Connaissez-vous bien votre tolérance au risque?

« Moi, du risque, je suis capable d’en prendre. » S’il y a une phrase qui a été lancée par de nombreux clients pendant les années 2010, c’est bien celle-ci. Le contexte de la croissance caractérisant les marchés pendant cette décennie favorisait ce type de conviction absolue. Puis, mars 2020 : test par excellence pour mettre en doute cette affirmation ! Pour de nombreux investisseurs actuels, ayant commencé leurs investissements après 2008, la correction des marchés de l’an passé aura donc été le premier véritable test de la tolérance au risque. Pour de nombreux nouveaux autres épargnants utilisant les plateformes en ligne, qui aiment la facilité de faire des transactions en ligne, la voie est tracée pour sauter rapidement la question. Que vous soyez un investisseur autonome ou accompagné par un expert dans le domaine, je vous conseille fortement de prendre un pas de recul et d’y réfléchir. Connaissez-vous bien votre tolérance au risque ?

Plus qu’un résultat de test

La tolérance au risque dépasse le résultat d’un profil d’investisseur, et celle-ci est certainement influencée par votre vécu. Vous pourriez donc avoir un profil A ou B sur papier, mais des craintes, convictions, expériences plus personnelles pourraient en fin de compte vous inciter à en nuancer le résultat. Un client me racontait encore récemment l’histoire d’un 1000 $ perdu à une époque où je n’étais même pas née, et j’ai bien senti la crainte dans son regard de penser que ça pourrait arriver à nouveau ! En outre, il faut également prendre en considération votre situation personnelle, comme votre âge et votre situation conjugale et familiale.

De plus, d’autres éléments financiers doivent être analysés pour bien établir votre profil d’investisseur ; la valeur nette, vos besoins de liquidités, votre capacité à générer du revenu, la situation économique influenceront sans aucun doute vos choix d’investissement finaux. Avez-vous réfléchi à la proportion de votre valeur nette que représente votre portefeuille ? Plus celle-ci est grande, plus vous pourriez être non seulement touché, mais désavantagé par une baisse sévère des marchés. À l’opposé, si vous avez une situation professionnelle et des revenus très stables, vous pourriez être enclin à prendre plus de risques, ce que je vois souvent chez ceux dont la retraite est financée en partie par un régime de retraite.

Signe que vous surestimezvotre tolérance au risque

Si, actuellement, vous préférez suivre le rendement de votre portefeuille plutôt que la finale de la Coupe Stanley de nos « Glorieux », vous êtes certainement trop intense dans le suivi de vos investissements ! Je rigole, bien sûr, mais vous comprenez le principe. La tolérance au risque inscrite dans votre portefeuille doit vous permettre d’éviter les émotions fortes lorsque vous suivez les fluctuations de la Bourse. Vous devez absolument avoir le bon profil d’investisseur, car une stratégie d’investissement trop audacieuse vous mènera à une perte en vendant au mauvais moment. Parlez-en à ceux qui ont vendu sous le coup de la panique en mars dernier… Il est tout à votre honneur de vous renseigner sur les marchés, mais si vous doutez de votre portefeuille régulièrement, il y a peut-être un signe d’inquiétude à prendre en considération. Avez-vous réellement un profil croissance ? Gardons nos émotions pour les soirs de match, puisqu’en matière de choix d’investissement, ceux qui réussissent sont ceux qui font preuve de discipline.

Une autre réflexion moins fréquente est de vous demander si vous avez réellement la capacité financière de prendre des risques. Autrement dit, avez-vous distingué votre goût du risque de votre capacité financière à prendre ces risques ? Vous pouvez les tolérer, mais est-ce souhaitable de tout risquer ? Par exemple, c’est un profil que j’observe souvent chez mes clients entrepreneurs : peu d’entre eux ont réfléchi au fait qu’une grande partie de leur patrimoine est déjà à risque dans l’entreprise, surtout celles en croissance ! Votre entreprise a certainement une valeur marchande intéressante, mais tant que vous ne l’avez pas vendue, votre gain n’est pas garanti… Si votre risque en affaires est élevé — et possible grâce à cette grande tolérance au risque, par ailleurs —, il serait peut-être sage de considérer une stratégie de croissance de vos placements vous permettant de sécuriser une partie de vos actifs.

Signe que vous sous-estimez votre tolérance au risque

Le faible niveau de connaissances en matière de placements et le manque d’expérience influencent souvent le résultat de votre profil de tolérance au risque. Lorsque vous faites un test de personnalité, ces éléments vont contribuer à vous aligner vers un profil plus modéré. Par exemple, vous pourriez répondre à une question que vous souhaitez que votre portefeuille génère du revenu même si vous êtes en période d’épargne, car vous confondez revenu et croissance. Travailler avec un professionnel (ou, si vous visez l’autonomie, consacrer beaucoup de temps à peaufiner vos connaissances) vous permettra d’améliorer votre compréhension des enjeux et de vos options d’investissement. Vous éviterez ainsi de vous priver de rendements potentiels par manque de compréhension.

Si votre portefeuille est sécurisé en trop grandes proportions, vous risquez de ne pas obtenir le rendement suffisant pour contrer l’inflation et l’augmentation de votre coût de vie chaque année. C’est une situation que nous observons chez de nombreux clients ayant concentré leurs actifs dans des titres à revenus fixes ou des produits garantis. Cette réflexion sur le pouvoir d’achat s’impose ; souvent, ce type d’erreur vient du fait que les investisseurs n’ont pas compris que le risque de longévité et d’épuisement du portefeuille était accru dans leur situation. Une réflexion s’impose alors sur le type de risque que vous êtes le plus prêt à vivre : celui de voir un peu de volatilité de votre portefeuille ou celui d’avoir comme seule garantie de n’obtenir aucun rendement. Je vous assure que cette réflexion est de mise avec la faiblesse des taux d’intérêt.

Dans une prochaine chronique cet automne, je vous parlerai de quelques erreurs courantes des investisseurs. Si vous vous reconnaissez et souhaitez me faire part de votre expérience (dans le plus grand anonymat, bien sûr), je vous invite à me joindre par courriel ou sur les médias sociaux !

slachapelle@ledevoir.com

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