Salariée, et à court d’idées

Qui s’intéresse aux finances personnelles remarquera que les chroniques et articles publiés dans les médias spécialisés s’intéressent très souvent aux stratégies financières pour gens d’affaires. Il est vrai que certains entrepreneurs ont des structures fiscales complexes qui nécessitent une planification intégrée où la fiscalité revêt une importance particulière. Mais si vous avez le statut de salarié, peut-être avez-vous alors cette impression que les stratégies sont moins nombreuses, voire absentes, lorsque vous faites ces lectures. C’est ce point de vue que m’a transmis une de nos lectrices dans les dernières semaines ; celle-ci aimerait connaître ses options afin de diversifier ses actifs sans passer par l’investissement immobilier.

« Petit à petit sur plus de 30 ans, j’ai mis de l’argent de côté dans des REER, des CELI et des placements non enregistrés. À 55 ans et toujours salariée, je prévois d’aider mes enfants à terminer leurs études (oui, j’ai des REEE) et de continuer à investir pour m’assurer une retraite correcte. Tout cela ne peut fonctionner, cependant, que si mon portefeuille ne perd pas de valeur, car n’ayant pas de régime de retraite à prestations déterminées, je n’ai aucun revenu de retraite garanti (mis à part la “pension de vieillesse”). Mon problème est donc que, mis à part la maison payée, mes avoirs sont pratiquement tous sous forme d’actions, d’obligations ou de fonds communs de placement de divers niveaux de risque. REER collectif du travail, REER individuel, compte de placement : tout est soumis aux variations de la Bourse et des taux d’intérêt. »

J’aimerais rassurer Madame d’entrée de jeu : sa situation est très enviable. La priorité comme salariée est d’accumuler un patrimoine et un portefeuille, et elle en a fait une priorité, bien que je ne puisse affirmer ici si l’objectif est complètement atteint. En planification financière intégrée, c’est l’accumulation de petites bonnes décisions qui crée de la richesse. L’optimisation n’est pas toujours obtenue avec une stratégie flamboyante !

Ainsi, si la fiscalité d’un particulier salarié est plus simple que la fiscalité des sociétés, cela ne signifie pas que rien ne soit à faire pour tirer son épingle du jeu. Est-ce que son portefeuille est fiscalement optimisé ? Par exemple, est-ce que les titres générant du revenu d’intérêt sont détenus dans les véhicules enregistrés au profit des titres générant dividendes et gain en capital dans le compte non enregistré ? Selon l’état civil de Madame, la planification intégrée à deux revêt aussi un caractère incontournable pour optimiser d’autres éléments de retraite et de fiscalité.

En ce qui concerne la préoccupation de Madame sur le fait d’être soumise aux fluctuations boursières et aux taux d’intérêt, je crois qu’il faut voir le verre à moitié plein. Toutefois, investir en Bourse avec un portefeuille diversifié devrait nous prémunir contre cette « dépendance ». Certains secteurs d’activité et géographiques performeront toujours davantage que d’autres selon l’évolution du cycle boursier et des conditions économiques.

Il est évident que les faibles taux d’intérêt actuels ne servent pas les préretraités ou les personnes ayant un profil prudent. De plus, avec le risque d’inflation, les produits garantis sont loin d’être des placements « sûrs » : ils n’offrent actuellement que la garantie de ne pas diminuer son pouvoir d’achat au fil des années… L’utilisation que Madame mentionne quant aux fonds communs de placement permet de plus l’accès à une diversification, avec la présence de l’or, de l’immobilier, d’investissements directs dans des entreprises non cotées en Bourse et d’autres classes d’actifs complémentaires aux marchés boursiers et obligataires.

Madame ne nous a pas fourni le bilan complet de ses actifs. S’ils sont très importants, elle pourrait considérer de diversifier encore davantage ses actifs avec des placements plus spéculatifs, comme l’art ou le vin (un placement très risqué de mon côté, je ne saurais résister) ainsi que les cryptomonnaies. Ces actifs ne devraient toutefois pas occuper une place très importante du patrimoine global.

