Longue route après Glasgow

À moins d’une semaine de la COP26, les participants se sont fait dire qu’ils devront revoir leur copie.

L’Organisation des Nations unies maintenait le cap lundi. Tous les engagements climat déposés n’empêcheront pas la planète de se diriger vers un réchauffement « catastrophique » de +2,7 °C d’ici à la fin du siècle, très loin de l’objectif de l’Accord de Paris fixant la cible en deçà de 2 °C, si possible 1,5 °C, par rapport à l’ère préindustrielle. Au 12 octobre, date butoir pour le dépôt des « contributions déterminées au niveau national » (ou NDC en anglais) dans lesquelles les pays précisent leur objectif de réduction de gaz à effet de serre (GES), 143 pays avaient soumis des engagements révisés. Avec ces nouveaux plans d’action, les émissions seraient réduites de 9 % en 2030 par rapport à 2010.

Mais en cumulant l’ensemble des NDC — actualisées ou non — des 191 pays, les émissions devraient augmenter d’environ 16 % en 2030 par rapport à 2010, alors qu’il faudrait les réduire de 45 % d’ici à 2030 pour rester sous 1,5 °C ou de 25 % pour 2 °C, retrouve-t-on dans un texte de l’Agence France-Presse. Et tant la Chine que l’Inde n’ont toujours pas déposé leur nouvelle NDC.

Au demeurant, on parle ici d’engagements non contraignants, avec très peu de promesses d’émission zéro net présentement inscrites dans les législations nationales ou accompagnées d’un plan de concrétisation.

Forte concentration

 

Cette évaluation est à mettre en lien avec le constat du Bulletin sur les GES publié lundi par l’Organisation météorologique mondiale (OMM). On y lit qu’une fois encore, la quantité de GES piégeant la chaleur dans l’atmosphère a atteint un sommet l’an dernier, avec un taux d’augmentation annuel dépassant la moyenne de la période 2011-2020. La concentration de dioxyde de carbone (CO2) s’est établie à 413,2 parties par million (ppm) en 2020, soit 149 % du niveau préindustriel. La tendance s’est poursuivie en 2021 avec des taux recueillis en juillet variant entre 412 et 417 ppm mesurés selon les stations de surveillance. Le méthane, à 60 % d’origine anthropique, et le protoxyde d’azote (à 40 %) se situaient respectivement à 262 % et à 123 % des niveaux de 1750, « quand les activités humaines ont commencé à perturber l’équilibre naturel de la Terre ».

Pourtant, selon le bilan publié par l’Agence internationale de l’énergie en avril, uniquement pour le secteur de l’énergie le déclin des émissions de GES a atteint 5,8 % en 2020. Le ralentissement de l’activité économique induit par la COVID-19 n’a donc pas eu d’incidence perceptible sur le niveau et la progression des GES, malgré ce recul temporaire des nouvelles émissions.

« Étant donné la durée de vie du CO2, le réchauffement déjà observé persistera pendant plusieurs décennies, même si les émissions nettes étaient ramenées à zéro rapidement », souligne l’OMM. L’Organisation ajoute que près la moitié du CO2 émis par les activités humaines aujourd’hui demeure dans l’atmosphère. Le reste est absorbé par les océans et les écosystèmes terrestres. Or, « on peut craindre que ces derniers soient moins efficaces dans leur fonction de “puits”, sous l’effet de la déforestation et du réchauffement des eaux et de leur acidification ». Une partie de l’Amazonie n’est plus un puits, mais une source de carbone, a-t-elle donné en exemple.

Au final le forçage radiatif positif causé par les GES persistants s’est accru de 47 % entre 1990 et 2020. Le CO2 y a contribué à hauteur de 80 %.

« Au rythme où augmentent les concentrations de GES, l’élévation des températures à la fin du siècle sera bien supérieure aux objectifs de l’Accord de Paris », avertit le secrétaire général de l’OMM, Petteri Taalas, qui évoque les 4 °C. « La quantité de CO2 dans l’atmosphère a franchi la barre des 400 ppm en 2015. À peine cinq ans plus tard, nous dépassions 410 ppm […] La dernière fois qu’une teneur en CO2 comparable existait sur Terre, c’était il y a 3 à 5 millions d’années : la température était alors de 2 à 3 °C plus élevée qu’aujourd’hui et le niveau de la mer excédait de 10 à 20 mètres le niveau actuel. Mais la Terre n’abritait pas 7,8 milliards de personnes à l’époque. »

Points de basculement

 

Il restera toujours la difficile modélisation des points de basculement. Cette notion de seuils au-delà desquels un système change rapidement d’état, provoquant un effet domino et entraînant des réactions en chaîne irréversibles et incontrôlables, a été avancée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC) il y a une vingtaine d’années. Les scientifiques en ont identifié une quinzaine d’importance depuis.

Mais l’on ne s’entend pas sur le seuil à partir duquel ils s’enclencheraient. Il y a vingt ans, ces « discontinuités à grande échelle dans le système climatique n’étaient considérées comme probables que si le réchauffement climatique dépassait les 5 °C au-dessus des niveaux préindustriels », selon un article paru dans Nature en novembre 2019. Les informations résumées dans les derniers rapports spéciaux du GIEC indiquent plutôt que les points de basculement pourraient être dépassés même entre 1 et 2 °C de réchauffement, rappelle Novethic, média français spécialisé en économie responsable.

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