Une personne détentrice d’un doctorat, mais nulle en finances

C’est le récit d’une personne intelligente, mais qui affirme ne rien comprendre aux finances, bien qu’elle se soit rendue au doctorat ! Voici son portrait :

Fin quarantaine, affirme avoir toujours eu de « bons » salaires ;

Est locataire par choix personnel ;

Cotise au Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics (RREGOP) depuis quelques années ;

A transféré 100 000 $ d’un régime de retraite vers une institution financière après avoir changé d’employeur ;

Ne prend aucun risque dans son portefeuille parce qu’elle ne comprend pas les bases des placements ;

Consomme selon ses envies (sans budget), car elle n’a pas des goûts luxueux et ne manque pas de liquidités ;

Consulte toutes les chroniques financières à sa disposition.

Voici son vibrant témoignage : « Quand j’ai ramené mon 100 000 $ chez “institution financière X”, on m’a accueillie à bras ouverts, disant que j’étais un client “A”, que mon conseiller allait revoir ma situation chaque année (jamais eu de nouvelles depuis…), etc. Il n’a pas le “droit” de vraiment me conseiller, donc c’est pour moi une longue épreuve que de prendre des décisions sur mes finances ou assurances. Chaque fois que je vais chez “institution financière X”, je me dis : “Je ne peux pas croire qu’avec ma scolarité, je ne comprenne rien, et que tout le monde passe sur cette chaise et sait prendre les bonnes décisions !” »

Le conseil avant les produits

La déception de madame quant à son conseiller en succursale, je l’entends souvent dans mon bureau. Plusieurs choisissent les grandes institutions financières pour la stabilité et la qualité qu’elles inspirent.

Toutefois, les services de planification financière intégrée y sont souvent réservés aux clients plus fortunés. Sans compter que le conseiller assigné change régulièrement à cause de la rotation des ressources humaines et ainsi, même le suivi d’un compte de placements de 100 000 $ ne sera probablement jamais personnalisé.

Madame est irritée du fait que son conseiller affirme ne pas vraiment avoir le droit de la conseiller, et je la comprends ! Vous devriez pouvoir vous attendre d’un professionnel compétent qu’il interprète vos objectifs et vos besoins, vous explique vos options et vous guide sur les choix qui sont en lien avec vos buts et vos valeurs !

Je n’ai pas de solution miracle ici : tous ne peuvent bénéficier des services d’un planificateur financier indépendant. 

Mais si votre besoin consiste davantage à vous faire conseiller sur des éléments stratégiques qu’à vous faire expliquer — comprendre « vendre », ici, bien sûr — des produits financiers, vous serez plus satisfait en trouvant un planificateur financier indépendant.

Dans le cas de notre lectrice, par contre, il est fort probable que seule la possibilité d’envisager une relation à long terme caractérisée par la confiance et la connaissance mutuelles permettra d’atténuer ce sentiment d’incompréhension.

Vous reconnaissez-vous ?

« Je me suis inscrite à un cours de finances perso en ligne de McGill, mais j’ai choké parce que c’est comme apprendre de la physique quantique pour moi tellement je trouve ça complexe », poursuit-elle.

Chère lectrice, je vous rassure : vous n’êtes pas seule à ne pas comprendre toutes les recommandations et les produits financiers.

J’ajouterai un jour sur ma carte professionnelle (si les cartes papier existent toujours !) un nouveau titre : celui de traductrice. Les relevés de placements, les polices d’assurance et les documents légaux sont rédigés dans un vocabulaire technique.

Lorsque le client quitte le bureau, il doit mieux comprendre sa situation, alors il faut interpréter le tout en des termes clairs et accessibles. Lorsque je consulte un professionnel de la santé, je le trouve compétent s’il réussit à vulgariser son diagnostic et ses recommandations. Je considère que les conseillers financiers ont ce même devoir.

Ce sentiment d’imposteur est peut-être accentué par l’abondance d’information accessible sur Internet. J’encourage tout le monde à suivre un cours de littératie financière. Toutefois, si cela est trop pénible, vous avez la possibilité de choisir un professionnel de confiance qui vous guidera sur la route de la retraite. En 2021, il est possible de devenir expert dans tous les domaines, mais vous pouvez vous enlever cette pression et prioriser ce qui vous fait vibrer.

Il faut le voir pour le croire

« Mais au fond de moi, j’ai une petite angoisse pour la retraite, assurément. Je n’avance pas en rencontrant mon conseiller, car il ne peut pas me conseiller comme j’aimerais (genre me “prendre en main”… Je n’ai pas envie de faire un bac en finance…) ».

Rassurez-vous, Madame, vous n’avez pas besoin de faire un bac en finance après votre doctorat !

À mes yeux, votre situation est très simple, et il ne suffirait que de vous faire visualiser quelques scénarios de retraite pour vous fixer sur votre avenir. La première étape — probablement la plus difficile selon votre témoignage — sera de faire un budget pour établir votre coût de vie. C’est l’hypothèse la plus subjective, mais la plus importante.

Il sera alors possible de vous expliquer votre situation selon ce coût, en fonction de votre niveau d’épargne actuel. Le but est de vous illustrer clairement combien d’années de retraite sont financées, une visualisation concrète rendue possible par un logiciel de planification financière.

Rien ne sert de faire l’autruche encore plusieurs années. Vous serez soit fixée sur les changements à apporter, soit libérée de votre angoisse parce que vous aurez reçu de bonnes nouvelles.

Sortir d’un cercle vicieux

En conclusion, mon premier conseil à notre lectrice est de sortir de ce cercle vicieux : je n’agis pas parce que je n’ai pas de connaissances, mais comme je cherche à améliorer mes connaissances, je n’agis pas….

Elle peut faire une démarche de planification financière ou de la retraite sans maîtriser toutes les réponses telle une experte. De toute façon, il s’agit d’une démarche échelonnée sur plusieurs rencontres. Que notre cas consulte au sein de son institution en demandant de changer de conseiller ou fasse appel à un planificateur financier (iqpf.org), une communication plus régulière lui permettrait d’évoluer.

À son âge, le fait de ne pas s’occuper de son portefeuille de placements (dont le rendement conséquemment est probablement très faible) et de ne pas avoir l’heure juste sur sa retraite comporte selon moi plus de risques que la possibilité de se tromper en prenant une décision.

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