Difficile décarbonation

Le vieux réflexe fossile reste bien ancré dans les pratiques.

Vendredi, le Fonds monétaire international (FMI) indiquait que les subventions directes et indirectes aux combustibles fossiles atteignaient les 5900 milliards de dollars américains en 2020 dans le monde, soit environ 6,8 % du PIB mondial. Selon ses projections, ces subventions et crédits d’impôt atteindront 7,4 % du PIB de la planète en 2025.

Mettre ces pourcentages dans le contexte d’une activité économique déprimée en 2020, et dans la perspective d’une relance en accéléré, apporte une image plus précise encore de la progression notoire projetée.

Le FMI situe ces subventions au rang des politiques gouvernementales visant à maintenir le prix final des carburants fossiles en dessous du coût de l’approvisionnement. Or, insiste l’institution, c’est le chemin inverse qu’il faut suivre pour éviter la catastrophe climatique. Pour ses économistes, « une tarification efficace des carburants en 2025 réduirait les émissions mondiales de dioxyde de carbone de 36 % en dessous des niveaux de référence, ce qui est conforme au maintien du réchauffement climatique à 1,5 degré Celsius [ou moins], tout en augmentant les revenus de manière substantielle, représentant 3,8 % du PIB mondial, et éviterait 900 000 décès prématurés chaque année dus à la pollution atmosphérique locale », peut-on lire dans un texte de l’Agence France-Presse.

Globalement, la sous-tarification entraîne une surconsommation de combustibles fossiles, avec tout ce que cela implique, tant mondialement que localement. Or, dans les pays riches, le lobby pétrolier et gazier demeure tout puissant. S’y ajoute dans les pays en développement la problématique de la précarité énergétique affectant plus intensément les plus pauvres.

Se faisant l’ardant défenseur du recours à la tarification du carbone dans l’offensive visant à abaisser les émissions de CO2, mais aussi de l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre, le FMI estime que des mesures supplémentaires équivalentes à un prix du carbone de 75 dollars américains la tonne ou plus seront nécessaires d’ici 2030. Or, pour l’heure, 80 % des émissions mondiales ne sont toujours pas tarifées, et le prix moyen mondial oscille autour de trois dollars américains la tonne. Il exhorte les gouvernements à appliquer de « bons prix » qui reflètent pleinement les coûts d’approvisionnement et les coûts environnementaux.

Prix plancher mondial

L’institution de Washington se réjouit tout de même de voir qu’une soixantaine de systèmes de tarification du carbone ont été instaurés dans le monde, « dont des initiatives phares cette année en Chine et en Allemagne ». Tout en déplorant la lenteur généralisée, nombre de pays craignant d’agir unilatéralement par crainte des effets sur leur compétitivité. D’où, à ses yeux, l’importance d’instaurer un mécanisme international de fixation d’un prix plancher.

En guise de référence, le FMI appuie, ici, son argumentaire sur le débat mené autour du taux d’imposition minimum des multinationales. Un taux retenu qu’on a tôt fait de qualifier de minimaliste. Au demeurant, un écart peut apparaître entre le prix plancher nominal et le taux effectif, selon que le gouvernement appliquera ou non des mesures d’atténuation, voire de stimulation économique.

Cela étant, un tel prix plancher pour le carbone se heurterait rapidement à des enjeux d’asymétrie. Selon les calculs du FMI, en l’absence de nouvelles mesures d’atténuation, la Chine, l’Inde, les États-Unis et l’Union européenne seront responsables de près des deux tiers des émissions mondiales de CO2 prévues en 2030. Si l’ensemble des membres du G20 est pris en compte, ce chiffre atteint 85 %. Aussi, tout projet visant à compenser les disparités internationales ou l’absence d’un système national de tarification par l’imposition d’une taxe à la frontière sur la teneur en carbone des importations est à portée limitée.

L’Europe en fera le test. La Commission européenne a présenté à la mi-juillet son « mécanisme d’ajustement carbone aux frontières » ayant pour objectif d’appliquer un prix du carbone établi selon les mêmes règles que celles frappant la production locale sur certains produits importés fabriqués par des entreprises hors d’Europe, dans des pays aux normes environnementales plus souples. Les premières industries visées sont les secteurs du ciment, de l’acier et du fer, de l’aluminium, de l’engrais et de l’électricité. L’objectif étant d’éviter les délocalisations de productions émettrices de GES, de générer des revenus et d’inciter les producteurs de pays tiers à réduire leurs émissions.

L’exercice devrait permettre de déterminer et de circonscrire les enjeux juridiques liés au commerce mondial et aux accords bilatéraux ou multilatéraux. Il faudra aussi voir s’il va engendrer des mesures de réciprocité et de rétorsion. Ou s’il va se heurter rapidement à l’imbrication de chaînes d’approvisionnement mondiales, à la disponibilité de l’information et à la complexité de la collecte des données permettant de déterminer l’intensité carbone dans un produit à toutes les étapes, de l’extraction à la fabrication finale, puis à la livraison.

Mais plus que tout, « dans une perspective climatique mondiale, ces mesures d’ajustement aux frontières ne suffisent pas, car le carbone incorporé dans les flux commerciaux représente généralement moins de 10 % des émissions totales des pays », concluent les économistes du FMI.

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