Conseils aux lecteurs

Cette semaine, j’ai le privilège d’offrir quelques conseils à une première lectrice ayant voulu se prêter au jeu. Voici sa question :

« Ma question est d’ordre stratégique. J’aimerais savoir comment faire diversifier mes épargnes et les faire fructifier. J’aimerais penser à des avenues nouvelles (philanthropiques par exemple) même si je suis satisfaite des rendements de mon portefeuille actuel. »

Situation de Madame

• 46 ans, vivant seule et sans enfant ;

• revenu annuel de 45 000 à 50 000 $ (mélange revenus d’entreprise nets et salaire) ;

• horizon de retraite : 65 ans ;

• portefeuille REER de 65 000 $ et CELI de 45 000 $ détenus en fonds communs (portefeuille géré croissance) ;

• locataire, et aucun projet d’achat de maison à court terme, vu la montée du marché immobilier ;

• 25 000 $ dans un compte d’épargne, avec des dépôts automatiques de 400 $ par mois ;

• train de vie modeste et aucune dette.

Il est intéressant que notre lectrice ait soumis un portrait global de sa situation personnelle. Par exemple, j’aurais pu rédiger un conseil concernant uniquement ses options en matière de placements, sans savoir qu’elle paie des intérêts non déductibles sur des cartes de crédit ! Il n’y aurait alors aucun meilleur conseil que de prioriser le remboursement des emprunts par rapport aux stratégies de placements.

A priori, cette étude de cas permet de souligner la nature très personnelle de la planification financière. Cette lectrice souhaite des conseils sur son portefeuille, mais, au-delà du rendement, elle me parle dans son message de diversification et d’impact, ce qui semble pour elle l’emporter sur le rendement absolu. Ce n’est ni bien ni mal ; les conseils financiers ne se déploient pas sur une ligne philosophique ou moralisatrice.

Conseil 1 : concilier rendement et impact

Notre lectrice souhaite avoir un impact tout en assurant la diversification de son portefeuille ; elle semble penser qu’elle doit elle-même diriger directement ses liquidités vers des organismes ou des œuvres caritatives. Toutefois, une solution permettant à la fois de générer du rendement et de conserver un portefeuille diversifié serait de miser sur l’investissement responsable. Elle pourrait transférer les portefeuilles actuels REER et CELI dans de nouveaux portefeuilles gérés intégrant l’analyse ESG (environnement, société et gouvernance) dans leurs choix d’investissement. Il serait aussi possible d’y arriver graduellement, en choisissant pour les nouvelles cotisations annuelles des fonds d’actions ayant des mandats plus spécifiques, comme la lutte contre les changements climatiques, par exemple. Il faut noter que ces recommandations présument évidemment que le portefeuille ainsi modifié le sera en tenant compte de la tolérance au risque de cette lectrice, qui n’est pas mentionnée ici.

Tenir compte de la fiscalité du portefeuille représente par ailleurs un élément tout aussi important à prendre en considération par notre lectrice, qui cotise pratiquement autant à son REER qu’à son CELI : quel est le véhicule fiscal qui devrait être priorisé ? Avec l’aide d’un calculateur offert par l’Institut québécois de planification financière (IQPF), j’ai comparé l’efficacité d’une cotisation de 4800 $ par année. Même si, dans ce type de situation, l’écart entre les taux d’imposition pendant la vie active (37 %) et à la retraite (27 %) n’est pas gigantesque, la cotisation au REER l’emporte sur un horizon de 20 ans, avec un solde net accumulé à l’échéance de 14 758 $ par rapport à 12 736 $ pour le CELI (avec l’hypothèse, bien sûr, que le rendement est le même, soit hypothétiquement 5 %). La portion à épargner dans le CELI devrait être utilisée pour des projets devant être financés à court et à moyen terme.

Conseil 2 : l’assurance vie comme outil philanthropique

Une autre façon pour notre lectrice d’atteindre ses objectifs philanthropiques serait de souscrire une assurance vie, ou d’en léguer une qu’elle détiendrait déjà, à un organisme de charité de son choix. Cette stratégie probablement méconnue du grand public peut prendre différentes formes. Notre lectrice pourrait, dans un premier temps, nommer un organisme comme bénéficiaire du capital décès ou faire un legs par testament correspondant à la valeur de l’assurance vie, et sa succession bénéficierait d’un traitement fiscal favorable. Toutefois, notre lectrice n’ayant pas d’enfant ni de conjoint, il serait fort probablement plus approprié de profiter des avantages fiscaux de son vivant ! La solution est conséquemment, dans ce cas-ci, de transférer la propriété du contrat d’assurance vie directement à l’organisme. Les primes sont alors considérées comme un don de bienfaisance admissible à un crédit d’impôt annuellement.

Conseil 3 : l’âge idéal pour une planification de la retraite

En terminant, je recommande chaudement à notre lectrice d’amorcer une planification financière intégrée, pour l’avenir. À environ 20 ans de la retraite, l’horizon temporel est suffisamment large et permet d’envisager d’optimiser la situation en générant un impact réel. On me demande souvent à quel âge cette démarche doit être amorcée. Bien que l’épargne amorcée le plus tôt dans la vie active soit sans aucun doute la clé de la liberté financière à un jeune âge, la quarantaine permet de visualiser la retraite de façon généralement plus définie et plus concrète. La présentation des différents scénarios possibles permet enfin, avec un tel horizon, d’ajuster le tir et les stratégies. Une des phrases les plus entendues dans nos bureaux est d’ailleurs : « J’aurais dû vous rencontrer il y a plusieurs années… »

Mise en garde

Cette chronique ne vise pas à établir des recommandations formelles ni un avis juridique, comptable ou fiscal. Vous avez la responsabilité de consulter un planificateur financier et les professionnels appropriés pour obtenir des conseils personnalisés.

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