Faire cicatriser le marché du travail

Même si l’emploi recule pour une deuxième mois d’affilée en mai, l’on peut tout de même se réjouir qu’il ne soit plus qu’à 3 % sous son niveau de février 2020. Et, certes, l’assouplissement des mesures de restriction laisse espérer un comblement de l’écart. Les données publiées vendredi par Statistique Canada ne sont cependant pas sans contenir des zones sensibles jetant une ombre sur la rapidité de la récupération complète.

On y lit notamment que si les personnes qui voulaient un emploi mais qui n’en ont pas cherché étaient comptabilisées, le taux de chômage aurait été de 10,7 % en mai, contre celui de 8,2 % officiellement retenu. En baisse par rapport au sommet d’avril 2020, le nombre de ces chercheurs découragés était plus de deux fois supérieur à la moyenne observée en 2019.

 

Il faut également ajouter à l’équation un taux de sous-utilisation de la main-d’œuvre de 17,6 %, en hausse de 0,6 point de pourcentage, reposant notamment sur une augmentation de 6,1 % du nombre de personnes ayant travaillé moins de la moitié de leurs heures habituelles. Ce taux de 17,6 % se situe loin au-dessus de son niveau prépandémie de 11,6 %, ou encore du sommet de 12,8 % atteint lors de la récession ayant suivi la crise financière de 2008.

Aussi, parmi les personnes ayant travaillé à temps partiel en mai, près du quart (22,7 %) voulait un emploi à temps plein, en hausse par rapport à 18,5 % en février 2020.

Quant aux écarts à combler, le mois dernier, le nombre de travailleurs à temps plein était en baisse de 1,9 %, ou de 303 000 par rapport à son niveau d’avant la pandémie. Pour sa part, l’emploi à temps partiel se situait à 7,5 % (ou à 268 000) en deçà des niveaux observés en février 2020. Le nombre de travailleurs autonomes demeurait en mai à 5 % (-144 000) sous son niveau observé avant la pandémie.

Dans l’ensemble, le total des heures travaillées se maintenait en baisse de 3,8 % par rapport aux niveaux observés avant la pandémie.

Et toujours cette persistance du chômage de longue durée, soit du nombre de personnes au chômage depuis 27 semaines ou plus. À 478 000, l’on parle d’une augmentation de 299 000 ou de 166,8 % par rapport au niveau prépandémique. Ce chômage de longue durée se maintient près des niveaux records depuis l’automne 2020, rappelle l’agence fédérale de statistiques.

« Toutes les composantes du taux de sous-utilisation de la main-d’œuvre demeurent plus élevées qu’en février 2020, y compris les personnes qui étaient en emploi, mais qui ont travaillé moins de la moitié de leurs heures habituelles (+617 000 ; +76 %), les personnes à la recherche d’un emploi (+382 000 ; +36,7 %), les personnes qui avaient été mises à pied temporairement ou qui avaient une entente confirmant le début d’un nouvel emploi dans un avenir rapproché (+125 000 ; +118,5 %), et les personnes qui voulaient un emploi, mais qui n’en ont pas cherché un (+178 000 ; +44,8 %) », poursuit Statistique Canada.

Encore difficile pour les étudiants

Les étudiants ne l’ont également pas facile et l’allègement des restrictions sera bienvenu. En mai dernier, le taux de chômage des étudiants retournant aux études s’est établi à 23,1 %, comparativement à 13,7 % en mai 2019. Il avait grimpé à 40 % en mai 2020 avant que le gouvernement fédéral n’introduise la Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants. Ce programme est terminé depuis le 30 septembre. Si l’on retient 2019 comme base de comparaison pour exclure l’effet de la PCUE, l’emploi chez ces étudiants reste tout de même en baisse de 15,6 %, ou de 177 000, en mai 2021.

On observe toutefois une reconfiguration de l’activité, crise sanitaire oblige. En plus des diminutions observées dans trois secteurs dans lesquels l’emploi étudiant se concentre et qui sont parmi les plus durement touchés par les restrictions de santé publique — le commerce de détail, les services d’hébergement et de restauration, ainsi que l’information, la culture et les loisirs —, l’emploi a reculé de 16 000, ou de 42,1 %, par rapport à mai 2019 dans le secteur des services aux entreprises, des services relatifs aux bâtiments et des autres services de soutien, qui comprend des activités saisonnières comme l’aménagement paysager. « En revanche, le nombre d’étudiants retournant aux études travaillant dans les soins de santé et l’assistance sociale était en hausse de 34 000 (+64,3 %) par rapport à deux ans plus tôt », indique Statistique Canada.

Vivement le déconfinement de l’économie !

 

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