Le chauffeur de taxi avec un gant blanc

À Tokyo, le tenue des chauffeurs de taxi contraste par rapport à nos références occidentales: complet gris foncé, chemise blanche bien repassée et gants blancs, comme le majordome d’un manoir qui serait sur quatre roues.
Photo: Philip Fong Agence France-Presse À Tokyo, le tenue des chauffeurs de taxi contraste par rapport à nos références occidentales: complet gris foncé, chemise blanche bien repassée et gants blancs, comme le majordome d’un manoir qui serait sur quatre roues.

Ça doit être le plus vieux chauffeur de taxi du monde, avec son visage digne, mais tout fripé, et les quelques poils blancs soigneusement placés sur sa tête. Impeccablement mis — à l’instar de tous les gens de sa profession à Tokyo —, il se tient très droit dans son complet gris foncé, sa chemise blanche bien repassée et ses gants blancs, comme le majordome d’un manoir qui serait sur quatre roues. Son taxi est de ce modèle qu’on voit partout dans la ville : noir, rectangulaire et spacieux, avec des rétroviseurs fixés loin sur l’avant du capot, comme les antennes d’un drôle d’insecte.

Contrairement à la règle apparemment universellement appliquée dans la profession, notre chauffeur ne conduit pas brusquement. Ses gestes sont même incroyablement doux, comme dans un film au ralenti. Cela semble parfaitement convenir à sa voiture qui avance pourtant à bonne allure, mais qui paraît flotter sur une chaussée qui, il est vrai, n’a pas l’air d’avoir subi les affres d’une guerre avec l’hiver.

Soudain, on remarque une imperfection dans ce tableau. Il manque un gant blanc à notre conducteur. On comprend qu’il l’a enlevé pour pianoter sur l’écran tactile de son système de guidage GPS. Puis on réalise le drame qui est en train de se jouer.

Toujours réservé et très digne, notre chauffeur de taxi n’obtient visiblement pas de son bidule électronique les réponses dont il a besoin. Il est de plus en plus occupé à essayer de le faire fonctionner et de moins en moins à conduire sa voiture. Bien forcé de se rendre à l’évidence, il rebrousse chemin une première fois, puis une deuxième. Subtilement, le coup de volant commence à se faire moins précis et les cahots de la route, plus perceptibles.

On finit évidemment par arriver à destination. Le chauffeur de taxi a retrouvé ses gestes lents et précis, mais on ne peut s’empêcher de penser que, pendant un instant, il s’est trouvé terriblement vieux.

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.

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