La nouvelle tempête de la COVID-19

En aurons-nous jamais fini avec cette tempête arrivée de Chine en 2019 ?

En tout cas, la tourmente médiatique et politique est relancée avec ce nouveau variant de la COVID-19 identifié en Afrique du Sud. Un variant auquel l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a pas osé donner le nom qu’il aurait dû porter, selon la lettre de l’alphabet grec où on était maintenant arrivés : le variant Xi…

Mais Xi, c’est aussi le nom du président d’un certain pays, assez influent dans toute cette histoire, dont les mauvaises langues ont prétendu qu’il était le vrai patron, par marionnettes interposées, de l’OMS. Passons !

Pour l’instant, cet épisode ressemble à une variante de « Tirez sur le messager ! ».

Par certains côtés, l’Afrique du Sud — par ailleurs pauvre et inégalitaire — appartient au premier monde. Ses chiffres de la pandémie (incidence des nouveaux cas, mortalité cumulative par million d’habitants, etc.) ressemblent proportionnellement à ceux de l’Europe ou du Québec — donc très élevés, au contraire de 90 % des pays d’Afrique où, du moins jusqu’à maintenant, la COVID reste marginale.

Le pays dispose en outre d’autorités médicales crédibles : le Centre KRISP du Kwazulu-Natal, qui a identifié le nouveau variant (qui ne s’appellera pas Xi… mais Omicron), a été salué ce week-end pour la qualité de son travail et la rapidité de ses communications.

Mais la réponse du reste du monde — y compris une certaine couverture médiatique de l’événement — s’est faite sur le mode alarmiste. Un bouclier sanitaire a été déployé tout autour de l’Afrique australe.

Peut-être est-il moralement légitime et scientifiquement justifié de se protéger en contrôlant, voire en bloquant temporairement les arrivées de cette région du monde où le variant semble être né — bien que ce ne soit pas une certitude.

La réponse à une pandémie est une combinaison de mesures individuelles, locales, nationales et mondiales. Mais l’isolement de l’Afrique du Sud ne peut être qu’une petite partie, provisoire, de la solution.

Le directeur général de l’OMS, Tedros Ghebreyesus, ne cesse d’insister sur la question de la vaccination, des inégalités dans l’accès aux vaccins et — détail important — dans les capacités logistiques de distribution. Par exemple, certains pays ont commencé à recevoir des stocks importants… mais n’ont pas la capacité de les conserver à la température adéquate ni de vacciner en masse et rapidement.

Le patron de l’OMS ne cesse d’agiter l’argument assez fort selon lequel « personne n’est en sécurité, tant que nous ne sommes pas tous en sécurité ». « Chaque jour, a-t-il encore dit mi-novembre, six fois plus de doses de rappel sont administrées que les premières doses dans les pays à faible revenu. C’est un scandale qui doit cesser. »


 

On entend souvent dire — air connu — que « l’égoïsme des riches » (qui avec leur argent gardent toujours le meilleur pour eux) est une injustice, dont pâtissent systématiquement les pauvres…

En n’aidant pas les pays plus pauvres comme on le devrait, en laissant ainsi le virus voyager, infecter et muter dans d’autres régions du monde, quel est le résultat ?

Une vague meurtrière de COVID-19 en Afrique, sans cesse annoncée depuis 18 mois ? Jusqu’à maintenant, ce n’est pas ce qu’on voit — avec des exceptions, certes énigmatiques, comme la Tunisie ou l’Afrique du Sud (et dans une moindre mesure, la Namibie, le Nigeria et l’Égypte).

La République démocratique du Congo (RDC) ? Le Tchad ? Le Botswana ? La vaccination y est marginale, et pour la double inoculation… c’est zéro. Injustice ? Sans doute. Stupidité stratégique des pays aidants ? Probable. Car « les aider, c’est nous aider nous-mêmes », certes…

Mais la COVID-19 reste quasiment inconnue dans les deux premiers (RDC et Tchad) et maîtrisée dans le troisième (Botswana), malgré la proximité de l’Afrique du Sud. Sur le continent noir, les taux par million (cas, décès) sont souvent cinq, dix, quinze fois moindres que sur le Vieux Continent.

Pour des raisons que les épidémiologistes, aidés par les historiens, élucideront un jour, le virus épargne jusqu’à maintenant de larges pans de l’Afrique et de l’Asie, tout en frappant durement l’Amérique du Nord et l’Europe.

L’Europe reste aujourd’hui l’épicentre de la pandémie. L’Allemagne et l’Autriche (vaccinées à seulement 66 %) souffrent et reconfinent. Les dernières nouvelles des Balkans et de la Russie — vaccinés à 50 %… au Sinovac ou au Spoutnik ! — sont catastrophiques.

Ce qu’on voit, c’est que le virus — bénin ou beaucoup moins présent en Afrique malgré la sous-vaccination, malgré la sous-détection (relative) des cas, qui n’explique pas tout — revient fatalement hanter, par des chemins de traverse, les pays riches du Nord qui se barricadent, de vague en vague, encore et encore.

Reste l’espoir (plausible) qu’au-delà du bruit des derniers jours, le nouveau variant ne soit pas pire que les précédents, en matière de gravité de la maladie… et de capacité à déjouer les vaccins.

Dans la crise spécifique de la COVID-19 — on ne parle pas du reste ; l’Afrique a des tonnes d’autres problèmes, et l’Éthiopie presque sans COVID n’est pas pour autant un pays heureux —, c’est le Nord qui paye.

Dans tous les sens du terme : en argent… et en morts.

François Brousseau est chroniqueur d’affaires internationales à Ici Radio-Canada. francobrousso@hotmail.com

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