La crise du gaz, un test climat

La « crise » du gaz vient tester l’Union européenne dans ses ambitions environnementales. Elle pose également à la fois les balises et les contraintes d’une transition vers les énergies dites propres qu’il faudra de beaucoup accélérer, prévient l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

Encore mercredi, le Fonds monétaire international exhortait les gouvernements à ne pas recourir aux subventions généralisées dans le secteur de l’énergie en réponse à la flambée des cours du pétrole et du gaz.

À court terme, des mesures d’atténuation ciblées seront nécessaires, mais à plus long terme, « la réalité est que nous subissons cette grande volatilité des prix du pétrole et du gaz depuis longtemps, et la seule façon de gérer cela de manière permanente est d’aller de l’avant vers des économies plus vertes », a martelé en conférence de presse Paulo Medas, chef de division adjoint dans l’organisation.

La Commission européenne a effectivement proposé aux États membres des moyens d’intervention temporaires visant à alléger la facture des consommateurs et des ménages les plus vulnérables, mettant notamment à contribution les recettes du marché du carbone. Mais la « crise » a tôt fait de raviver le débat sur la lourdeur des taxes sur l’énergie, remettant en question les ambitions de réduction d’émissions de carbone de la Commission, qui passent notamment par le renchérissement progressif des énergies fossiles. « Seulement un cinquième de la hausse des prix actuelle peut être attribué au marché carbone, le reste vient des pénuries d’offre », a récemment affirmé Frans Timmermans, vice-président de la Commission, appelant à accélérer encore la transition vers les renouvelables pour réduire la dépendance au pétrole, lit-on dans un texte de l’Agence France-Presse.

Il aurait pu ajouter que les deux pays les plus peuplés, l’Inde et la Chine, connaissent déjà des pénuries qui commencent à affecter l’activité de fabrication.

Une demande élevée

Dans un rapport publié mercredi, les économistes Stéfane Marion et Matthieu Arseneau, de la Banque Nationale, soulignent que les prix de l’énergie font face à une demande élevée et à des pénuries exacerbées par des conditions climatiques adverses et des sécheresses qui freinent la production hydroélectrique. La flambée des prix des permis d’émission de carbone dans de nombreux pays de l’OCDE y contribue également tout en amplifiant les contraintes des chaînes d’approvisionnement.

D’une analyse du Peterson Institute for International Economics, il est retenu que « des décennies de procrastination devant le changement climatique ont transformé la transition que l’on espérait douce en une transition qui sera probablement abrupte ». Ainsi, « la situation qui se profile dans l’Union européenne et au Royaume-Uni, où la taxation des émissions de CO2 a grimpé en flèche, illustre les difficultés considérables d’une transition trop rapide au détriment des combustibles fossiles sans un système de remplacement adéquat en place ».

Mais des arbitrages seront à faire, car il faudra pourtant accélérer cette transition, prévient l’AIE. L’agence place désormais le zéro émission nette en 2050 au cœur d’un nouveau rapport qui s’ancre sur l’objectif d’une stabilisation du réchauffement climatique alignée sur la cible de 1,5 °C ou moins. Et le parcours d’ici là ne sera pas un long fleuve tranquille, sur une planète qui aura alors vu l’addition de deux milliards d’humains à la population actuelle.

L’AIE compare le zéro émission nette à deux scénarios. Dans le premier, les États poursuivent leur élan actuel avec des initiatives ciblées et une action plus musclée secteur par secteur. Ce scénario prévoit une transition accélérée de la production énergétique, suffisante pour enclencher un déclin graduel des émissions par secteurs malgré une demande en électricité appelée à doubler d’ici 2050. Ces efforts sont toutefois contrebalancés par une croissance continue des émissions industrielles venant notamment des cimenteries, des aciéries et du transport lourd en raison du développement des infrastructures dans les économies émergentes et développées.

Dans ce scénario, la presque totalité de la demande d’énergie en 2050 serait satisfaite par des sources à bas carbone, ce qui laisserait tout de même le niveau total des émissions autour du niveau actuel. Le réchauffement atteindrait 2,6 °C en 2100 par rapport au niveau préindustriel.

L’atteinte de la carboneutralité en 2050

Dans le deuxième scénario, la cinquantaine d’États l’ayant fait, auxquels s’ajoute l’Union européenne, appliqueraient leurs objectifs d’atteinte de la carboneutralité en 2050. La courbe de croissance des émissions mondiales amorcerait son déclin sur la période 2030, la vaste majorité de la production énergétique provenant de sources bas carbone.

La consommation de charbon dans le secteur de la production énergétique se situerait alors à 20 % sous les récents sommets. Pour leur part, les véhicules électriques et l’efficacité énergétique favoriseraient l’atteinte d’un pic de la demande pétrolière autour de 2025. Et les gains d’efficacité porteraient la demande mondiale d’énergie à un plateau post-2030.

Les émissions mondiales dans le secteur des énergies liées au CO2 chuteraient de 40 % sur la période 2030, ce qui n’empêcherait pas la hausse de la température moyenne d’atteindre 2,1 °C en 2100.

« La transition vers des énergies propres est trop lente pour répondre à la demande », conclut l’AIE.

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