Une première vraie raison d’éviter la 5G

Pas besoin de croire à des théories du complot impossibles pour redouter l’arrivée des premiers réseaux sans fil de cinquième génération, ou 5G. Car ils ont déjà un effet immédiat, concret et tout à fait néfaste sur au moins une partie de votre personne : votre portefeuille.

On peut, depuis la fin de l’été dernier au Canada, se connecter au réseau 5G de son fournisseur de services sans fil de façon tout à fait transparente. Parce qu’ils offrent un meilleur débit et une bande passante plus généreuse, les réseaux 5G permettent de télécharger plus rapidement plus de données mobiles. C’est l’équivalent pour les réseaux sans fil de ce qu’a été l’arrivée de l’Internet par câble pour la maison il y a une vingtaine d’années.

Pour en bénéficier, il suffit d’avoir un téléphone compatible, soit, en somme, un mobile de n’importe quelle marque âgé de deux ans ou moins. C’est si transparent qu’à moins d’avoir l’œil fixé sur le petit indicateur d’état du réseau dans le coin de l’écran, on se branche souvent sans le savoir aux réseaux 5G dès qu’on s’en approche.

Coûteuse surconsommation

En tout cas, cela passe inaperçu jusqu’à la réception de sa facture mensuelle de sans-fil. Car avec la 5G, il est facile de dépasser la limite mensuelle de données proposée par son forfait mobile. Sans rien avoir changé à la façon dont on se sert de son appareil.

Et comme c’est de la 5G, ça va vite : selon des calculs effectués dans six pays différents l’automne dernier par l’organisme britannique Open Signal, les gens connectés à un réseau 5G vont consommer de deux à trois fois plus de données mobiles que s’ils étaient connectés à un réseau 4G (dont le nom plus technique est LTE, pour « Long-Term Evolution »).

Évidemment, le résultat varie selon l’usage. Mais la hausse de consommation des données mobiles quand on passe à la 5G survient sans véritable changement observable dans les habitudes des utilisateurs. En fait, dans l’ensemble des six pays étudiés par Open Signal, la consommation mensuelle moyenne de données mobiles était supérieure à 15 gigaoctets pour les abonnés à la 5G.

Au Canada, le propriétaire type d’un téléphone intelligent était abonné en 2020 à un forfait comprenant 5 gigaoctets ou moins de données mobiles par mois. Selon le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications du Canada (CRTC), sa consommation moyenne l’an dernier s’est établie à 2,9 gigaoctets par mois.

Supposons que ce consommateur moyen migre vers la 5G. Sa consommation mensuelle grimpera entre 6 et 9 gigaoctets par mois de données mobiles. Il devra rehausser son forfait, ou alors, assumer 50 $ de frais de dépassement avant de voir son fournisseur bloquer temporairement sa connexion numérique.

Bref, le passage à la 5G lui coûtera plus cher pour une utilisation qui, rappelons-le, sera en fin de compte la même qu’avant.

La 5G bientôt omniprésente

Les six pays étudiés l’automne dernier par Open Signal sont ceux où le déploiement de la 5G était plus avancé qu’ailleurs. Le Canada n’en fait pas partie, car à ce moment, les fournisseurs n’avaient activé que quelques antennes dans les principales grandes villes du pays. Mais ça a changé.

Les réseaux 5G ont pris beaucoup d’expansion au Canada ces dernières semaines, particulièrement durant les Jeux olympiques. On trouve présentement de la 5G dans la plupart des municipalités situées dans le bassin du Saint-Laurent, de Sept-Îles jusqu’aux Grands Lacs, la région où se trouve la plus grande partie de la population canadienne.

Chez Bell, on nous dit avoir constaté une plus grande utilisation de la 5G pendant les Jeux. Pour le fournisseur, il s’agit là d’une heureuse coïncidence. « Nous continuons d’observer une augmentation des volumes d’utilisation de la 5G dans l’ensemble », indique une porte-parole. « Davantage de clients choisissent des plans avec plus de données, et nous constatons également une adoption croissante des nouveaux téléphones 5G. »

Autrement dit, l’investissement dans la 5G rapporte aux grands fournisseurs canadiens. Leur revenu mensuel moyen par usager, le baromètre indiquant leur santé financière, est passé de 68 à 69$ par client par mois entre 2019 et 2020, selon le CRTC. Parions que la variation entre 2020 et 2021 sera à nouveau à la hausse et qu’elle sera plus prononcée, vu l’effet de la 5G sur la consommation de données mobiles.

Comment s’en prémunir ?

Comment notre consommation de données mobiles peut-elle tripler sans qu’on s’en rende compte ? C’est étonnamment facile. Le meilleur exemple est celui de la vidéo mobile : la qualité de l’image est ajustée automatiquement en fonction de la bande passante. Une vidéo diffusée sur une connexion limitée sera de résolution moindre. Elle sera peut-être en haute définition (HD) sur une connexion 4G ou LTE et sera en ultra haute définition (UHD) sur un réseau 5G.

À titre d’exemple, une vidéo en HD tirée de YouTube représente une consommation de données d’environ 2 gigaoctets par heure. La même vidéo en UHD ? Son débit passera à plus de 10 gigaoctets par heure, soit cinq fois plus. C’est à titre indicatif, mais le même calcul vaut pour les vidéos sur Facebook, Instagram, et TikTok.

Pour une vidéo qui s’affiche sur un écran de 6 pouces de diagonale, une image en UHD est superflue. Comment éviter de gaspiller ses données mobiles de la sorte ? La solution la plus simple est d’éviter la 5G. Les réglages des appareils mobiles permettent tous de limiter leur connexion aux réseaux 4G, si on le désire.

En attendant des forfaits plus abordables, c’est le meilleur moyen de réduire sa facture de sans-fil.

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