Le bilan de mes vacances (n’est pas celui que vous croyez)

Bien sûr, déformation professionnelle oblige, mes vacances se sont terminées par une comptabilité minimale : j’aime savoir où va cet argent durement gagné. Je ne sais pas pour vous, mais j’avoue que personnellement, une fois « le mode » vacances réellement activé, l’excitation et l’emballement cèdent graduellement place à cette attitude de consommation généralement raisonnable qui me caractérise en temps normal. Je dois donc « me parler » et faire preuve d’un certain suivi budgétaire pendant les vacances pour y voir clair : est-ce que cette énième activité rendra vraiment mes enfants plus heureux ? De plus, lorsque celles-ci sont terminées, je prends un peu plus de recul pour tirer des apprentissages.

Le bilan financier de mes vacances est positif. Habitant dans une région touristique, nous avons pu cette année profiter de la nature et des bonnes tables qui nous entourent. Faire du sport, se lever sans agenda trop défini, lire un livre au soleil, additionner les moments de qualité avec les enfants, découvrir de nouveaux restaurants et de bons vins... Un plan de vacances permettant de briser la routine à un coût somme toute raisonnable. Par ailleurs, puisque comme de nombreuses personnes j’ai investi pendant la pandémie pour améliorer le confort à la maison, il me semblait stratégique de rentabiliser ce choix en en profitant au maximum.

Si je partage avec vous cette tranche de vie, c’est que le véritable bilan de mes vacances en découle. En effet, ces nombreuses visites dans les commerces, restaurants et sites touristiques m’ont permis d’observer les conséquences économiques de la pandémie. Partout, des employés recherchés et des commerces qui fonctionnent au ralenti. Des restaurants fermés à l’heure du lunch ou quelques jours par semaine, non pas par manque de clients. Des files d’attente partout puisque les effectifs sont réduits à l’accueil des sites. Des services à l’auto qui débordent sur la route principale. Peut-on s’en étonner alors que la pénurie de main-d’œuvre annoncée depuis des décennies se manifestait déjà et que de nombreux travailleurs ont choisi de se trouver un emploi dans des secteurs moins sensibles à la COVID que l’industrie touristique et l’hôtellerie ?

J’ai aussi l’impression d’avoir passé des vacances davantage sous le signe de l’inflation que de la canicule : du panier d’épicerie aux travaux d’entretien de maison en passant par les tarifs des hôtels et activités familiales. Des framboises 35 % plus chères que l’an passé, alors que dame nature a été plutôt clémente au printemps. « Comment expliquer cette hausse, madame ? » « Je ne pourrais pas vous dire », m’a répondu l’employée. Et moi de rétorquer en souriant. « C’est sûrement à cause de la COVID ». Malheureusement, ce n’est plus qu’une histoire de cette fameuse taxe COVID, observée pour plusieurs produits et services dans la dernière année et demie. Les pressions inflationnistes ont pris le relais ! D’une part, toutes les chaînes de production subissent une hausse de leurs coûts, avec la hausse du prix du pétrole. Et apparemment, entre se lever le matin et cueillir des petits fruits ou boire son café tranquillement, subventionné par la PCU-PCRE, le choix aura été difficile pour de nombreux travailleurs cet été.

En fait, le bilan de mes vacances est que peu de gens comprennent l’enjeu des risques associés à l’inflation. Il est normal après plusieurs mois difficiles moralement d’avoir envie de profiter des vacances au maximum plutôt que de s’intéresser aux enjeux économiques. Et devant la hausse des prix, il est déjà commun en vacances de penser avec la philosophie pas toujours sage du « tant qu’à y être ».

Je termine donc mes vacances avec un brin d’inquiétude quant à la situation économique des prochains mois. Depuis un certain moment déjà, je me demande où sera tracée la ligne entre l’aide d’urgence (qui était absolument bénéfique et nécessaire, ne vous méprenez pas sur moi à ce sujet) et le constat que ce programme nuit au marché de l’emploi et à la reprise économique. De nombreuses entreprises n’ont pas encore connu les conséquences réelles de la pandémie grâce aux programmes d’aide généreux reçus jusqu’à présent. Des fermetures deviendront un jour inévitables pour les moins rentables d’entre elles.

Loin de moi l’idée de vous alarmer (après tout, vous êtes peut-être en vacances en lisant cela !) : les dirigeants des banques centrales sont toujours d’avis que l’inflation actuelle est temporaire et que les hausses de taux directeurs prévues en 2022-2023 permettront de réguler le tout. Toutefois, si les gouvernements persistent à soutenir artificiellement l’économie, alors même que la demande est plus grande que l’offre dans bien des secteurs, phénomène accentué par le fait que les ménages disposent d’un niveau important d’épargne, que la pénurie de main-d’œuvre augmente les salaires — que cette facture est toujours refilée aux consommateurs —, il est difficile de croire que cette inflation sera sans conséquence. Tous ces facteurs favorisent la hausse des coûts et des taux d’intérêt : la diminution du pouvoir d’achat qui en découle exigera des choix difficiles pour plusieurs ménages et contribuera probablement à creuser encore davantage les inégalités selon le revenu.

Si je ne suis pas une fervente des scénarios catastrophes (j’ai une confiance très forte en nos institutions), ma préoccupation ici est que je ne sais pas si nous réalisons à quel point cette pandémie ne nous aura pas uniquement transformés individuellement et humainement parlant. Je doute que la plupart d’entre nous soient psychologiquement et financièrement préparés à cette hausse du coût de la vie qui nous attend dans les prochaines années. Le bilan de mes vacances, c’est que la prudence devrait être au rendez-vous et que la récréation est terminée.

Profitons de cet été si attendu pour s’amuser, se retrouver, se visiter et s’aimer (ça ne coûte rien en plus !) mais gardons en tête qu’un bon plan financier à long terme doit vous permettre de faire face aux imprévus.

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