Liberté (académique), j’écris ton nom

Se tient en ce moment une importante Commission scientifique et technique indépendante sur la reconnaissance de la liberté académique dans le milieu universitaire. Son rapport devrait sortir cet automne. La liberté d’expression est une valeur fondatrice d’une société qui veut s’approcher le plus possible de l’idéal d’une démocratie libérale. En elle se rejoignent un idéal politique libéral accordant une valeur cardinale à l’individu, à tous les individus, reconnus comme détenteurs de droits et de libertés, et un idéal de rationalité, issu du siècle des Lumières, qui a pour conviction que la vérité est approchable et qu’elle est une des conditions sine qua non du progrès social et humain.

Quand John Stuart Mill affirme, dans De la liberté, que même si tous, dans une société, défendaient un point de vue à l’exception d’une seule personne, qui le rejetterait, celle-ci devrait pouvoir exprimer son idée, c’est ce double idéal qui l’inspire. Et quand il soutient — remarque d’une importance cruciale — que l’on ne sait même pas ce qu’on pense si on ne l’a pas confronté aux idées de qui pense le contraire, c’est encore ce même double
idéal qui l’inspire.

Cela, on le devine, a d’importantes répercussions en éducation. Éduquer chacun de manière à le rendre autonome et capable de prendre part à la conversation démocratique est un devoir de la génération en place envers la génération qui monte. Ici, il s’agit d’enfants ou de jeunes, et une grande préoccupation doit être de transmettre des savoirs et de ne pas endoctriner.

À l’université, c’est évidemment autre chose. On est alors dans une institution s’adressant à des adultes et vouée à la transmission et à la découverte de savoirs. Le principe du débat ouvert, potentiellement à toutes les idées, est ici crucial.

On sait ce qui protège et devrait, aux yeux de tous, protéger cette « liberté académique » et en tracer les limites : les lois sur la liberté d’expression. Elles font notamment en sorte qu’on ne peut, à l’université comme ailleurs, interdire de parler et de s’exprimer de toutes les manières possibles simplement parce que ce qui est avancé est offensant pour certains.

Mais s’il faut toujours redouter les possibles censures par l’État, ce qui menace aujourd’hui la liberté à l’université se trouve ailleurs. Ces menaces sont importantes et graves. Elles se traduisent notamment par de terrifiants interdits de parole, par l’occultation d’objets de recherche et par de l’autocensure.

Les échos que j’ai de cette commission parlementaire m’amènent à penser qu’on n’élude pas ces gravissimes enjeux.

Les menaces actuelles

Si je devais désigner d’une expression les plus graves de ces menaces, je les appellerais « l’ennemi intérieur », celui qu’on a laissé entrer et qui menace la vie universitaire et donc la mission de l’université pour laquelle le public la finance.

Certes, la situation varie selon les universités, selon les disciplines et selon les départements. On aimerait avoir un portrait objectif de ce qui chez nous menace la liberté à l’université. Sans épuiser le sujet, voici quelques hypothèses plausibles suggérées par certains événements récents de la vie universitaire ici et ailleurs.

La liberté y était, y est toujours, menacée par un militantisme demandant qu’on interdise des mots, des événements, des personnes, et qui conduit à une drôle d’attitude qui se répand et qui fait qu’on semble connaître la réponse avant de commencer à la chercher.

Menacée aussi par certaines formes de commercialisation de la recherche, d’imposition par elle d’objets de recherche et de prétention à détenir la propriété des résultats ; par cette exigence de pratiquer de la recherche subventionnée partout, même là où des recherches libres et ne nécessitant aucun fonds sont utiles et parfois même nécessaires ; par ces désolantes revues prédatrices ; par cette promotion du relativisme épistémologique qui gangrène une part de la vie des idées depuis des décennies — merci à vous de l’avoir rappelé, Alan Sokal, et plus récemment Peter Boghossian, James Lindsay et Helen Pluckrose.

Il y a à ces menaces de multiples causes — mais, en les énumérant, on ne devra pas négliger l’importante part qui revient au clientélisme et au mercantilisme — ayant contribué à rendre une institution de plus en plus semblable à une organisation.

J’ai très hâte de lire ce rapport. J’espère qu’il ne décevra pas.

  

On me permettra pour une rare fois un mot plus personnel. Le 8 septembre prochain, Journée internationale de l’alphabétisation, se tiendra la soirée-bénéfice virtuelle de la Fondation pour l’alphabétisation. C’est une cause qui me tient énormément à cœur et j’y suis personnellement directement impliqué. Depuis cinq ans, avec Alexis Martin, nous organisons cette soirée-bénéfice. L’an dernier, et cette année encore, COVID-19 oblige, pas de spectacle, mais un film.

Ce sera une soirée forte en émotions, avec la remise en direct de 10 bourses « Retour réussite » offertes par la Fondation Desjardins et la diffusion du film Que serais-je sans toi ?. Richard Séguin, Le Vent du Nord, Salomé Corbo, Mireille Métellus, Luc Picard, Émile Poulin, Jean-François Létourneau et Guylaine Tremblay seront de la partie. Tous les détails se trouvent à fondationalphabetisation.org.



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