Crainte d’inflation tenace

La volatilité sur les marchés financiers s’est amplifiée, alimentée par la crainte de voir l’inflation s’accrocher obstinément au-delà des cibles. Avant, la Réserve fédérale et maintenant, le Fonds monétaire international (FMI) se questionnent sur la temporalité des « facteurs transitoires ».

En Bourse, les cours vibrent au rythme de ces attentes inflationnistes, qui ont poussé le taux de référence des bons du Trésor américain à dix ans au-dessus de 1,5 %, contre 1,3 % il y a quelque deux semaines.

Des attentes qui s’en trouvent renforcées par un choc énergétique. Les cours du gaz se sont enflammés mercredi, en pleine crise mondiale de l’énergie et sur fond de tensions avec Moscou sur ses livraisons. Les prix de référence ont établi de nouveaux records, s’envolant de 35 % pour terminer la séance en hausse de 25 % sur les marchés européens.

Des prix 8 à 10 fois plus élevés qu’il y a six mois, traduisant une demande qui ne cesse d’augmenter avant l’hiver, couplée à une offre contrainte et à des stocks réduits. Des analystes soulignent aussi la demande asiatique, notamment indienne et chinoise, les difficultés d’approvisionnement en charbon en Inde et les contraintes environnementales en Chine qui ont pour effet de limiter l’exploitation du charbon pour la production d’électricité et d’entraîner un déplacement de la demande sur le gaz, lit-on dans un texte de l’Agence France-Presse.

La poussée de fièvre des cours de l’énergie concerne aussi le pétrole, le baril de Brent ayant atteint mercredi un plus haut sommet depuis octobre 2018, à 83,47 dollars américains.

Crainte d’un « désancrage »

Les économistes du FMI manifestaient, d’ailleurs, une certaine hésitation mercredi. On s’en tient à un scénario d’inflation qui demeure soutenue au cours des prochains mois pour revenir à ses niveaux antérieurs à la pandémie vers la mi-2022. Mais « une question cruciale est celle de la combinaison d’événements qui pourrait entraîner une accélération persistante de l’inflation », ajoutait l’organisation, évoquant « un possible “désancrage  des anticipations qui favoriserait la formation d’une spirale haussière des prix ».

Malgré la sous-utilisation des capacités et le long retard dans la récupération des emplois perdus, la pandémie a déclenché de fortes fluctuations des prix dans nombre de secteurs, notamment l’alimentation, les transports, l’habillement, les communications, l’énergie et le logement. Uniquement pour l’alimentation, la hausse moyenne des prix internationaux par rapport à l’an dernier oscille entre 30 % et 40 %, selon l’indice retenu.

« L’inflation élevée pourrait persister plus longtemps en cas de hausse des coûts du logement et de pénuries d’approvisionnement prolongées dans les pays avancés et les pays en développement ou de pressions sur les prix alimentaires et de dépréciation des monnaies dans les pays émergents. » Et d’ajouter le FMI : « les simulations de plusieurs scénarios de risques extrêmes montrent que les prix pourraient augmenter nettement plus vite en cas de perturbations continues des chaînes d’approvisionnement, de fortes fluctuations des cours des produits de base et de “désancrage” des anticipations d’inflation ».

En septembre, lors de la dernière réunion du comité de politique monétaire de la Réserve fédérale, on sentait déjà une certaine remise en question quant aux « facteurs transitoires » et à l’effet de base. L’inflation générale s’accroche obstinément loin au-dessus des cibles de l’institution, et l’inflation du prix des actifs, immobilier et Bourse en tête, atteint la dimension d’une bulle.

Le président de la banque centrale américaine, Jerome Powell, reconnaissait alors que les prix pourraient continuer à progresser plus longtemps que prévu, la réouverture de l’économie continuant « de se heurter à des goulets d’étranglement, aux difficultés d’embauche et à d’autres contraintes, qui pourraient s’avérer plus importantes et plus durables que prévu », pouvait-on lire.

Sans oublier la potentialité que les augmentations salariales en viennent à dépasser de manière critique et persistante le niveau des gains de productivité, risquant ainsi d’engendrer une spirale salaires-prix.

Sans compter un affaiblissement probable de la rentabilité des entreprises par des enjeux portant sur les coûts de production, avec la montée des prix des intrants, les difficultés d’approvisionnement et le problème de l’embauche. Et ce, à l’aube d’une décélération de la croissance économique attendue en 2022, après une année 2021 placée sous le sceau du rattrapage et du devancement des achats de consommateurs.

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