L’ambulance

Au milieu des années 1980, Robert Bourassa se plaisait à dire, sourire en coin, qu’il ne fallait pas « tirer sur l’ambulance » qui transportait le PQ. Ce dont il ne se privait évidemment pas.

À l’époque le PQ, que Jacques Parizeau qualifiait lui-même de parti « cul-de-jatte », franchissait tout juste la barre des 20 % dans les sondages, talonné par le défunt NPD-Québec. Dans un système essentiellement bipartite, c’était peu, mais il comptait quand même 23 circonscriptions et formait l’opposition à l’Assemblée nationale.

Le plus récent sondage Léger le créditait de 12 % des intentions de vote. Il n’est plus que le troisième groupe d’opposition, et le départ du député de Bonaventure, Sylvain Roy, a réduit sa députation à 7. C’est presque à se demander si l’ambulance aura le temps de se rendre à l’hôpital avant que le patient ne décède.

Certes, même à une époque plus glorieuse, le PQ a déjà perdu des députés. En 1982, à peine un an après la réélection triomphale du printemps 1981, Guy Bisaillon (Sainte-Marie) avait démissionné avec fracas pour protester contre la loi 111, qui avait forcé le retour au travail des enseignants frappés les décrets de triste mémoire du gouvernement Lévesque.

Plus récemment, en 2011, Pauline Marois avait vu démissionner coup sur coup six de ses députés et non des moindres : Louise Beaudoin, Lisette Lapointe, Pierre Curzi, Jean-Martin Aussant, Benoit Charette et François Rebello. Sans oublier François Legault, parti deux ans plus tôt. Cela n’avait pas empêché Mme Marois de devenir la première femme à diriger le Québec.

  

Il n’y a pas lieu de mettre en doute la sincérité des motivations de M. Roy, qui n’est pas le seul à penser que Paul St-Pierre Plamondon n’est pas l’homme de la situation. Il est néanmoins plus facile d’invoquer une question de principe quand le parti ne va nulle part, et d’autres s’interrogent certainement sur leur avenir. On a beau dire que rien n’est impossible en politique, les choses se présentent bien mal pour le PQ.

M. St-Pierre Plamondon estime que son leadership devra être jugé selon l’équipe de candidats qu’il recrutera en vue de la prochaine élection, mais on ne se bousculera pas pour en faire partie. Il faudra surtout voir combien parmi les  députés actuels solliciteront un nouveau mandat, notamment les trois piliers que sont Véronique Hivon, Pascal Bérubé et Sylvain Gaudreault.

Il est vrai que la pandémie n’a pas laissé beaucoup de visibilité au chef péquiste, qui ne peut même pas profiter de la principale vitrine offerte aux partis d’opposition, c’est-à-dire la période de questions quotidienne à l’Assemblée nationale. Qui se soucie des points de presse qu’il est condamné à tenir dans les couloirs du Parlement ?

Même si le virus est vaincu, l’automne risque de ne pas lui être tellement plus favorable, puisque la campagne fédérale et les élections municipales monopoliseront l’attention. Le temps risque de lui manquer cruellement.

  

Au-delà de la performance du chef, le PQ n’a plus grand-chose à quoi s’accrocher. Le gouvernement Legault a récupéré à son profit le dossier de la laïcité et il est en voie de refaire le coup avec celui de la langue. Le projet de loi 96 est même un peu trop consensuel au goût des stratèges caquistes, qui espéraient qu’une certaine division permettrait au gouvernement de se présenter encore une fois comme la voix de la raison.

Dans le dossier de l’environnement, le PQ a peut-être réussi à faire oublier son enthousiasme de jadis pour l’exploitation du pétrole dans le golfe du Saint-Laurent et le gâchis de la cimenterie McInnis, mais c’est QS qui incarne maintenant la lutte contre les changements climatiques.

La détestation des libéraux, qui avait longtemps fait la fortune du PQ, a plutôt fait celle de la CAQ en 2018. Cela ne sera plus réellement un enjeu en 2022. Dominique Anglade surprend agréablement et a réussi à rendre le PLQ moins répulsif aux yeux des francophones, même s’il ne peut pas rivaliser avec le nationalisme de la CAQ.

