Monsieur 3%

Un an après son élection à la direction du Parti québécois (PQ), de nombreux militants sont amèrement déçus de Paul St-Pierre Plamondon, rapportait Le Devoir en fin de semaine dernière. L’agonie de ce grand parti qui a marqué l’histoire du Québec et porté tant d’espoirs fait peine à voir.

Le dernier sondage créditait le PQ de 11 % des intentions de vote, soit 5 % de moins qu’à pareille date l’an dernier, mais l’année a été difficile pour tous les partis d’opposition. Durant la même période, le Parti libéral du Québec (PLQ) a gagné deux points, et Québec solidaire (QS) en a perdu deux.

La différence se situe au niveau du chef. Seulement 3 % des Québécois voient en PSPP le meilleur premier ministre potentiel, soit moitié moins que pour le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime. De tous les chefs de parti, il est le seul à ne pas être le favori des électeurs de son propre parti, qui lui préfèrent d’emblée François Legault. QS ne recueille pas plus d’intentions de vote, mais son chef, Gabriel Nadeau-Dubois, est trois fois plus populaire que celui du PQ.

Si la majorité des membres s’est rangée derrière lui lors de la course à la chefferie, c’est en grande partie parce qu’ils voyaient en lui le plus apte à ramener les jeunes qui ont déserté au fil des ans. Pourtant, à peine 3 % des 18-34 ans estiment qu’il ferait le meilleur premier ministre et 4 % trouvent qu’il est le chef le plus sympathique.

Même si le troisième groupe d’opposition a une visibilité réduite, son absence de l’Assemblée nationale cause un sérieux déficit de notoriété. Quand on a demandé à la coroner Géhane Kamel, qui a enquêté sur la mort de Joyce Echaquan, comment elle réagissait à l’accueil négatif qu’il avait réservé à son rapport, elle n’arrivait pas à se souvenir du nom du « monsieur du PQ ».

  

Le chef a sans doute ses torts, mais le dépérissement du PQ, bien antérieur à son arrivée, tient avant tout à la désaffection envers le projet indépendantiste. Contrairement à QS, qui est également perçu comme le parti de la justice sociale et de l’environnement, le PQ demeure identifié presque exclusivement à la souveraineté.

Il aurait bien voulu profiter du débat sur le projet de loi 96 pour rappeler qu’il a toujours été aussi le parti de la langue, mais sa voix s’est perdue dans la multitude de celles qui ont réclamé bien avant lui l’extension de la loi 101 au niveau collégial.

Il est vrai que l’arrivée du nouveau chef n’a pas changé grand-chose au discours sur l’indépendance. Certains lui reprochent, comme à plusieurs de ses prédécesseurs, de donner dans la « gouvernance provincialiste », mais un parti politique ne peut pas faire complètement abstraction de la réalité.

Qu’on le veuille ou non, le Québec est et demeurera, dans l’avenir prévisible, une simple province dont les champs de compétence sont limités et qu’elle doit défendre pied à pied. Le PQ peut bien promettre tous les « gestes de rupture » imaginables, il lui faut se préoccuper aussi du présent dans lequel les électeurs ont choisi de vivre. En réalité, l’échec du PQ est le résultat de notre résignation collective. De cela, PSPP ne peut être responsable.

  

D’ici la prochaine élection, il promet néanmoins de « parler davantage de notre vision pour faire atterrir l’indépendance ». On entend cela depuis des années. « Le message, c’est le médium », disait Marshall McLuhan. Si le messager n’inspire pas, il va de soi que le message ne passera pas, mais même Lucien Bouchard avait démissionné parce qu’il se sentait incapable de secouer l’apathie des Québécois.

On lui reproche aussi d’être trop contrôlant et de diriger le parti comme une « business ». La pandémie n’a sans doute pas été une période très propice à la consultation, mais à partir du moment où les militants ont accepté de « simplifier » le fonctionnement des instances, lors du congrès de 2019, ils ne peuvent pas se surprendre de voir diminuer leur influence sur les orientations du parti. C’était précisément l’objectif, tellement le PQ semblait parfois ingouvernable.

Au moment où il a plus que jamais besoin de ses militants, le moment était cependant mal choisi pour les démotiver. Si le parti avait le vent dans les voiles, on vivrait plus facilement avec les défauts du chef, mais on ne pardonne pas à un homme qui est à 3 % dans les sondages.

La bonne nouvelle pour PSPP est qu’il ne peut être question de changer encore une fois de chef avant la prochaine élection. D’ici là, le plus difficile sera sans doute de convaincre la poignée de députés qui ont survécu à l’élection de 2018 de se représenter et de recruter des candidats de valeur prêts à aller à l’abattoir. On ne peut que lui souhaiter bonne chance.

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