La fuite en avant

Il faut se méfier des formules chocs qui risquent d’exposer au ridicule quand la situation s’y prête mal. À l’ajournement des travaux de l’Assemblée nationale, en juin dernier, Paul St-Pierre Plamondon promettait un « choc des Titans » à la rentrée d’automne. Dans l’état où se trouve le PQ, de tels propos font plutôt penser à la grenouille qui se voulait aussi grosse que le bœuf.

Le sondage réalisé par Synopsis Recherche entre les 27 et 30 août a beau avoir été commandité par la CAQ, les 9 % d’intentions de vote dont le PQ est crédité, identiques à celles que recueille le Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime, sont tout à fait plausibles et donnent la mesure du défi auquel les péquistes et leur chef sont confrontés à un an de la prochaine élection.

En juin, il était légitime d’espérer que la pandémie serait presque jugulée et que les partis politiques pourraient enfin passer à autre chose. Il est cependant à prévoir que le virus demeurera au centre de l’actualité des prochains mois et que le gouvernement Legault occupera de nouveau l’essentiel de l’espace médiatique. Avec 49 % des intentions de vote, le moins qu’on puisse dire est que la CAQ amorce l’année électorale en position de force.

Les dossiers autres que la COVID ne manquent évidemment pas — environnement, pénurie de main-d’œuvre, garderies, débat sur la langue, etc. —, mais qui reprochera au gouvernement de consacrer encore le gros de son énergie à la gestion de la pandémie ?

  

Les résultats de l’élection fédérale de lundi prochain donneront également le ton au débat politique au cours des prochains mois. Au train où vont les choses, Justin Trudeau risque fort de se retrouver à la tête d’un gouvernement minoritaire qui pourra s’appuyer sur le NPD pour appliquer le programme centralisateur qu’il a exposé au cours de la campagne.

On comprend facilement la préférence de M. Legault pour l’élection d’un gouvernement conservateur, grâce à laquelle il pourrait se présenter devant l’électorat en prétendant non seulement qu’il a permis au Québec de traverser la crise sanitaire avec un succès relatif, si on excepte la tragédie des CHSLD, mais aussi que son « Nouveau projet pour les nationalistes du Québec » peut donner des résultats.

En revanche, un retour au pouvoir des libéraux provoquerait une guérilla incessante pour empêcher Ottawa d’empiéter davantage sur les champs de compétence du Québec et forcerait M. Legault à une fuite en avant dont il ne peut connaître l’aboutissement.

Il est difficile de prévoir dans quelle mesure le procès de la société québécoise auquel le débat en anglais a donné lieu exacerbera le sentiment nationaliste, mais il laissera inévitablement des séquelles dont aucun des partis représentés à l’Assemblée nationale ne pourra faire abstraction.

  

Au cours de la campagne fédérale, Dominique Anglade s’est élevée contre les visées du gouvernement Trudeau avec une vigueur à laquelle le PLQ nous avait déshabitués, mais elle ne pourra pas suivre M. Legault dans une surenchère qui désorienterait complètement la base libérale.

Dans un communiqué publié à la fin août, le nouveau porte-parole du PLQ en matière de relations intergouvernementales canadiennes, Gaétan Barrette, reprochait au gouvernement Legault d’être « toujours deux pas en arrière » et de manquer de détermination dans ses demandes. Mais on imagine mal le PLQ se placer à la tête de la parade. Avec seulement 16 % des intentions de vote, selon Synopsis Recherche, il ne peut cependant pas se permettre de persister dans la mollesse qui le caractérise depuis le départ de Robert Bourassa. Lui aussi est condamné à une fuite en avant.

Si la promotion de Gabriel Nadeau-Dubois au poste de chef parlementaire fait gagner à QS de l’efficacité dans les débats, il est moins évident que le remplacement de Pascal Bérubé par Joël Arseneau aura le même effet au PQ.

Paul St-Pierre Plamondon aura une décision difficile à prendre si la députée indépendante de Marie-Victorin, Catherine Fournier, est élue mairesse de Longueuil en novembre prochain, comme les sondages le laissent croire. Une élection partielle dans Marie-Victorin devra alors être déclenchée dans un délai de six mois.

Le chef du PQ aurait du mal à justifier qu’il ne profite pas de l’occasion pour tenter de faire son entrée à l’Assemblée nationale, ne serait-ce que pour quelques semaines. On dirait qu’il craint d’être battu dans une circonscription traditionnellement péquiste. En revanche, une très possible défaite aux mains de la CAQ — Mme Fournier l’avait emporté par seulement 705 voix en 2018 — le placerait dans une situation très précaire à quelques mois des élections générales. Il aurait l’air de tout sauf d’un Titan.

À voir en vidéo