatique

Il faut ajouter à la liste des risques l’inertie face au réchauffement climatique. « Nous sommes également inquiets que l’ambition croissante sur le changement climatique se traduise en aussi peu d’actes […] Plus les pouvoirs publics tardent, plus ils s’exposent à une transition abrupte, marquée par des prix de l’énergie plus élevés et plus volatils », écrit l’OCDE. « L’inaction accroît donc les risques que la transition énergétique affecte le niveau de vie des populations et pourrait ébranler l’adhésion du public. »

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