Se souvenir de Minamata

En 1973, une femme tient dans ses bras une victime de la contamination chimique à Minamata qui a une malformation de la main.
Photo: Archives Associated Press

En 1973, une femme tient dans ses bras une victime de la contamination chimique à Minamata qui a une malformation de la main.

Les autorités de la petite ville côtière de Minamata au Japon ne savent pas trop quoi penser de ce nouveau film qui mettra bientôt en vedette l’acteur américain Johnny Depp. Réalisé par Andrew Levitas, Minamata raconte une histoire, largement oubliée aujourd’hui, de pollution industrielle à travers les yeux de l’un des plus célèbres photojournalistes, l’Américain W. Eugene Smith.

Dans les années 1950, Minamata a eu la chance, qui s’est rapidement transformée en catastrophe, de voir s’installer chez elle l’une des plus importantes usines de produits chimiques du Japon. Comme la Chisso déversait ses rejets dans la baie dont dépendaient les nombreuses familles, de nombreux cas d’empoisonnement au mercure ont commencé à apparaître chez les animaux, puis chez les humains, causant notamment des troubles neurologiques, des malformations à la naissance et même la mort. Compris et nommé par des experts en santé dès 1959, le problème des rejets toxiques n’allait pas être reconnu et réglé par leurs responsables avant le début des années 1970.

W. Eugene Smith allait contribuer à révéler ce drame au monde entier avec un reportage photo où il est allé au plus près des victimes. L’image magnifique et bouleversante de Tomoko Uemura dans son bain, où l’on voit une mère baigner tendrement sa fille née avec de terribles malformations, allait devenir l’une de ses photos les plus emblématiques.

Un groupe de citoyens de Minamata organiseront ce mois-ci une projection du film d’Andrew Levitas quelques semaines avant sa sortie en salle dans le pays. Ils auraient voulu que la Ville s’associe officiellement à l’événement, mais elle a refusé, rapportait cette semaine le quotidien japonais Asahi Shimbun. Elle ne s’est pas dit contre l’événement, mais a expliqué qu’elle préférait rester en retrait ne sachant pas quel regard les producteurs du film ont choisi de porter sur les événements tragiques et rappelant que certains citoyens souhaitaient laisser cet événement dans le passé.

Quelques mois auparavant, la presse nipponne avait déploré qu’une partie des quelque 2300 personnes rendues malades par la contamination à Minamata et plus de 70 000 personnes affectées à différents niveaux attendaient toujours d’être reconnues comme victimes par les programmes d’aide mis en place par les gouvernements, en dépit d’appels répétés des tribunaux en ce sens.

Le hasard veut qu’on ait aussi appris, cette semaine, que le gouvernement ne portera pas en appel une autre décision des tribunaux qui le presse cette fois de ne pas être si restrictif dans sa définition des victimes de la pluie noire radioactive qui s’est abattue sur la population après l’explosion des bombes atomiques à Hiroshima et Nagasaki, en 1945. Selon les autorités locales, il resterait encore environ 13 000 de ces hibakusha (le nom donné aux survivants de ces catastrophes) à Hiroshima seulement, 76 ans après le drame.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.



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