Maintenir mon assurance prêt hypothécaire?

Un lecteur nous écrit ceci : « J’ai 62 ans, je suis célibataire et je tiens seul un petit commerce. Mon budget est limité, tant sur le plan des affaires que sur le plan personnel. Je suis propriétaire d’un condo, avec un solde hypothécaire de 140 000 dollars. Je viens tout juste de renouveler le prêt hypothécaire, en incluant l’assurance vie et invalidité offerte par la banque. Toute ma famille habite à l’étranger. Je me demande si c’est pertinent pour moi de maintenir cette assurance. »

Remettons d’abord les pendules à l’heure. S’il est un sujet automatiquement abordé lors de la négociation d’un prêt hypothécaire, c’est bien l’assurance prêt. Un créancier peut-il vous obliger à prendre une assurance pour couvrir le prêt ? Oui, cela peut être le cas. Mais jamais il ne peut vous obliger à souscrire à celle-ci à même le contrat de financement.

Plusieurs choisiront par facilité à la signature du prêt hypothécaire, parfois sous pression (un sujet que nous aborderons dans une prochaine chronique), de retenir cette assurance offerte par le créancier, puisqu’on leur aura expliqué qu’il est possible de l’annuler plus tard. Mais finalement, peu d’entre eux le feront. Personne ne se lève le samedi matin avec l’envie folle de magasiner des assurances. La conséquence financière en est que beaucoup paient ainsi pour des assurances vie et invalidité plus onéreuses — il s’agit en fait d’une hausse de votre taux d’emprunt — et de moins grande qualité.

Hausse de taux à venir

La réalité est que plusieurs ménages sont financièrement vulnérables et vivent de paie en paie. La hausse des prix du marché immobilier actuelle, et potentiellement celle des taux d’intérêt, augmente cette vulnérabilité puisque les montants alloués à l’habitation augmentent également. Ainsi, pour plusieurs, l’assurance vie et invalidité demeureront pertinentes tant qu’un prêt hypothécaire demeure à rembourser. À quelle hauteur contribuez-vous au budget familial ? Quel impact aurait votre décès ou une incapacité prolongée à gagner du revenu sur la capacité de votre conjoint et/ou vos enfants à pouvoir conserver cette maison et votre qualité de vie ? Il s’agit de questions importantes à se poser, considérant le fait que la résidence principale constitue un élément important de leur bilan financier.

Ainsi, les jeunes propriétaires, qui ont beaucoup de dépenses, souvent des revenus moins élevés que leurs aînés et parfois de jeunes enfants à leur charge, sont exposés à plus de risques. De plus, les personnes dans la cinquantaine ou près de l’horizon de la retraite devraient également sécuriser leurs actifs. Bien sûr, ils ont moins de dépenses et ont accumulé beaucoup d’épargne. Par contre, en étant à la veille de la retraite, ils sont plus à risque de devenir invalides ou d’obtenir un diagnostic de maladie grave.

Prenons le cas, par exemple, d’une personne de 54 ans qui devrait décaisser seulement 25 000 dollars de son REER pour se concentrer sur sa guérison. Ce retrait coûte en réalité beaucoup plus. En considérant les impôts payés au décaissement et la renonciation aux intérêts composés à l’abri de l’impôt sur ce montant, il s’agit plutôt d’une perte de 70 000 dollars dans la valeur du compte REER après 15 ans. Si, avec l’assurance vie, vous protégez vos proches, l’assurance invalidité est celle dont vous bénéficierez directement en cas d’accident ou maladie.

Le cas de notre lecteur

Dans le cas de notre lecteur, la pertinence de l’assurance vie dépendra de ses volontés successorales. Puisqu’il n’a pas de conjoint(e) et d’enfant à charge, l’assurance vie pourrait être utilisée pour faciliter la succession. Elle rend facilement accessibles les liquidités requises par le liquidateur pour rembourser le prêt et ensuite prendre le temps de régler la succession sans tracas. Contrairement à l’assurance souscrite via le prêt directement, c’est lui qui choisira son bénéficiaire, alors qu’actuellement, c’est le créancier qui ne remboursera que le solde du prêt au moment du décès.

Dans cette situation, l’assurance invalidité est sans hésiter l’élément clé : 3 % des saisies hypothécaires surviennent à la suite d’un décès, alors que 48 % s’expliquent par l’invalidité. S’il détient peu d’actifs et génère peu de revenus, il est probable que l’incapacité à générer du revenu sur une période courte à prolongée aurait un impact déterminant pour lui. Il doit se demander quels seraient les impacts s’il ne
générait plus de revenus pour une période prolongée, tant sur sa capacité à conserver sa résidence, un
actif important pour sa retraite, que, dans ce cas-ci, sa capacité à rentabiliser son entreprise.

Valider l’analyse de ses besoins

Notre lecteur, à la lumière des points soulevés précédemment, devra valider l’analyse de ses besoins en assurance vie et invalidité. En ce qui concerne l’assurance invalidité, le montant de protection requise pourrait bien dans ce cas-ci dépasser celui de la mensualité hypothécaire. La souscription à une protection individuelle serait toutefois à favoriser, au détriment de l’assurance incluse dans le prêt. Il doit savoir qu’après 60 ans, les produits offerts sur le marché sont moins nombreux : un accompagnement personnalisé avec un conseiller en sécurité financière qui le guidera dans son choix entre ceux requérant une tarification et ceux dont l’émission est simplifiée ou garantie est absolument nécessaire.

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