Dette à taux variable

De nouvelles données, celles d’Equifax Canada, ajoutent un élément de plus à la vulnérabilité appréhendée de certains ménages si le scénario prévoyant une remontée des taux d’intérêt se confirme. La détérioration de l’abordabilité a contraint nombre de nouveaux propriétaires à recourir aux prêts à taux variables.

En règle générale, les marges de crédit hypothécaire sont un moyen d’accéder à des liquidités. D’ailleurs, les prêteurs offrent plus fréquemment des marges de crédit hypothécaire englobant ou se combinant à un prêt hypothécaire. Dans une conjoncture normale, il est estimé qu’environ 65 % des fonds accordés dans le cadre de marges de crédit hypothécaire ne sont pas utilisés, a déjà mesuré la Banque du Canada.

Et si, « du point de vue de la stabilité financière, une hausse marquée de l’utilisation des marges de crédit hypothécaire en vue de pallier les pertes de revenus causées par la pandémie n’est pas une situation idéale », cette réserve de liquidités peut permettre d’écarter les défauts de paiement sur les prêts hypothécaires. « Les programmes d’aide publique, conjugués aux dépenses moins élevées des ménages durant la période de confinement, devraient aider à limiter la mesure dans laquelle les ménages ont recours aux marges de crédit hypothécaire à court terme », a ajouté la banque centrale dans une note analytique du personnel publiée en juin 2020.

La flambée des cours immobiliers pourrait avoir atrophié ce rôle d’amortisseur. Dans son rapport du deuxième trimestre publié le 31 août, l’agence Equifax Canada fait notamment ressortir un bond de 22 % des prix des propriétés résidentielles par rapport au trimestre correspondant de 2020. Dans l’intervalle, le nombre de nouvelles marges de crédit hypothécaire, souvent associées à des taux variables, a augmenté de 56,7 %, « ce qui équivaut au taux le plus élevé des 10 dernières années », affirme-t-elle.

L’analyste d’Equifax, Rebecca Oakes, rappelle qu’« en 2018, quand les taux d’intérêt ont augmenté, nous avons constaté une baisse des paiements par carte de crédit, surtout chez les consommateurs ayant une marge de crédit hypothécaire. Cela a également entraîné une hausse des faillites parmi les consommateurs plus âgés ayant une marge de crédit hypothécaire ».

L’inflation ajouterait à l’inquiétude si elle persistait à se maintenir au-delà des cibles des banques centrales. À la pression qu’elle exerce sur le budget des ménages s’ajoute un éventuel durcissement des conditions monétaires venant alors influencé tant les taux variables que ceux de plus longue échéance, sous le coup du jeu des anticipations.

Le tout s’insère dans un contexte d’accroissement de l’endettement total des ménages en raison de la forte augmentation des prêts hypothécaires. Dans les dernières données d’Equifax, la dette à la consommation est estimée à 2150 milliards, en hausse de 7,5 % par rapport au deuxième trimestre de 2020. On y observe que le nombre de nouveaux prêts automobiles et de prêts à tempérament est revenu aux niveaux d’avant la COVID-19. Et si la dette sur carte de crédit s’est fortement résorbée durant la pandémie, la quantité croissante de nouvelles cartes de crédit prend également de l’ampleur et « la limite de crédit moyenne attribuée aux nouvelles cartes augmente également, en hausse de 4,4 % par rapport à la même période l’an dernier », ajoute l’agence.

La semaine dernière, Statistique Canada observait également un recours accru à l’endettement. Si les dettes non hypothécaires plus coûteuses ont diminué de manière notoire durant la pandémie, d’autres catégories, comme les marges de crédit garanties et les prêts personnels, ont continué d’augmenter, a-t-elle constaté. « L’assouplissement général des restrictions en 2021 a entraîné une forte augmentation des nouveaux emprunts non hypothécaires, l’emprunt en avril ayant atteint un record inégalé depuis 2010. Alors que l’activité d’emprunt a atteint son plus bas niveau au cours de la pandémie en mars et avril 2020, les nouveaux emprunts ont connu une croissance d’une année à l’autre exceptionnelle en mars et en avril 2021 », avait noté l’agence fédérale de statistiques.

Et l’Association canadienne des professionnels de l’insolvabilité et de la réorganisation de s’inquiéter, de son côté, du fait que de nombreux ménages ont contracté des prêts hypothécaires importants par rapport à leurs revenus, « ce qui pourrait placer certains d’entre eux dans une situation financière précaire », dans une conjoncture de taux d’intérêt à la hausse.

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