Il y a encore du boulot à faire sur le marché de l’emploi

Il reste de grands déséquilibres sur le marché du travail : des inégalités persistent obstinément dans la récupération des emplois perdus durant la crise sanitaire.

Les données de Statistique Canada pour le mois d’août ne sont pas que décevantes. Il y a eu création nette de 90 200 emplois dans l’économie canadienne, dont 69 000 à temps plein. Combinée avec les augmentations enregistrées en juin et en juillet, cette hausse a porté l’emploi à 156 000 ou à 0,8 % sous son niveau de février 2020, « le plus près qu’il a été depuis le début de la pandémie de COVID-19 ». L’assouplissement continu des restrictions combiné à l’ouverture des frontières aux touristes américains adéquatement vaccinés ont eu un effet particulièrement ressenti dans le secteur des services, qui voit pour la première fois son nombre d’emplois revenir au niveau prépandémie.

Cette embellie de façade masque toutefois de profondes inégalités qui pourraient témoigner de changements d’emploi ou de réalignement de carrière face aux restrictions maintenues.

Dans les secteurs des services jugés essentiels ou permettant à une proportion plus élevée de personnes de travailler à domicile, l’emploi se situe désormais à des niveaux de loin supérieurs à ceux d’avant la pandémie. C’est le cas pour les services professionnels, scientifiques et techniques (+10 %), pour les administrations publiques (+7,1 %) et les services d’enseignement (+5,3 %). Dans les segments où l’emploi est dit de proximité, il demeure bien en deçà des niveaux observés avant la COVID-19 : c’est le cas pour les services d’hébergement et de restauration (-12,6 %), pour l’information, la culture et les loisirs (-5,7 %) et pour le commerce de détail (-2,2 %).

Ce portrait contrasté vient orienter les projecteurs sur le taux de changement d’emploi — 0,8 % en août —, revenu à son niveau prépandémie. Des économistes y voient un signe du retour de la confiance ; d’autres, une piste d’explication de la pénurie de main-d’œuvre frappant certains secteurs. Ce taux a augmenté graduellement au cours de la dernière année après avoir chuté à près de zéro en mai 2020. Avant la pandémie, de 2016 et 2019, il s’est établi en moyenne à 0,7 %, souligne Statistique Canada.

Il reste donc beaucoup à faire.

À preuve, le taux de chômage de 7,1 %, en baisse de 0,4 point de pourcentage par rapport à juillet, qui se veut le taux le plus faible depuis le début de la pandémie. Il se situait à 5,7 % en février 2020, pour ensuite atteindre un sommet de 13,7 % en mai 2020. Mais le taux de chômage ajusté — qui comprend les personnes qui voulaient un emploi, mais qui n’en ont pas cherché un — se chiffrait à 9,1 % en août, et ces données sont influencées par un recul de 81 000 (-5,7 %) de la population active le mois dernier.

Même constat pour le taux d’emploi des jeunes qui, à 57,6 %, revenait autour de son niveau de février 2020 sous l’effet de la diminution de la taille de la population active dans cette strate.

La liste de considérants s’allonge. Trois des quatre composants du taux de sous-utilisation de la main-d’œuvre se maintenaient à un niveau plus élevé qu’avant la pandémie. Par rapport à février 2020, on comptait encore, le mois dernier, un plus grand nombre de personnes à la recherche d’un emploi (+288 000 ; +27,7 %), un plus grand nombre de personnes en emploi, mais qui ont travaillé moins de la moitié de leurs heures habituelles (+243 000 ; +29,9 %), et un plus grand nombre de personnes qui voulaient un emploi, mais qui n’en ont pas cherché un (+68 000 ; +17,2 %), poursuit l’agence fédérale.

De plus, il y a toujours le problème du chômage de longue durée, soit du nombre de personnes ayant été au chômage depuis 27 semaines ou plus. Il a reculé de 29 000 (de 6,7 %), pour s’établir à 394 000 en août, mais pour demeurer plus élevé de 215 000 (ou de 120 %) par rapport à février 2020. « Les chômeurs de longue durée ont représenté 27,4 % de tous les chômeurs en août, en hausse par rapport à 15,6 % juste avant le début de la pandémie », souligné Statistique Canada.

Pour sa part, le Québec a enregistré une baisse de 11 000 emplois le mois dernier, un recul de l’emploi à temps partiel (-22 300), surpassant une création nette de 11 300 emplois à temps plein. Le chômage est passé de 6,1 % à 5,8 % de juillet à août pour s’établir au taux le plus bas depuis février 2020. Une performance qui comprend toutefois une ponction de 25 400 personnes dans la population active. Les analystes du Mouvement Desjardins ont calculé que le secteur des biens a recouvré 96 % du niveau de l’emploi de février 2020, et celui des services, 99,2 %.

Encore du boulot en perspective, donc.

À voir en vidéo