Une action climat désynchronisée

L’action climat contre le réchauffement se déploie à géométrie variable. L’adoption des énergies renouvelables et l’engagement vers une mobilité dite à bas carbone se veulent bien réels, dans une transition énergétique qui se fait cependant de manière désynchronisée.

Climate Chance a publié lundi son bilan mondial pour l’action climat par secteurs. Dans son volumineux rapport recensant les initiatives de lutte contre le réchauffement climatique, l’association constate un engagement concret et « une demande en biens et services bas carbone [qui] dépasse la capacité d’adaptation des chaînes d’approvisionnement de l’économie mondiale ». Pour ensuite rapidement déplorer une asymétrie géopolitique des interventions et le manque de synchronisme dans l’approche mondiale.

La part du PIB mondial associée à des engagements étatiques visant la neutralité carbone est passée de 16 % en 2019 à 68 % en 2021, pour 61 % des émissions. On parle toutefois d’engagements non contraignants, reposant sur des cibles temporelles non homogènes et sur des bases tantôt absolues, tantôt relatives. Du côté des entreprises, parmi les 2000 plus grandes sociétés, seulement 417, qui représentent un tiers du chiffre d’affaires total, ont un objectif de « neutralité carbone ».

Dans le secteur d’activité dont le cœur repose sur la production d’énergie fossile, l’engagement à atteindre la neutralité carbone relève davantage des grandes pétrolières européennes. À quelques rares exceptions près, « elles ne sont pas suivies par leurs consœurs américaines, ni par les compagnies pétrolières nationales, qui contrôlent la grande majorité des réserves et de la production de pétrole », peut-on lire dans le rapport. Et selon les évaluations effectuées par les Oil Change International ou Carbon Tracker Initiative de ce monde, il y a inadéquation de la plupart des plans d’action avec l’Accord de Paris. En outre, les pétrolières sont nombreuses à formuler des objectifs d’atténuation sur le plan de l’intensité carbone plutôt qu’en valeur absolue. Au demeurant, elles sont peu nombreuses à planifier une baisse de leur production, et aucune ne prévoit d’y mettre fin. « Les stratégies sont similaires dans l’industrie minière, qui représente aujourd’hui 22 % des émissions de CO2 de l’industrie », ajoute Climate Chance.

Tarification carbone

 

L’accroissement de la compétitivité des énergies renouvelables s’est tout de même accéléré avec la montée du prix de la tonne de carbone, qui a touché les 62 euros (89 $CA) au début octobre après s’être maintenu longtemps sous les 5 euros à la suite de l’ouverture du marché d’échange de quotas d’émissions, en 2005. Or, il s’agit de l’expérience européenne.

Plus de 21 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre sont aujourd’hui visées par une tarification du carbone, contre 15 % en 2020. « Mais le prix moyen ne dépasse pas 3 [dollars américains la tonne], quand la commission Stern-Stiglitz sur le prix du carbone concluait en 2019 que “le niveau de prix explicite du carbone compatible avec […] l’Accord de Paris est d’au minimum 40 à 80 dollars par tonne de CO2 en 2020” ».

Climate Chance a repris les données de l’Agence internationale de l’énergie selon lesquelles les énergies fossiles ont absorbé l’essentiel des effets de la pandémie sur le secteur énergétique, avec une demande primaire de pétrole et de charbon qui a chuté respectivement de 8,6 % et de 4 % sur l’année. Les grands pays émetteurs asiatiques ont toutefois été moins affectés par la pandémie. « La Chine, en particulier, souffle le chaud et le froid sur le mix énergétique mondial : à l’origine de près de la moitié des ajouts de capacités solaires et éoliennes, renonçant à investir dans les centrales à charbon à l’étranger, elle n’en est pas moins à l’origine de 80 % des ajouts de nouvelles capacités de production d’électricité au charbon en 2020 », souligne l’association. Il est ainsi prévu que la demande de charbon retrouvera cette année le pic atteint en 2014, « avec une croissance concentrée à 80 % en Asie, dont plus de la moitié en Chine ».

« Mais l’électrification des usages ne saurait tenir ses promesses pour le climat tant qu’elle est alimentée par des énergies carbonées : 61 % de l’électricité mondiale est toujours d’origine fossile. Le déclin relatif du charbon en Europe et aux États-Unis ne signe pas pour autant la fin des énergies fossiles dans les mix électriques. Depuis 2011, 85 % des centrales à charbon américaines réorientées vers d’autres usages ont été transformées en centrales à gaz. La moitié des États membres de l’UE consomment toujours autant, voire davantage de gaz. Portée par la région Asie-Pacifique, la croissance du marché du gaz naturel liquéfié va se poursuivre à mesure que le charbon se fragilise. »

Et Climate Chance de faire un petit clin d’œil à l’univers des véhicules électriques (VE). L’association observe que l’Europe dépasse pour la première fois la Chine au rang de premier marché mondial, tandis que l’intérêt peine à lever aux États-Unis. « [...] les VE n’échappent pas à l’imaginaire de puissance : près de deux VE sur trois vendus dans le monde sont des [véhicules utilitaires sport] ou des berlines […] comptant pour 42 % du marché automobile mondial, cette gamme lourde et émissive est l’un des rares secteurs économiques à avoir enregistré une hausse de ses émissions en 2020. »

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