Passeport sanitaire pour la France

Alors que je déambulais à Paris après mon équipée cannoise, une dame m’a arrêtée dans la rue pour déverser son trop-plein d’anxiété. Elle se sentait affectée par les mesures d’Emmanuel Macron, qui oblige désormais l’usage d’un passeport vaccinal ou d’un test de dépistage de la COVID-19 négatif afin de pouvoir mettre les pieds au théâtre, au cinéma, au musée ou dans tout lieu culturel accueillant plus de 50 personnes — et, dès le début du mois d’août, au restaurant et sur les terrasses.

Je comprends le président français de forcer la main aux récalcitrants. La quatrième vague touche là-bas comme ailleurs essentiellement les non-vaccinés, dont cette femme en refus farouche de se faire piquer. Mes arguments adverses se heurtaient à un mur : rien à faire. Elle sentait le tapis se défiler sous ses pieds avec une angoisse profonde, sans vouloir se faire dicter sa conduite par l’État — et a fortiori par moi.

Cette artiste peintre réorientée dans le dessin par ordinateur m’a montré certaines de ses œuvres sur son cellulaire. Elle avait du talent, s’exprimait bien, était sympathique par-dessus le marché. Des activités de la vie courante lui sont bouchées sans passeport sanitaire, alors pourquoi se braquer contre le vaccin ? Mystère !

Manifestations à Paris pour la liberté de choix

Elle ne participait guère aux bruyantes manifestations à Paris pour la liberté de choix — ils savent y faire, les Français, au moment de se rassembler en foule et de protester en bloquant le trafic — et paniquait en solitaire. Je souhaitais que cette femme, acculée au pied du mur, se décide comme tant de ses concitoyens à se faire protéger contre le virus, et basta ! Comme je le souhaite à l’ensemble des Québécois. Un passeport sanitaire chez nous aussi, pourquoi pas ?

On a beau appuyer les nouvelles mesures Macron, reste qu’elles ne sont pas si simples à appliquer, de par leur décret à la onzième heure. En ces temps d’ajustements surgissent des zones floues, des détournements, des attrape-moi-si-tu-peux.

À Paris, certains petits théâtres dont la jauge est inférieure à 50 personnes (ou qui l’ont abaissée pour passer entre les mailles du filet) n’exigent pas de passeport sanitaire ou de tests négatifs (qui coûtent 29 euros à chaque fois) à leurs clients.

Désormais en France, le masque n’est plus requis avec les preuves de bonne santé covidienne, mais certains lieux culturels — le Louvre, ainsi que les cinémas MK2 et du groupe UGV, par exemple — continuent à l’exiger parce que deux protections valent mieux qu’une. Ce n’est pas plus mal, en fait. Reste que certains paramètres d’application sont à géométrie variable.

Douche froide

L’annonce des nouvelles mesures restrictives là-bas aura eu l’effet d’une douche froide pour bien des visiteurs éventuels, peu nombreux de toute façon depuis l’assaut de la COVID-19.

Si même dans nos villes nord-américaines, le tourisme, lucrative industrie pour tant d’institutions, de commerçants, d’hôteliers, de restaurateurs et tutti quanti, est beaucoup lié à l’offre culturelle, dans une ville comme Paris, ses retombées deviennent immenses et les pertes causées par la crise, considérables. Les musées, les théâtres, les cinémas d’art et d’essai attirent habituellement les touristes comme des mouches au bord de la Seine. Or, plus trop certains de pouvoir accéder à leurs guichets faute de vaccins reconnus ou de vaccins tout court — certaines contrées, dont le Brésil et plusieurs pays d’Afrique, sont à la traîne pour la piqûre —, ces derniers évitent la destination.

Les attestations vaccinales des visiteurs hors du giron de l’Union européenne demeurent valides en principe, mais peuvent se voir refuser ici et là tant que les modalités d’équivalence entre les pays sont floues. Ainsi, au Festival de Cannes, devions-nous passer des tests de dépistage de la COVID-19 tous les deux jours malgré nos preuves de vaccination étrangères, qui valaient des clopinettes.

Ajoutez pour les voyageurs les tracasseries à l’aéroport à l’heure de rentrer au bercail. Le Canada exige, même pour les doubles vaccinés, un test PCR négatif au départ de la France et un autre à notre arrivée au pays. Redondance qui entraîne force retards et met les nerfs à vif.

Les rues de la Ville Lumière me sont apparues bien vides en plein été. Et parler avec les hôteliers, c’était écouter leur chœur de profonds soupirs : ils encaissent jour après jour une pluie d’annulation, faut comprendre. En gros, 10 % des chambres sont réservées, une misère ! Bien des établissements fermeront leurs portes en août, leurs propriétaires refusant de rester au poste pour si peu.

La France est forte et ébranlée. Ses décrets lui font mal, mais la sauveront sans doute du naufrage covidien à long terme. Dans les sables mouvants de la quatrième vague attendue bientôt chez nous, j’ai eu envie de lui dire : « À la prochaine, une fois l’orage passé ! Et bravo pour le courage d’avoir su l’affronter ! »

À voir en vidéo