Pénurie en demi-teinte

La rareté de la main-d’œuvre au Québec était devenue criante avant que la pandémie n’impose son emploi du temps. Mais quant à savoir si la pénurie sectorielle engendrée se veut conjoncturelle ou structurelle…

Les données de Statistique Canada publiées vendredi à partir de l’Enquête sur la population active proposent un portrait en demi-teinte du degré de tension sur le marché de l’emploi. L’on se réjouit qu’il soit revenu en septembre à son niveau prépandémie, quoiqu’il existe des écarts d’une industrie à l’autre. Mais il reste encore 389 000 chômeurs de longue durée, sans travail depuis 27 semaines ou plus, ce qui représente plus du double, soit 210 000 ou 117 % de plus qu’en février 2020.

De son côté, la Banque du Canada fait sans cesse référence à « une marge de capacités excédentaires considérable dans l’économie ». Elle préfère ainsi porter son attention sur le niveau que l’emploi aurait dû atteindre si la tendance prépandémie s’était concrétisée. Cette tendance aurait ajouté 270 000 emplois au niveau d’emploi pré-COVID, estime-t-elle.

En outre, le taux de sous-utilisation de la main-d’œuvre est demeuré élevé en septembre, à 13,8 %, nous dit l’agence fédérale. Ce taux se situait à 11,6 % avant la pandémie, et avait atteint un pic à 12,8 % au plus fort de la crise financière de 2008 et de la « Grande Récession » qui a suivi. Et toutes les composantes de ce taux affichaient le mois dernier des hausses par rapport à février 2020.

Pour sa part, le taux d’emploi, à 60,9 %, est inférieur de 0,9 point de pourcentage à son niveau de février 2020. Statistique Canada explique l’écart par une croissance démographique de 1,4 % enregistrée au cours des 19 derniers mois.

Quant aux pressions salariales, les salaires horaires moyens de tous les employés étaient en hausse de 7,3 % en septembre par rapport à deux ans plus tôt. Mais lorsqu’ajustés pour tenir compte des répercussions d’une pandémie se faisant davantage ressentir sur les emplois faiblement rémunérés et sous forme d’écarts dans la durée moyenne de l’emploi, les salaires sont plutôt en hausse de 4,6 % en septembre, une progression correspondant à l’évolution de l’indice des prix à la consommation dans l’intervalle.

Un autre phénomène fait ressortir que les personnes qui ont quitté leur emploi volontairement au cours des 12 mois précédents et qui sont demeurées sans emploi pendant la semaine de référence de l’Enquête totalisaient 269 000 en septembre, ce qui est inférieur de 119 000, ou de 30,7 %, au nombre observé en septembre 2019. « Cela peut être une indication que les facteurs qui interviennent au moment de quitter volontairement un emploi, comme la capacité de s’installer ailleurs ou la confiance de trouver un emploi dans un domaine différent, pourraient être différents de ce qu’ils étaient avant la pandémie », explique l’agence fédérale.

Les données mensuelles précédentes soulignaient que le taux de changement d’emploi — 0,8 % en août — était revenu à son niveau prépandémie, après avoir chuté à près de zéro en mai 2020. Des économistes y voyaient une piste d’explication de la pénurie de main-d’œuvre frappant certains secteurs. 

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