Et il y a évidemment la question de la souveraineté. Pour être élu chef du PQ, M. St-Pierre Plamondon a dû se résoudre à promettre la tenue d’un référendum dans un premier mandat, mais personne ne prend cette possibilité réellement au sérieux, sauf quelques « purs et durs ».

En utilisant un tour de passe-passe auquel Robert Bourassa n’avait pas pensé, le gouvernement Legault a trouvé le moyen de faire inscrire quelque part dans la Constitution que le Québec constitue une nation. Cela ne changera sans doute pas grand-chose concrètement, mais cela suffira à convaincre les électeurs que l’autonomisme de la CAQ peut donner des résultats. On peut d’ailleurs s’attendre à une nouvelle version de son « Nouveau projet pour les nationalistes du Québec » au cours des prochains mois. Le PQ n’est vraiment pas sorti de l’ambulance.

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69 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 8 juin 2021 01 h 42

    Ambulance??? Que non...

    Ambulance??? Que non... C'est une procession de corbillards qu'est maintenant le PQ. Le cimetière n'est plus très loin... Et les tombes y seront déposées et enterrées face contre terre... Après bien sur être en contention et ouverture impossible par des chaines cadenasées... Et les clefs détruites.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 8 juin 2021 09 h 06

      Comment vous sentez-vous? Soulagé? Est-ce que c'est thérapeutique?

    • Bernard Plante - Abonné 8 juin 2021 09 h 11

      Comme pour la vague orange du NPD qui a fait s'effondrer le Bloc Québécois en 2011, lors de la dernière élection provinciale les péquistes ont voté en masse pour l'illusion de la terre promise par la CAQ, qui dans les faits nous maintient encore et toujours dans la position de dominés.

      Comme pour le Bloc qu'on voyait disparaître avant la dernière élection fédérale, il y a fort à parier que les prochaines élections montreront un retour au bercail de celles et ceux qui ont maintenant compris qu'avec la CAQ le Québec ne deviendra jamais maître chez lui.

    • Cyril Dionne - Abonné 8 juin 2021 09 h 41

      Tout comme pour le Bloc québécois où les « liberals » et les « wokes » du NPD et de Québec solidaire se réjouissaient de la mort apparente à venir de ce parti en 2019, ce sera la même histoire pour le Parti québécois. Ceci me fait penser à l’anecdote de Mark Twain où un journal avait annoncé sa mort. Il a répliqué dans une lettre au même journal que les rumeurs concernant sa mort étaient très exagérées.

    • France Marcotte - Abonnée 8 juin 2021 10 h 32

      M.Plante. Même si M.Plamondon n'est vraiment pas l'homme de la situation?

    • Nadia Alexan - Abonnée 8 juin 2021 10 h 38

      Je suis très chagrinée de lire les commentaires de lecteurs, ce matin, qui veulent jeter aux oubliettes le Parti Québécois fondé par René Lévesque qui a eu le courage de nationaliser notre électricité et de lancer la société québécoise dans le la modernité du 20e siècle.
      Nous avons une mémoire très courte. Avons-nous oublié les réalisations sociales-démocrates de ce parti qui ont apporté un brin de justice sociale au peuple québécois? La loi régissant le financement des partis politiques, la loi sur l'accès à l'information, la Charte de la langue française, la loi constituant la Régie de l'assurance automobile du Québec, le Régime d'épargne-actions, la loi sur la protection du consommateur, la loi sur la santé et la sécurité du travail, la loi fixant les normes minimales du travail, la loi sur l'aménagement et l'urbanisme, la création du ministère de l'Environnement, et la création des garderies qui ont fait l'éloge et l'envie des autres provinces.
      Honte à ceux et celles qui veulent se départir de cette formation politique qui a lancé le Québec dans le modernisme de la sociale démocratie.
      On peut toujours renouveler ce Parti avec des réformes majeures en éducation, en santé et en environnement, sans pour autant se resigner à la mort de cette formation noble et historique.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 8 juin 2021 11 h 10

      @ SP et à tous ceux qui vomissent leur haine du PQ.
      Lorsque le jour viendra où le Québec sera un PAYS, j'espère que vous l'aurez déjà quitté.
      Et, vous serez toujours des "canadians" errant dans une succursale britannique... post national.
      Grand bien vous fasse.