Enfin, j’aimerais vous faire remarquer que le défi est le même pour les entrepreneurs. Certes, les actions qu’ils détiennent dans leur société peuvent se négocier avec une certaine valeur marchande. D’une part, il n’est jamais garanti qu’ils trouveront un acheteur, et de l’autre, leurs objectifs d’investissements, que ce soit sur le plan personnel ou pour leur société, passent aussi par les marchés boursiers et financiers. Au final, nous sommes tous dans le même bateau. Une très grande dose de diversification est requise, tout comme un minimum de « foi » envers notre système.

Voici en rafale quelques idées qui pourraient compléter le portrait financier de notre lectrice.

Créer son propre régime de rente

Madame mentionne qu’elle n’a pas accès à un régime de retraite et qu’elle se sent surexposée aux aléas des marchés. Si vous souhaitez sécuriser une partie de votre portefeuille, de nombreux assureurs peuvent, en échange d’une somme forfaitaire, vous garantir une rente (soit viagère, soit à durée indéterminée). L’avantage est ici que vous transférez la gestion de votre portefeuille et que, peu importe les fluctuations de la Bourse, vous recevrez la rente mensuelle prévue au contrat. Comme dans le cas d’un régime de retraite, certaines garanties et modalités de réversibilité au conjoint existent. De plus, si vous avez comme objectif de transmettre le plus de patrimoine possible et de préserver votre capital, le concept de rente assurée pourrait aussi être analysé.

Malheureusement, le prix de l’achat de la rente est calculé selon différentes hypothèses actuarielles, notamment selon les taux d’intérêt en vigueur, et ceux-ci sont actuellement très faibles. Cette solution serait donc à considérer surtout si Madame a un profil de tolérance aux risques limité ou une exposition particulière au risque d’épuisement du capital. Elle peut aussi représenter une petite partie de votre planification de la retraite ; il n’est pas nécessaire de tout miser sur celle-ci !

Refinancer l’immobilier à la retraite

Plusieurs clients m’ont déjà parlé d’une publicité d’un produit s’adressant aux personnes âgées basée sur cette stratégie. Vous la reconnaissez sans doute. La stratégie ici est un peu la même, mais je vous propose de la gérer vous-même ! Notre lectrice doit comprendre que ce qu’elle désigne comme étant seulement « une maison payée » est en fait un atout majeur pour sa retraite. En effet, il est vrai, comme elle le souligne à juste titre, que son portefeuille de placements est soumis aux fluctuations boursières. L’utilisation d’une marge hypothécaire disponible permet donc d’éviter le décaissement des titres lorsque les marchés sont en baisse, et ainsi de préserver le capital le plus longtemps possible.

De plus, lorsque les besoins en liquidités sont plus importants, il pourrait être plus avantageux de recourir à du capital non imposable que de décaisser ses REER en accéléré et voir sa pension de la Sécurité de vieillesse récupérée, par exemple. Je vous concède que l’idée de se « rendetter » à la retraite, après avoir mis autant d’efforts dans votre vie active pour faire le contraire, peut sembler contre-intuitif, mais il s’agit d’un atout considérable dans certaines situations.

Concept d’assurance retraite

Si Madame a des besoins successoraux ET des liquidités importantes détenues dans des placements non enregistrés (hors REER et CELI), elle pourrait envisager de souscrire à une assurance vie entière avec participation ou à une assurance vie universelle. Il est possible d’y faire des dépôts supplémentaires sur une période accélérée. Plus tard, ces valeurs de rachat pourront être utilisées sans impact fiscal par la mise en place d’une marge de crédit spécialisée, pour laquelle vous cédez votre police en garantie. Soyons toutefois clairs ici : un besoin d’assurances doit être à la base de la mise en œuvre de ce concept et il ne doit pas être priorisé sur la maximisation des placements REER, REEE et CELI d’un salarié.

Mise en garde : cette chronique ne vise pas à établir des recommandations formelles ni un avis juridique, comptable ou fiscal. Vous avez la responsabilité de consulter un planificateur financier et les professionnels appropriés pour obtenir des conseils personnalisés.

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