La pandémie bouscule les projets de retraite

Globalement, la santé financière des ménages s’est nettement améliorée durant la pandémie, mais cet effet de richesse a été inégal. Chez les 50 ans et plus, ils sont aujourd’hui plus nombreux à se sentir contraints de revoir leurs projets de retraite.

Près d’un Canadien de 50 ans ou plus sur cinq, soit 18 % de cette cohorte, indique que du point de vue financier, l’effet le plus immédiat de la pandémie a été de devoir reporter leur date de retraite. Aussi, la crainte de ne pas disposer de la somme nécessaire pour y avoir droit atteint aujourd’hui son plus haut niveau en dix ans. Ainsi, 21 % des répondants au sondage RBC mené par Ipsos du 21 mai au 1er juin détenant plus de 100 000 $ en actifs investissables s’attendent à survivre de dix ans à leur épargne-retraite. Ce pourcentage était de 16 % en 2010, précise l’institution bancaire.

Les Québécois font bande à part dans ce sondage mené auprès de 2200 Canadiens, avec 9 % des répondants affirmant devoir repousser leur départ à la retraite, soit la proportion la plus faible parmi les provinces retenues. Mais ils sont les plus nombreux à estimer qu’ils survivront de dix ans à leur capital, ce doute touchant 27 % des répondants québécois disposant de plus de 100 000 $ investissables.

La fragilisation de la santé financière des travailleurs plus âgés se vérifie dans les dernières données sur l’emploi publiées par Statistique Canada. En juillet, l’emploi chez les femmes âgées de 55 ans et plus se situait à 55 000, ou à 2,9 % en deçà de son niveau de février 2020. Chez les hommes de ce groupe d’âge, il parvenait depuis mars 2021 à se maintenir à son niveau d’avant la COVID-19. Pour l’ensemble des groupes d’âges composant l’Enquête sur la population active, l’emploi en juillet se situait à 246 000, ou à 1,3 % en deçà de son niveau prépandémie.

Toujours par rapport à février 2020, le taux d’emploi — qui reflète l’emploi et la taille de la population — était en baisse de 1,3 point de pourcentage pour les hommes âgés de 55 ans et plus en juillet, et de 1,7 point de pourcentage pour les femmes du même groupe d’âge. Soit autour de 1,5 point de pourcentage mesuré à l’échelle canadienne.

Tendance lourde

Ce profil braque les projecteurs sur une tendance lourde que la pandémie est venue ancrer davantage. Au Québec on observait, déjà avant la pandémie, que globalement, les Québécois prenaient leur retraite plus tardivement. À 43 % en 2009, la part des personnes de moins de 60 ans qui ont quitté le marché du travail est passée à 27 % en 2018, avait mesuré l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). À l’autre bout de la lorgnette, la proportion de personnes en emploi chez les travailleurs plus âgés s’est accrue d’environ dix points de pourcentage dans le segment des 55 à 64 ans, et de près de six points dans celui des 65 à 69 ans sur cet horizon.

L’on pouvait expliquer cette mouvance par la faiblesse des rendements dans les portefeuilles de placement, par la transformation de nombre de régimes à prestations déterminées en régime à cotisations déterminées, par l’introduction d’un crédit d’impôt « motivateur » pour les travailleurs de 65 ans et plus et tous les nouveaux paramètres appliqués aux régimes publics visant à décourager une retraite hâtive et à inciter à une retraite tardive. Ces facteurs systémiques permettaient de comprendre que « près des trois quarts des personnes en emploi quittent désormais le marché du travail après 60 ans », retenait l’ISQ.

Manque de fonds

Un sondage publié l’an dernier indiquait que le répondant québécois moyen situe l’âge de la prise de sa retraite à 63 ans et chiffre son besoin à 660 000 $. Dans celui de la Banque Royale publié vendredi, les répondants détenant plus de 100 000 $ en actifs investissables estiment qu’ils doivent épargner en moyenne 1 million, contre 530 000 $ pour ceux disposant de moins de 100 000 $. Les premiers ont évalué leur déficit d’épargne à 300 000 $ en moyenne et les seconds, à 475 000 $.

Face à cet écart, quelque 37 % des répondants ont indiqué qu’ils demeureraient dans leur maison actuelle et qu’ils vivraient plus modestement, et presque autant retourneraient au travail. À souligner : si l’option de déménager ressort également, 20 % ne veulent pas vivre dans une maison de retraite.

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