Dans un esprit de rattrapage

Il ressort des enquêtes menées par la Banque du Canada qu’entreprises et consommateurs évoluent présentement dans un esprit de rattrapage. Des pressions inflationnistes s’inscrivant dans la durée ne monopolisent donc pas les attentes et les problèmes liés à la pénurie de main-d’œuvre restent contenus.

Les résultats de l’enquête de l’été sur les perspectives des entreprises et celle sur les attentes des consommateurs au deuxième trimestre, publiés lundi par la Banque du Canada, restent une lecture de sortie de crise sanitaire projetée sur un horizon de quelque 12 mois. On y observe un fort regain de la confiance, même chez les entreprises liées aux services à proximité physique, laissant présager une généralisation de la reprise. Si l’indicateur afférent se situe à un sommet sans précédent, l’atteinte de cette marque traduit toutefois en partie les effets de glissement annuel, la comparaison se faisant avec les niveaux exceptionnellement bas observés il y a 12 mois.

Cet effet de glissement est omniprésent dans les résultats. On le retrouve aussi dans les indicateurs des ventes futures faisant ressortir un renforcement généralisé de la demande par rapport à il y a un an. Les attentes sont inégales, avec nombre de répondants prévoyant que leurs ventes reviendront à leurs niveaux d’avant la crise dans les 12 prochains mois sous le coup du déblocage de la demande refoulée et de perspectives améliorées de ventes à l’étranger, notamment aux États-Unis. Cette demande refoulée se confirme d’ailleurs chez les consommateurs, qui entrevoient une progression de leurs dépenses près de leur sommet même si la croissance du revenu s’est peu améliorée.

Pour leur part, les entreprises les plus touchées liées aux secteurs de l’hôtellerie, du tourisme, du voyage ou de certains segments du commerce de détail n’entrevoient pas revenir au niveau des ventes prépandémie sur cet horizon.

Pénurie de main-d’œuvre

Ce contraste se manifeste également au niveau des capacités de production. Les entreprises encore touchées par la pandémie au moment de l’enquête témoignaient de l’existence d’importantes capacités excédentaires alors que nombre de répondants signalaient des pressions sur la capacité de production atteignant un sommet sans précédent. N’empêche, si la problématique de la pénurie de main-d’œuvre se veut endémique, elle ne se manifeste pas dans ces sondages, le nombre d’entreprises ayant témoigné de réelles pénuries de main-d’œuvre limitant leur capacité restant modeste.

Là encore l’effet de glissement annuel joue. Si la proportion d’entreprises touchées par des pénuries de main-d’œuvre demeure faible, « ces résultats concernant les pénuries de main-d’œuvre et leur intensité donnent à penser qu’une marge de ressources inutilisées persiste sur le marché du travail, mais qu’elle est en train de se résorber ».

Les contraintes rencontrées semblent davantage venir « des frictions au niveau des chaînes d’approvisionnement ».

Les intentions d’embauche sont à des niveaux records, soutenues par les projections de croissance des ventes. Il en résulte un impact sur l’évolution de la rémunération, une accélération de la croissance des salaires atteignant des niveaux records et touchant l’ensemble des régions et des secteurs. Encore là, cela s’explique en partie par les effets de glissement annuel, « plusieurs entreprises comptant se rattraper après avoir très peu — ou pas du tout — augmenté leurs salaires ces 12 derniers mois. » L’augmentation rapide du coût de la vie, qui n’est pas étrangère à la frénésie sur le marché du logement, entre également dans la liste des considérants.

Inflation temporaire

Bref, même si les entreprises évoquent une plus forte croissance des prix des intrants et des extrants, les premiers vont croître plus vite que les seconds, plusieurs entreprises ayant mentionné que le raffermissement de la demande leur permettra de ne répercuter qu’en partie sur leurs clients la hausse de leurs coûts. La concurrence est le principal facteur qui limite la capacité des entreprises d’augmenter leurs prix.

Plus de la moitié des entreprises prévoient un rythme de majoration des prix de vente dans les 12 prochains mois semblable à celui d’avant la pandémie. « Cela pourrait s’expliquer par le fait qu’elles jugent qu’une grande partie des pressions haussières s’exerçant sur le prix de leurs extrants seront temporaires. » Au niveau des attentes inflationnistes, un tiers des répondants est d’avis que l’inflation dépassera 3 % au cours des deux prochaines années, alors que plus de la moitié pense qu’elle restera à l’intérieur de la fourchette de 1 à 3 % visée par la banque centrale. Les répondants perçoivent la plupart de ces pressions inflationnistes comme temporaires, essentiellement sous l’influence de la hausse persistante des prix des logements, peut-on lire.

Même constat chez les consommateurs, qui s’attendent à ce que la hausse des prix soit temporaire et à ce que la croissance des salaires reste modérée.

Intention des consommateurs

Chez ces derniers, ceux qui ont constitué des épargnes durant la crise s’attendent notamment à en dépenser environ 35 % au cours des deux prochaines années. Parmi les répondants, 14 % planifient l’achat d’une propriété résidentielle. Les bas taux hypothécaires, l’épargne accrue et les changements de comportement induits par la pandémie continuent de nourrir la demande de logements. Environ 80 % des répondants ayant télétravaillé récemment s’attendent à pouvoir continuer une fois la pandémie terminée.

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