Entre inflation et variant

Ces dernières semaines, les investisseurs ont délaissé l’inflation et ont orienté leurs appréhensions vers l’expansion du variant Delta. Mais une pression haussière sur les prix plus persistante que prévu pourrait revenir les hanter et venir remodeler la courbe des taux d’intérêt.

En maintenant le statu quo monétaire mercredi, la Réserve fédérale américaine (Fed) a salué la contribution de la vaccination contre la COVID-19 au renforcement de l’activité économique et des indicateurs du marché du travail. Elle a toutefois relevé la persistance des risques, pointant entre autres la remontée des cas dans nombre d’États sous l’impulsion du variant Delta. Les observateurs n’y décelaient cependant pas une inquiétude palpable face aux effets économiques de cette poussée de cas : tout au plus serait-elle matière à surveillance de la part des autorités monétaires, estiment-ils.

Cette observation rejoint le sentiment devenu dominant sur les marchés après une frayeur initiale, qui a placé momentanément le variant Delta à l’avant-scène des préoccupations, devant l’inflation. Les probabilités d’un retour au confinement à grande échelle apparaissent désormais faibles au vu de l’avancée du programme de vaccination, sauf peut-être dans les pays appliquant une politique zéro COVID-19. Selon toute vraisemblance, l’on retient que la maladie est appelée à devenir endémique, rendant ce type de mesure moins réaliste.

Les projecteurs reviennent donc se braquer sur l’inflation. Le président de la Fed, Jerome Powell, a reconnu en conférence de presse mercredi que « d’autres contraintes pourraient continuer à limiter la rapidité avec laquelle l’offre peut s’ajuster », augmentant ainsi la possibilité que « l’inflation s’avère plus élevée et plus persistante que ce que nous attendons ». L’effet transitoire, attribué à l’effet de glissement annuel, serait donc moins temporaire.

M. Powell a toutefois réitéré sa « confiance dans le fait qu’à moyen terme, l’inflation va redescendre », mais qu’« il est difficile de dire quand », peut-on lire dans la dépêche de l’Agence France-Presse sur la conférence de presse. La hausse des prix aux États-Unis connaît présentement son rythme le plus rapide depuis 13 ans.

L’institution prévoit 3,4 % d’inflation cette année, puis une stabilisation à 2,1 % en 2022 selon les prévisions publiées en juin. Dans ses prévisions publiées cette semaine, le Fonds monétaire international, qui croit également à une poussée inflationniste temporaire, cible une inflation à 4 % aux États-Unis cette année, à 2,5 % d’ici la fin de l’année prochaine.

Au Canada aussi

L’inflation s’accroche également au Canada, mais les données restent encore faussées par les distorsions provoquées l’an dernier par la pandémie et la frénésie immobilière. L’indice des prix à la consommation (IPC) a augmenté de 3,1 % d’une année à l’autre en juin, tout de même en baisse par rapport à la hausse de 3,6 % enregistrée en mai, indique Statistique Canada.

Les pressions haussières en provenance de l’essence deviennent un peu moins importantes, alors que la variation annuelle de cette composante est passée de 62,5 % en avril à 32 % en juin, ont noté les analystes du Mouvement Desjardins. Sans l’essence, l’IPC a augmenté de 2,2 % d’une année à l’autre.

L’exubérance immobilière maintient également son impact dans les données de juin. La croissance d’une année à l’autre des prix du logement (+4,4 %) s’est poursuivie en juin, surtout en raison de la hausse continue, de 12,9 %, de l’indice du coût de remplacement par le propriétaire. L’indice des autres dépenses pour le logement en propriété, qui comprend les commissions et les frais juridiques liés à la vente de biens immobiliers, a augmenté de 12 % dans l’intervalle.

À l’inverse, l’indice du coût de l’intérêt hypothécaire a diminué de 8,6 % d’une année à l’autre, « ce qui correspond à la baisse la plus marquée jamais enregistrée, les taux d’intérêt étant demeurés à des niveaux historiquement bas », écrit l’agence fédérale.

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