Investissement responsable: soyez futés!

Mes choix de consommation personnelle sont fidèles à mes valeurs familiales et sociales ; consommer le moins possible en privilégiant la qualité plutôt que la quantité, acheter localement, participer à l’agriculture soutenue par la communauté, exclure certaines entreprises dont les valeurs ne sont pas les miennes. Si « acheter, c’est voter », imaginons maintenant le pouvoir des investisseurs par leur décision d’investir ou non dans certaines entreprises intégrant ou non ces mêmes valeurs.

C’est cette logique qui m’a amenée à parler d’investissement responsable avec les clients il y a quelques années. Je m’en confesse : je le faisais au départ avec une certaine réserve. Malgré le fait que cela concordait parfaitement avec mes valeurs personnelles, j’avais presque peur qu’on me colle une étiquette (« grano », pour ne pas la nommer). Pourtant, d’un point de vue financier, l’opportunité est bien présente. Pour atteindre les objectifs de carboneutralité, par exemple, des milliards en capitaux seront injectés dans les marchés pour soutenir les entreprises permettant d’atteindre ces cibles. Je ne suis pas « grano », je suis futée. Je veux profiter de la manne !

Si l’intérêt est bien présent, quelques mythes demeurent solides. Je vous aide ici à les remettre en question afin que vous ne manquiez pas le coche ! Nous sommes en début de cycle de cette transition mondiale ; l’investisseur aguerri achète quand les prix sont bas, non ?

Mythe 1 : Renoncer à du rendement

L’Investissement responsable (IR) est une approche d’investissement qui vise à diminuer les risques environnementaux, sociaux et de gouvernance. Il consiste principalement à ne pas investir dans des entreprises et secteurs ayant un impact néfaste et/ou en privilégiant d’autres ayant un impact positif. Cela ne signifie pas que l’analyse financière soit exclue !

De plus, la reprise économique de l’après-COVID semble avoir éveillé les consciences collectives, tant du point de vue des consommateurs que des économies mondiales. Les entreprises dans lesquelles les fonds IR investissent représentent fort probablement une partie importante des entreprises de l’économie de demain. La pandémie a bien illustré qu’en période de crise, les entreprises qui tardent à s’adapter ou à suivre le changement ne survivent pas. Il y a pourtant toujours des entreprises qui innovent et vont saisir les occasions. C’est ce type d’entreprise qui se retrouve dans les fonds IR et dont les rendements n’ont aucune raison d’être moins présents que les entreprises présentes dans les fonds traditionnels.

Mythe 2 : Responsable mais risqué

Au premier trimestre de 2020, quand les marchés se sont effondrés, il a été possible de constater que les fonds ESG (environnement, société et gouvernance) ont perdu moins que leurs pairs et ont récupéré plus rapidement. Par exemple, les leaders ESG en actions américaines ont alors surperformé de 11 % l’indice du S & P 500 et encore davantage les retardataires en matière ESG. Comment cela est-il possible ? Notamment pour une raison très simple : l’ajout de l’analyse des facteurs ESG à l’analyse financière permet d’investir dans des entreprises dont les pratiques sont parmi les meilleures de leur industrie. Plus la gouvernance est saine, la circulation des informations est fluide et disponible pour les actionnaires, plus il est facile pour les gestionnaires de fonds d’éviter les investissements dans des entreprises appelées aux scandales, par exemple ou encore avec résultats financiers houleux et imprévisibles.

Il semble logique qu’en investissant dans des entreprises respectant les droits de la personne, la sécurité des travailleurs et la rémunération équitable, les fonds IR aient un objectif d’investissement à long terme. Enfin, le fait que les gestionnaires des fonds IR s’impliquent activement dans un dialogue avec les conseils d’administration afin d’influencer les pratiques de gestion intégrant les facteurs ESG contribue également à diminuer le risque associé à ces investissements.

Mythe 3 : C’est du marketing

Pour l’investisseur, le défi actuel est de s’y retrouver entre répercussions réelles et une forme d’opportunisme des sociétés afin de profiter de la vague. Les outils d’analyse sont peu nombreux, il faut en convenir, et ne seront jamais parfaits, IR ou non. Morningstar a développé une cote de durabilité en collaboration avec le fournisseur de données Sustainalytics. D’autres sociétés de placements ont créé leurs propres indices d’impact. Se faire conseiller par un spécialiste de l’Investissement responsable (SIR) vous permettra d’y voir clair et analyser l’impact réel de différents fonds afin de diminuer les risques « d’écoblanchiment ».

J’entends aussi souvent des clients dénoncer par exemple que de grandes multinationales font partie des investissements retenus au cœur des fonds IR. Il faut en effet comprendre les différentes stratégies en matière d’investissement. Si la stratégie du filtrage négatif semble à première vue celle qui génère le plus d’effet direct (en excluant certains secteurs comme l’énergie, le tabac, etc.), il faut aussi encourager les initiatives d’entreprises existantes qui veulent améliorer leurs pratiques. Ces entreprises, parfois polluantes, parfois peu aimées des parties prenantes, ne cesseront pas d’exister ! En ce sens, l’intégration des facteurs ESG et le filtrage positif aux méthodes d’analyse et de sélection des titres sont sûrement l’étape la plus accessible à court terme pour de nombreuses sociétés de placement. Vous gagnerez à comprendre les stratégies d’impact et les objectifs des fonds thématiques.

Ne soyons pas dupes, toutes les sociétés de placements veulent profiter de cet engouement pour l’IR, certaines avec plus de conviction naturelle que d’autres. Toutefois, l’intégration des facteurs ESG dans de nombreux produits d’investissements doit être considérée comme une bonne nouvelle. Je préfère porter mes « lunettes vertes » et voir qu’il s’agit d’un signe que les marchés ont amorcé un virage significatif vers une économie durable !


Une version précédente de ce texte, qui indiquait que l'investissement responsable consiste principalement à investir dans des entreprises et secteurs ayant un impact néfaste a été corrigée.

À voir en vidéo