Quand les Jeux font du cinéma

Kon Ichikawa se colle au plus près de l’expérience profondément humaine vécue par les athlètes, comme celle du judoka prisonnier d’une prise dont il ne se sortira pas.
Photo: YouTube Kon Ichikawa se colle au plus près de l’expérience profondément humaine vécue par les athlètes, comme celle du judoka prisonnier d’une prise dont il ne se sortira pas.

On le dit l’un des plus grands films sur le sport. Ça tombe bien, il parle justement de Jeux olympiques à Tokyo.

Lorsqu’on commence à regarder le documentaire de Kon Ichikawa sur les Jeux de Tokyo de 1964, on a inévitablement en tête le film bien plus connu de Leni Riefenstahl sur ceux de Berlin, en 1936. Bien qu’ayant disposé tous les deux de moyens considérables pour produire des images magnifiques, Tokyo Olympiades est aux antipodes de la célébration des nations et des athlètes comme héros surhumains qu’est le film nazi Les dieux du stade.

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Au contraire, c’est tout juste si l’on y sait qui a gagné ou perdu, le film se collant plutôt au plus près de l’expérience profondément humaine vécue non seulement par les athlètes, mais aussi par les gens qui les entourent. Ici, on montre la spectaculaire remontée d’un coureur. Là, on s’arrête à observer les mille et un tics d’un lanceur de poids. Ailleurs, on est témoin du drame vécu par des marathoniens à l’agonie ou par le judoka prisonnier d’une prise dont il ne se sortira pas. Ces images de corps en mouvement et de visages expressifs viennent parfois avec la voix du descripteur de la télévision ou de la musique, mais plus souvent avec le bruit de la foule ou, plus simplement, juste le son des crampons sur la piste cendrée et du souffle des athlètes.

Cela permet aussi de découvrir qu’une cinquantaine de longs métrages ont ainsi été tournés au fil des ans pour offrir un certain regard sur les Jeux olympiques d’été comme d’hiver, et qu’ils ont parfois été réalisés par d’autres cinéastes de renom, comme Milos Forman (Jeux de Munich de 1972), Claude Lelouch (Jeux de Grenoble de 1968 et de Munich) et Carlos Saura (Jeux de Barcelone de 1992). Pour les Jeux de Montréal, c’est Jean-Claude Labrecque qui avait relevé ce défi, avec Jeux de la XXIe Olympiade, dont l’humanité n’est pas sans rappeler celle de Kon Ichikawa.

Cette année, pour les Jeux de Tokyo 2020, ce rôle reviendra à la Japonaise Naomi Kawase, réalisatrice, entre autres, des films primés Suzaku, La forêt de Mogari et Vers la lumière.


Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat-Le Devoir.