    • Serge Pelletier - Abonné 8 juin 2021 14 h 53

      Mme Sévigny, il n'est pas question ici de vomissures, mais d'un constat d'une mort annoncée. Personnellement j'étais membre du RIN, puis par la suite du PQ (depuis sa création en 68 à Sherbrooke)... Ce parti a fait des bonnes choses, mais aussi un paquet de mauvais coups, ou mieux encore des demi-mesures pour sauver la face. Cette gang là a même fait suffisamment de troubles internes à René Lévesque que ce dernier a démissionné...
      Pour ce qui du sous-commentaire de Mme Alexan, il y a mélange des choses qui étaient déjà sous lecture article par article de la Loi à devenir et ce qui a effectivement été la création législative du PQ... Et encore là, des trous béants existent dans certaines de ces créations législatives... À titre d'exemple, la Loi sur l'Assurance automobile est très bien dans son énoncé, et nécessaire pour que tous soient indemnisés en cas d'accident... Le problème ne se trouve pas là, mais dans la protection des fautifs coporatifs.... Qui donne du "ben, c'est un accident de la route. Fac, je ne puis être poursuivit". La chute du viaduc qui a causé des morts ne vous dit rien, la néglicence de GM lors de l'installation des coussins gonflables et qu'il y a eut morts et bessures pour cette raison, cela aussi ne vous rien"... Je pourrais continuer longtemps, très longtemps pour démontrer les demi-mesures dans tous... Qu'il y ait des trous légaux lors d'une adoption, cela se comprend... Mais que 10, 20, 30, 40 années passent, que les partis politiques jouant à pendre chacun son tour d'un côté ou l'autre de l'Assemblée nationale ne corrige pas le plus rapidement possible les trous légisatifs... C'est cela qui est choquant... Tout commela chanson du "ce n'est pas de ma faute à moé, c'est la faute à l'autre"...

    • Christian Montmarquette - Abonné 8 juin 2021 18 h 48

      @ Nadia Alexan,

      Ce sont les libéraux qui ont nationalisé l'électricité.

      Mieux encore, c'est aux libéraux à qui l'ont doit nos systèmes de santé et d'éducation publics.

      Quant au PQ, c'est à lui que l'on doit la loi du déficit zéro et les politiques d'austérité qui ont détruit les services publics.

      Vos lunettes roses, sont tellement roses, que vous ne voyez même plus au travers.

      Heureusement, les citoyens se rendent compte à quel point le PQ est devenu le parti du n'importe quoi et se débarassent d'élections en élections de ce navire en perdition.

  • Guy Archambault - Abonné 8 juin 2021 03 h 12

    Une des seules portes de salut pour le PQ

    Une des seules portes de salut pour le PQ est de présenter un solide plan d'avenir pour trois domaines problématiques de la situation politique au Québec actuel : la Santé, l'Éducation et le vécu des Premières Nations. Et rester collé à ce plan.

    En Santé, ce plan doit 1- identifier clairement les problèmes de la supercentralisation des décisions et de la gestion du Réseau et 2-proposer tout aussi clairement des solutions réalistes à ces problèmes.

    En Éducation, le PQ doit faire le point sur l'évolution vécue par le Réseau depuis 1960 et identifier les carences qui sont apparues depuis. Le PQ ne pourra pas le faire avant les élections. Mais il devra promettre la tenue d"États généraux regroupant l'ensemble des acteurs du réseau afin de s'attaquer aux problèmes à la source des trops nombreux échecs scolaires et à l'absence d'approches pédagogiques probantes pour les contrer, c'est-à-dire sur des praxis qui ont fait leurs preuve sur le terrain. Le redéveloppement des CPE devra faire partie des préoccupations de ces États généraux.

    Quant à la place des Premières Nations dans l'avenir du Québec, le PQ doit promettre de s'asseoir avec les membres de chaque Première Nations et de prendre tout le temps qu'il faudra pour dégager une vision commune et partagée de leurs préoccupations vitales et de prendre tout le temps nécessaire pour établir avec les membres de chacune d'elles un plan d'action commun qui tiendra compte en premier lieu des us et coutumes propres à chacune d'elles. et en second lieu du rôle propre à chacun des trois partenaires incontournables dans la réalisation de ce plan commun : chaque Nation, le gouvernement fédéral et l'État québécois.

    Cette porte de salut repose sur un préalable absolu : ne pas s'enferrer dans une quête socio-idéologique grincheuse de coupables pour les torts causés aux Premières Nations par le passé. C'est l'Avenir qui compte et non le Passé.

