L’épargne de tous les excès

La pandémie n’a jamais rendu les ménages aussi « riches ». Paradoxalement, sous la surface, elle aura peut-être exacerbé les déséquilibres fondamentaux découlant de l’endettement et des inégalités.

Oxford Economics place les prochains mois sous les thèmes de la volatilité des marchés, d’une légère stagflation, de l’inflation du cours des éléments d’actif sous l’abondance de liquidité et de la hausse des risques politiques associés à la montée du populisme.

Sur ces deux derniers thèmes, les récentes données de Statistique Canada sont plutôt parlantes. Le taux d’épargne des ménages est passé de 13 % à 14,2 % entre les premier et deuxième trimestres de 2021. Il est ainsi demeuré à 10 % et plus depuis le deuxième trimestre de 2020 sous l’effet combiné d’une hausse du revenu disponible soutenu par l’appui gouvernemental et des dépenses de consommation plombées par les mesures de restriction et de confinement.

Au cours des 18 derniers mois, les ménages ont accumulé plus de 250 milliards de dollars en dépôts, ce qui représente environ le cinquième de la consommation des ménages en 2020. Mais plus globalement, depuis le premier trimestre de 2020, les ménages ont ajouté près de 3000 milliards de dollars à leur valeur nette, alors que « des hausses considérables » du total des actifs ont été enregistrées au cours de chacun des cinq derniers trimestres. « Les Canadiens ont vu la valeur de leurs maisons et de leurs investissements augmenter considérablement pendant la pandémie », souligne Statistique Canada.

Le hic : selon la diffusion récente des Comptes économiques répartis pour le secteur des ménages, les ménages les plus riches (20 % supérieurs) détenaient 67,5 % de la valeur nette, tandis que ceux se classant dans les deux quintiles les plus faibles, qui englobent 40 % de tous les ménages, détenaient 2,5 % de cette valeur au quatrième trimestre de 2020, précise l’agence fédérale.

Revenant à l’analyse de la firme de recherches Oxford, cet excès d’épargne et l’abondance de liquidité recherchant des rendements dignes de ce nom vont permettre à la surévaluation des cours des éléments d’actif de persister, malgré un retrait progressif de l’assouplissement quantitatif de banques centrales cherchant à normaliser leur politique monétaire. Ce qui n’empêchera toutefois pas les marchés financiers de devoir composer avec une montée du populisme nourrie par une inflation élevée pesant sur la qualité de vie, par les déséquilibres persistant sur le marché de l’emploi et par les inégalités de revenu.

Lecture faussée

Autrement dit, si l’épargne en excès vient fausser la lecture et embrouiller la vision, les facteurs fondamentaux à plus long terme que sont l’endettement, la démographie et les inégalités de richesse pourraient avoir été exacerbés par la pandémie, laisse entendre Oxford.

Pour l’heure, la dette des ménages atteignait 173,1 % du revenu disponible au deuxième trimestre contre 172,6 % au premier, l’augmentation de la dette sur le marché du crédit et de l’endettement hypothécaire important étant supérieure à celle du revenu disponible.

Mais l’effet de cet endettement toujours plus accru sur le budget des ménages demeure atténué par la faiblesse du loyer de l’argent. On a même observé un léger recul du ratio du service de la dette — qui correspond au total des paiements du capital et des intérêts en proportion du revenu disponible — à 13,32 % au deuxième trimestre. La faiblesse des taux d’intérêt agit, pour l’instant, tel un adoucisseur malgré la vigueur continue des emprunts hypothécaires et des paiements en capital ayant augmenté au deuxième trimestre pour un quatrième trimestre d’affilée.

Donc, tant que les taux d’intérêt resteront faibles… En revanche, si l’on adopte le concept de « bonne dette, mauvaise dette », l’encours de la dette non hypothécaire a diminué de 0,8 %, tandis que celui de la dette hypothécaire a augmenté de 10,8 % depuis le premier trimestre de 2020.

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