Soies japonaises

Les bénévoles japonais des Jeux font preuve d’une grande patience envers les voyageurs.
Photo: Jeff Pachoud Agence France-Presse Les bénévoles japonais des Jeux font preuve d’une grande patience envers les voyageurs.

« C’est une soie », avait l’habitude de dire ma grand-mère, d’une personne douce, gentille et prévenante.

Il était passé minuit. Sa journée de travail était finie depuis longtemps et pourtant la représentante japonaise du transporteur aérien restait là, à nos côtés, alors que nous attendions désespérément depuis des heures que quelqu’un, quelque part, confirme que nous ne représentions pas une menace sanitaire pour le Japon. Notre ange gardien ne pouvait rien faire pour accélérer les choses. Une règle stupide lui interdisait même apparemment de s’asseoir. Pourtant elle restait là, à nous dire des mots d’encouragement et à nous faire des sourires derrière son couvre-visage, alors que nous, à sa place, nous serions rentrés chez nous depuis des heures.

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Après trois jours en quarantaine stricte dans notre hôtel sans restaurant, j’en ai eu assez des repas pour emporter qu’on me permettait d’aller acheter en vitesse à une petite épicerie du coin. Cinq minutes après avoir demandé de l’aide à la réception pour commander de la nourriture à me faire livrer, ils étaient bien quatre employés à se passer mon téléphone portable pour essayer de commander un plat que j’avais pointé du doigt au hasard. Parmi eux se trouvait l’un des nombreux Africains servant d’agents de sécurité dans le lobby de l’hôtel, un homme arrivé du Nigéria il y a 19 ans, père de deux adolescents nippo-nigérians et qui devait souvent jouer les interprètes.

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La jeune bénévole essayait tant bien mal de caser le plus de monde possible dans la navette qui était loin d’être remplie, mais dont les passagers déjà à bord n’avaient aucune envie de coopérer. Prise avec un bouchon dans la porte de l’autobus et la Japonaise ne sachant apparemment pas comment crier : « Avancez par en arrière ! », elle s’est finalement résolue à demander aux journalistes qui continuaient d’arriver de faire la file cinq minutes, le temps que la prochaine navette se pointe. Juste avant que les portes ne se ferment, un confrère, probablement très important et très pressé, a déboulé de nulle part, a ignoré la file et la fille, et s’est fait une place dans l’autobus à coups d’épaule. N’importe qui de normalement constitué, même de très zen, serait allé chercher le goujat par les cheveux ou l’aurait, à tout le moins, abreuvé d’injures. Au lieu de cela, notre jeune bénévole est restée imperturbable et nous a délicatement envoyé la main lorsque l’autobus est parti.

Au revoir Tokyo. Et merci pour tout.

Ce reportage a été en partie financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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