Des nouvelles du front

Voici quelques épisodes récents dans la guerre menée pour défendre la liberté universitaire.

États-Unis

 

Connaissez-vous le philosophe Peter Boghossian ? Il est un des trois auteurs de ce désormais célèbre canular dénonçant (avec raison) comme pseudoscientifiques des secteurs entiers de la vie universitaire actuelle (grievance studies affair, aussi appelé le canular Sokal au carré). Il vient de démissionner de son poste de professeur à la Portland State University.

Sa vie, entre fausses accusations, harcèlement, graffitis de croix gammées associés à son nom apparaissant ici et là et sacs contenant des excréments déposés à sa porte, y était devenue impossible. Son établissement ne l’a pas défendu et l’a même attaqué.

Dans sa lettre de démission, il écrit ces mots terribles : « L’université, ce bastion de la libre pensée, a peu à peu été transformée en une usine de la justice sociale dont les seuls intrants sont la race, le sexe et la victimisation, et dont les seuls extrants sont les griefs et la division. On n’apprend pas aux étudiants de Portland State à penser. Ils sont plutôt formés à imiter la certitude morale des idéologues. Le corps professoral et les administrateurs ont renoncé à la mission de recherche de la vérité de l’université et encouragent plutôt l’intolérance à l’égard des croyances et opinions divergentes. Cela a créé une culture de l’offense où les étudiants ont désormais peur de parler ouvertement et honnêtement. »

Je soupçonne que ce n’est pas Kathleen Stock qui le contredirait.

Angleterre

 

Cette philosophe, lesbienne, vient elle aussi de démissionner de son poste à la University of Sussex (Angleterre). Stock défend les droits des personnes transgenres à vivre leur vie sans peur, sans violence, sans harcèlement et sans discrimination ; mais elle a aussi soutenu que des espaces où se changent ou dorment les femmes au sens biologique devraient leur être réservés.

Elle a reçu pour cela d’anonymes menaces de mort. Puis une vaste et virulente campagne a été lancée contre elle à l’université et sur les réseaux sociaux. Des étudiants, mais aussi des collègues, y ont pris part. La police lui a recommandé la plus grande prudence, et même d’avoir recours à des gardes du corps. Elle a quitté son poste. Elle écrit : « Il y a de nombreux universitaires qui ont des opinions semblables aux miennes, mais qui ont peur de les exprimer. Ils ont besoin d’aide. Que ce soit en raison des brimades qu’ils reçoivent ou de l’autocensure, ils perdent leur liberté de parler et d’écrire. »

On a (trop) souvent vu ce genre de choses dans les secteurs des humanités et des sciences sociales. Mais les sciences naturelles et formelles ne sont plus à l’abri de la censure idéologique. Le projet de décoloniser les mathématiques en est un exemple sur lequel je reviendrai. Mais pour l’instant, allons au MIT.

MIT

 

Le Massachusetts Institute of Technology est en sciences l’une des plus grandes universités au monde. L’éminent géophysicien Dorian Abbot, de l’Université de Chicago, devait y prononcer cette année la prestigieuse JohnCarlson Lecture et y présenter au public de nouvellesdécouvertes sur les changements climatiques, son domaine de recherche.

Il se trouve qu’Abbot a soutenu dans un texte que l’admission à l’université devrait sanctionner le mérite individuel et non se faire sur la base de la promotion de la diversité, de l’équité et de l’inclusion. Cela, soutient-il, et c’est bien entendu discutable, « viole le principe éthique et juridique de l’égalité de traitement » et « traite les personnes comme de simples moyens au service d’une fin, donnant la primauté à une statistique sur l’individualité d’un être humain ». Ces questions n’ont absolument rien à voir avec le sujet de sa conférence. N’empêche : une virulente campagne émanant du MIT a vite fait annuler celle-ci.

En réaction, Abbot a écrit : « Il ne s’agit pas ici d’une question partisane. Toute personne intéressée par la recherche de la vérité et par la promotion d’une société saine et fonctionnelle a un intérêt dans ce débat. S’exprimermaintenant peut sembler risqué. Mais le coût du silence est bien plus élevé. »

Je pourrais continuer longtemps cette énumération. Mais il se trouve que justement des gens commencent à parler.

De quoi espérer… un peu

Il y a par exemple ces diplômés du MIT qui lui donnaient des fonds et qui cessent de le faire pour condamner sa récente décision. L’université actuelle, dont certaines des désolantes politiques sont nourries au carriérisme des uns, aux fonds publics ou privés, au clientélisme, à la confusion entre enseignement et militantisme, sera sensible à cet argument, qui fera méditer certaines administrations ou certains individus dont la lâcheté devant l’inadmissible ne cesse d’étonner.

Il y a encore ces appuis de plus en plus nombreux à des gens comme Boghossian et Stock, des appuis venant de partout, mais notamment d’éminents intellectuels comme Steven Pinker : on peut penser que cela signale un début de changement de paradigme.

Il y a aussi ce tant attendu rapport sur la liberté de l’enseignement à l’Université d’Ottawa. J’attends de pouvoir parler à certaines personnes et reviendrai bientôt sur ce document.

Il y a enfin cette toute récente annonce de la création, à Austin aux États-Unis, d’une université qui se définit comme opposée à la culture de la censure et vouée à la recherche de la vérité. Ça commence bien.

À suivre.

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