La bonne idée

Samedi soir, le Japon affrontait les États-Unis à la finale de baseball, l’un des sports favoris des Japonais.
Photo: Matt Slocum Associated Press Samedi soir, le Japon affrontait les États-Unis à la finale de baseball, l’un des sports favoris des Japonais.

Je croyais pourtant avoir eu une bonne idée. Les journaux japonais rapportaient que des « hordes » de jeunes faisaient fi des consignes sanitaires et se rassemblaient le soir dans l’immense parc Yoyogi, dans le quartier de Shibuya, pour se retrouver après des mois de distanciation sociale, avaler une bouchée, prendre un verre ensemble, et suivre les exploits des athlètes japonais aux Jeux olympiques.

Quelle belle occasion de profiter de mon nouveau droit de sortir de la bulle des médias pour aller à la rencontre des Tokyoïtes et parler avec eux de sport et de leurs Jeux. Surtout que samedi soir, le Japon affrontait les États-Unis à la finale de baseball, l’un des sports favoris des Japonais.

Bon, après deux heures à arpenter les allées du parc Yoyogi — au point de commencer à avoir peur de passer pour un monsieur louche qui cherchait de la compagnie — toujours pas de traces des hordes promises. À la place, des petits groupes de jeunes, éparpillés ici et là, qui discutent tranquillement et qui n’ont manifestement aucun intérêt pour le match, qui doit être rendu à la troisième manche. « Je ne veux pas péter votre bulle, mais je ne crois pas que vous trouverez quelqu’un dans ce parc qui est en train de regarder votre match de baseball », m’assène l’un d’eux, dans un anglais on ne peut plus clair et direct.

Bien obligé d’admettre que ma bonne idée n’était peut-être pas si bonne que cela, je me rabats sur les rues qui bordent le parc dans l’espoir de trouver un café ou un bar qui passerait outre la consigne de fermer à 20 h afin de permettre à ses clients d’y suivre mon damné match de balle. Coup de chance, je trouve justement un tout petit restaurant, plein à craquer, où une grosse télé montre que le Japon mène 1-0. Je m’y négocie une petite place dans un coin et imagine déjà la bonne histoire que cela fera.

Mais très rapidement quelque chose cloche. Si les clients sont déjà bien réchauffés, ils ne semblent suivre la partie que distraitement, trop occupés à discuter ensemble. Le comble, c’est lorsque le match se fait plus serré, avec les Américains qui menacent de revenir de l’arrière, et que quelqu’un change de chaîne pour mettre celle de la météo sans que personne semble s’en offusquer. C’est à ce moment que j’ai rangé mon calepin et que j’ai fait comme tout le monde, soit profiter du moment et oublier un peu les Jeux olympiques.

Ce reportage a été en partie financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

À voir en vidéo