    Et l'Environnement ? Tous les partis seront pour la Vertu.

    Guy Archambault abonné

    • Christian Roy - Abonné 8 juin 2021 11 h 00

      Exit la souveraineté, M. Archambault ?

  • Sylvain Deschênes - Abonné 8 juin 2021 06 h 59

    Reportage d'Alec Castonguay

    Pourquoi ne pas avoir tenu compte du reportage d'Alec Castonguay à Radio-Canada. Sylvain Roy aurait depuis longtemps fait faux bond au parti, qui voulait contester son investiture en lui opposant Alexis Deschênes.
    Sylvie Ménard

    • Patrick Boulanger - Abonné 8 juin 2021 13 h 24

      Je n'arrive pas à trouver ce reportage. Pouvez-vous me donner le lien?

  • Patrick Boulanger - Abonné 8 juin 2021 07 h 48

    À mon sens, les péquistes ne devraient pas trop s'en faire avec la situation de leur parti. S'il disparaît, une autre formation va combler le vide comme véhicule pour l'indépendance du Québec. Les indépendantistes sont tout de même encore nombreux au Québec. Repartir sur de nouvelles bases pourraient donner des résultats surprenants et QS est beaucoup trop mou actuellement sur cette question pour combler le vide d'une possible disparition du PQ. QS va-t-il s'ajuster ou laisser de la place pour un nouvel adversaire à l'Assemblée nationale qui pourrait lui faire mal?

  • Jean-François Trottier - Abonné 8 juin 2021 07 h 55

    La passivité médiatique

    Dans les faits le PQ a encore beaucoup de membres, ce qui en fait un parti qui peut survivre longtenps. Survivre, pas progresser.

    Les médias ont besoin d'être nourris.
    Ils n'inventent pas la nouvelle, en tout cas pas les vrais médias. Il faut les fournir.
    Ils sont rédigés par des humains. Si tu ne donnes pas de nouvelles, ils perdent l'habitude d'aller te voir pour être nourris. C'est évident.
    Or, le PQ est passif avec les médias.

    On a beaucoup dit que les débats internes créaient une impression d'indécision. Et alors? Plus un débat est animé, plus la décision finale sera connue.

    Exemple : QS déteste montrer le moindre malaise interne. Son image de cohérence doctrinale l'interdit. Aussi on a dépêché Massé avec une déclaration exprès pour masquer la gentille réprimande envers de l'aile la plus extrême... sans la bannir! De quoi écrire en effet!
    Donc, ce débat intéressait les journalistes.

    QS tient à donner une image monolithique, pas le PQ.

    Maintenant tout est feutré au PQ. On apprend qu'il y avait débat quand un député décide de partir.
    Au moins 3 ou 4 occasions de conférences de presse on été ratées. Des chances de dire pourquoi on veut inclure les Cegeps.

    Qui s'intéresse encore aux interventions en Chambre? Il faut voir les journalistes, leur donner une occasion d'écrire, de réfléchir, de poser des questions.

    Une fois par semaine je vois une intervention de QS à la une de chaque journal. Souvent c'est du râbaché.... mais ils sont là.

    Le pire problème du PQ est son manque de visibilité. On dirait quer personne dans l'équipe de stratégie ne sait comment fonctionne un calendrier.
    On n'utilise pas les "temps morts" de l'année, on ne crée aucun suspense, aucune attente.
    À quoi sert un (excellent) programme qu'on tait en espérant que quelqu'un fera l'effort de le lire?

    C'est l'équipe de stratèges qu'il faut brasser, et sinon renouveler au complet.
    C'est assez de rassurer, maintenant il faut foncer.

    • Guy Archambault - Abonné 8 juin 2021 10 h 14

      En effet, la pandémie a mis uniquement la CAQ sous les spots des medias. À chaque jour.
      Si le PQ veut rejoindre le public il devra faire preuve d'imagination et de pugnacité surtout envers la CAQ et son tout-au-béton.

      Guy Archambault

    • Hermel Cyr - Abonné 8 juin 2021 13 h 35

      Votre analyse fait sens. Et pour dire les choses crument, peut-être que quelques conseillers en communication du parti mériteraient d’aller rejoindre ces députés démissionnaires, tels Mme Fournier et M. Roy, dans les limbes politiques.