Coderre à la rescousse

La charte de Montréal a beau affirmer qu’elle est « une ville de la langue française », force est de constater que cela est de moins en moins vrai, et les administrations qui se sont succédé à l’hôtel de ville n’ont pas fait grand-chose pour y remédier.

L’ancien candidat à la direction du PQ et historien Frédéric Bastien estime que Denis Coderre est le plus susceptible d’améliorer les choses, rappelant sa défense énergique du français à l’époque où il était ministre des Sports à Ottawa, qu’il oppose au multiculturalisme de Valérie Plante et à son goût pour l’anglais. Lors de son passage au Devoir mercredi matin, on a demandé avec insistance à M. Coderre ce que lui-même comptait faire concrètement pour contribuer à l’intégration des immigrants. À titre de gouvernement de proximité, Montréal a un rôle à jouer, a-t-il assuré, mais ses explications ont été pour le moins confuses. Certes, le français confère à Montréal un « cachet extraordinaire », mais on doit aussi tenir compte de la « plus-value » qu’apporte la diversité et de la « réalité anglaise » dans laquelle nous vivons en Amérique du Nord. Il ne faut pas avoir une « vision réductrice » d’une métropole et surtout éviter de succomber au « syndrome du provincialisme ».

À l’instar de la mairesse, M. Coderre veut que tous les services municipaux demeurent offerts en anglais à ceux qui le souhaitent. Il réclame donc que le service téléphonique bilingue 311 soit exclu du projet de loi 96.

Il a soutenu que le ministre Simon Jolin-Barrette était maintenant d’accord avec cette demande. Vérification faite, il n’en est rien. Les seules exceptions prévues restent celles qu’exigent la santé, la sécurité publique ou les « principes de justice naturelle ». Rien à voir avec l’horaire des bibliothèques ou les avis d’imposition. Seuls les Autochtones et les anglophones de souche pourront recevoir tous les services en anglais au-delà de la période transitoire de six mois.

  

Précisément, M. Coderre n’est pas d’accord avec le critère retenu pour déterminer qui aura droit à des services en anglais, soit les dispositions qui régissent déjà l’accès à l’école. Selon lui, les francophones, qui ont jadis été blessés par le rapport Durham, devraient pouvoir comprendre que les anglophones ne peuvent accepter une définition aussi étroite. On ne voit pas trop quel est le rapport, mais seraient anglophones tous ceux qui prétendent l’être. Comme dans le bon vieux temps d’avant la loi 101.

Ceux qui croient que le retour de M. Coderre à l’hôtel de ville contribuerait à freiner le déclin du français risquent donc d’être déçus. Le conseiller de Saint-Sulpice, Hadrien Parizeau, qui fait partie de l’équipe Coderre, a fait adopter en juin dernier une motion prévoyant la création d’un conseil montréalais de la langue française. « Son mandat serait d’assurer qu’on ait des plans d’action forts sur la langue, dans l’institution, mais aussi sur l’intégration des nouveaux arrivants », avait-il expliqué.

Selon lui, le Plan d’action en matière de valorisation de la langue française 2021-2014, présenté par l’administration Plante en mars dernier, est une simple « feuille de promotion d’actions qui étaient déjà en cours ». Il est vrai que les mesures proposées n’ont aucun caractère coercitif, mais M. Parizeau devra demander à son chef de lui expliquer en quoi le bilinguisme dans les services municipaux constitue un « plan d’action fort sur la langue » et favorisera l’intégration des immigrants. Il est à noter qu’à aucun moment durant son entrevue au Devoir, M. Coderre n’a d’ailleurs jugé utile de faire allusion au conseil sur la langue.

  

Il s’est finalement rendu compte que son refus de dévoiler avant les élections la liste des clients qui lui ont permis de mener une lucrative carrière de consultant durant les quatre dernières années risquait de lui coûter cher, mais le souvenir du maire cachottier qui avait tenté de cacher l’échec de la Formule E n’est pas le seul danger qui le guette.

Ses chances de victoire dépendent essentiellement de l’appui que lui apportera la communauté anglophone. Le dernier sondage Léger lui accorde une avance de 10 points (38 % contre 28 %) sur Mme Plante chez les électeurs anglophones, alors que la mairesse est le choix de 48 % des francophones, soit 12 points de plus que M. Coderre.

Il lui faut impérativement récupérer une partie des 14 % d’appuis à Balarama Holness chez les anglophones. Bien entendu, il s’est rapidement dissocié de l’idée suicidaire d’un référendum sur le statut linguistique de Montréal avancée par le chef de Mouvement Montréal. Il propose simplement que la métropole demeure bilingue, sans le mot. Il vaut mieux taire certaines choses.



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