Un artiste peintre et son héritage de 840 000 $

Merci d'éclairer nos lanternes financières tous les samedis dans Le Devoir! Je vous écris aujourd'hui afin d'obtenir votre avis sur quelques questions. Mais primo, voici ma situation. J'ai 40 ans. Je suis artiste peintre. Je vis plus ou moins de mon art, mes revenus pouvant atteindre 40 000 $ une bonne année et 10 000 $ l'an d'après. Mais, à la faveur d'héritages, je dispose d'actifs s'élevant à 840 000 $ (dont un REER de 70 000 $). Les intérêts et dividendes (4,5 %) que cette somme rapporte complètent donc mon revenu annuel.

Depuis dix ans, mon portefeuille de placements est réparti comme suit: 80 % dans des obligations municipales et provinciales, et coupons détachés; 15 % dans des actions (Alcan, Banque de Montréal, Banque Laurentienne, Power Financial, BCE, Nortel, Bombardier, Gaz Métropolitain); et 5 % dans des fonds (AGF Catégorie croissance américaine et CI Global, secteur Biotechnologie mondiale).

Première question: mon courtier est d'avis que je devrais viser davantage un objectif de croissance du capital. Qu'en pensez-vous? Moi, je ne crois pas que je dormirais tranquille si

60 % de mon actif était investi à la Bourse. Le montant de 840 000 $ peut sembler être beaucoup d'argent, mais c'est tout ce que j'ai et aurai, mon «salaire» (la vente de mes toiles) étant plutôt irrégulier.

Deuxième question: un rendement de 4,5 % (c'est le pourcentage que j'ai reçu l'an dernier, intérêts et dividendes confondus; 8,5 % est le savant calcul du courtier, qui tient compte des différentes valeurs comptables-marchandes), est-ce un bon résultat pour mon actif?

Troisième question: à l'heure actuelle, je paye un loyer mensuel de 800 $. Devrais-je plutôt acheter une petite maison, à la campagne, où le coût sera moindre qu'en ville et les taxes inférieures? Serait-ce une bonne façon d'aller chercher un peu d'appréciation de capital?

Merci de me conseiller et mes meilleures salutations.

J. G.

Non, ce n'est pas facile de vivre de son art, comme vous le soulignez dans votre lettre en constatant que votre revenu peut varier sensiblement d'une année à l'autre, de 10 000 $ à 40 000 $. Aussi est-il bien heureux que vous disposiez d'un capital important qui, à 40 ans, vous rend indépendant financièrement. Reste maintenant à bien le gérer pour en tirer une source de revenus réguliers et croissants, et ce, tout en le protégeant.

Avec 80 % de votre avoir constitué d'obligations négociables de très grande qualité, nul doute que, côté protection du capital, vous êtes bien servi. Par contre, un tel poids limite le rendement potentiel global (celui-ci comprend les revenus d'intérêt et de dividende ainsi que l'appréciation de la valeur marchande des titres) de votre portefeuille qui, à 8,5 % en 2003, est relativement faible alors que les indices boursiers et bon nombre de caisses de retraite ont obtenu un rendement annuel de 15 % et plus. C'est pourquoi votre courtier vous conseille de favoriser davantage des placements ayant une plus-value potentielle plus élevée.

Constat que je partage. Reste cependant à préciser comment y arriver. Et ce n'est certainement pas en accumulant des actions de Bombardier ou de Nortel, qui sont des placements de nature beaucoup trop spéculative. Pas plus qu'il vous faudra investir 60 % de votre avoir à la Bourse. Je pense que consacrer 40 % de votre avoir aux actions sera suffisant pour mieux équilibrer votre portefeuille. Il ne s'agit pas ici d'acheter les actions de n'importe quelle compagnie. J'estime que vos achats devront se limiter strictement aux grandes compagnies canadiennes dominant leur marché respectif et montrant un solide historique de versements de dividende. Vous possédez déjà de tels placements dans votre portefeuille, qui sont les actions de BCE, de la Banque de Montréal, de Corporation financière Power, de la Société en commandite Gaz Métropolitain et d'Alcan (quoique ce dernier titre est de nature très cyclique). À ces titres, vous pourriez ajouter graduellement, sur faiblesse des cours, les titres de trois autres grandes firmes vous permettant de participer à des secteurs névralgiques absents de votre portefeuille. Je pense par exemple au pétrole, à l'électricité, à l'assurance, à la santé (ici, il vous faudra considérer une firme de croissance canadienne ou américaine) et à la production aurifère. Notez que les firmes de ces derniers secteurs (exception faite de l'électricité) ne versent généralement pas un taux de dividende aussi élevé que les banques, les firmes de télécommunication, les conglomérats et d'autres firmes de même acabit. C'est pourquoi vous accorderez dans la portion actions de votre portefeuille plus de poids à ces dernières qu'à celles offrant un dividende moindre.

L'ajustement de la répartition de votre portefeuille devra se faire graduellement, c'est-à-dire sur quelques trimestres, voire un an. En effet, les sommes mobilisées seront tout de même respectables. La portion action de votre portefeuille correspond actuellement à 20 % de ce dernier, soit une valeur de 168 000 $. Au terme des corrections suggérées, cette valeur passera à 336 000 $. Cela implique la vente d'obligations pour une valeur de

168 000 $, montant qui sera ensuite affecté à l'achat graduel d'actions.

Pour exécuter correctement ce transfert, j'estime essentiel que vous vous abonniez à une lettre financière ou à son équivalent dont la mission consiste à suivre le type de grandes entreprises susceptibles de meubler votre portefeuille.

Pour ce qui est de l'achat d'une propriété à la compagne, j'estime qu'il s'agit avant tout d'une question de qualité de vie plutôt que d'investissement. Il reste qu'acquise à un juste prix, et ce en évitant d'y commettre une trop grande part de votre capital (limitez un tel investissement à 120 000 $ environ), une maison contribue à diversifier votre avoir tout en résultant en une économie de loyer, cela avec une possibilité de plus-value à long terme (notez ici que le marché immobilier favorise en ce moment davantage le vendeur que l'acheteur).

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