L’amnésie du Canada missionnaire

Ce sont d’abord les noms qui m’ont mis la puce à l’oreille. Les porte-parole de la Nation Tk’emlúps te Secwépemc, où l’on a retrouvé les restes des 215 enfants du pensionnat de Kamloops, en Colombie-Britannique, s’appellent notamment Baptiste, Jules, Casimir, Michel, Gosselin, Antoine, Lampreau. Pourquoi ?

J’ai donc replongé dans Le Canada français missionnaire de Lionel Groulx, paru pour la première fois en 1962. « En bref, je voudrais raconter la grande aventure d’un petit peuple qui, à peine né, se jette dans la conquête religieuse de l’Indien en Amérique du Nord », commence-t-il. La phrase décrit bien le projet de l’essai, qui recense la longue liste des missions catholiques canadiennes-françaises au fil des siècles, de l’Atlantique au Pacifique à l’Arctique et aux États-Unis, puis celles de l’Afrique, de l’Asie, de l’Amérique latine, de la Caraïbe. Tout y passe, méticuleusement. Il s’agit, pour le chanoine Groulx, de démontrer que l’esprit impérialiste fait toujours partie de l’âme des gens d’ici, malgré la Conquête : « Son empire de jadis, il semble […] qu’il le veuille reconstituer sur un plan supérieur, le plan spirituel cette fois, avec des frontières indéfiniment extensibles ».

L’essai débute au temps de la Nouvelle-France, où il vante « l’audace conquérante » des premiers missionnaires, qui a persisté sous le régime anglais. Il déplore qu’au XIXe siècle, « les épreuves ou misères n’ont que très peu changé depuis le temps de la Nouvelle-France. Le Sauvage reste encore sauvage, ou peu s’en faut : homme-enfant, léger, fantasque, incapable d’efforts soutenus, mal débarrassé de son vieux paganisme ». Il ajoute : « Comme aux temps anciens l’alcool le fascine ; le concubinage sévit ».

Les descriptions racistes ne sont pas accessoires au livre, mais une partie importante de l’argumentaire. C’est qu’il n’y aurait pas autant de noblesse dans le missionnariat si les Autochtones n’étaient pas dépeints comme des sous-humains en attente de rédemption. Par exemple, le chanoine nous décrit les Dénés (Territoires du Nord-Ouest) comme « barbares, presque sataniques », mais tient à nous rassurer. Au contact des missionnaires, « les infanticides, le cannibalisme, souvent provoqués par la misère, disparaissent ».

Dans son récit, le chanoine Groulx insiste sur le rôle des Oblats de Marie-Immaculée, ordre français que l’évêque de Montréal Ignace Bourget invite, en 1841, à s’établir près de lui pour recruter activement au sein de la population du Bas-Canada. Les Oblats « se livrent aux missions indiennes avec une véritable fougue évangélique », nous assure Groulx. Ainsi des missions sont lancées un peu partout au Québec et au Canada bien avant l’ouverture officielle des pensionnats autochtones. Lorsque ceux-ci sont mis en place, on se porte volontaire pour les faire fonctionner. Ainsi, au moins 57 des 139 pensionnats financés par le gouvernement du Canada ont été gérés par les Oblats durant leurs années d’opération. Riches de leur expérience dans l’Ouest, ils font d’ailleurs pression sur les députés francophones du gouvernement Mackenzie King, dans les années 1930, afin que des pensionnats soient aussi ouverts au Québec.

C’est ainsi que des religieuses de la vallée du Saint-Laurent partent nombreuses « à l’aventure », notamment dans l’Ouest. Les frères emploient les Sœurs de l’Assomption de la Sainte Vierge pour s’occuper du pensionnat de Onion Lake, en Saskatchewan. Les Sœurs missionnaires du Christ Roi, après avoir géré des camps de concentration pour les Canadiens d’origine japonaise durant la Deuxième Guerre mondiale, sont assignées aux « écoles indiennes ». Les Sœurs de Sainte-Croix et des Sept-Douleurs ouvrent quant à elle un pensionnat à Moricetown, au nord-est de Prince Rupert. Et les Sœurs de Sainte-Anne, originaires de Saint-Jacques-de-l’Achigan, dans Lanaudière, se chargent notamment des « écoles indiennes de Kamloops, de Kuper Island et des Songhees », en Colombie-Britannique.

Finalement, on commence à comprendre le pourquoi de ces noms à consonance francophone des membres de la Nation Tk’emlúps te Secwépemc, où ont été retrouvés les 215 enfants du pensionnat de Kamloops.

On commence à comprendre qu’on avait peut-être tort de présenter la découverte macabre des restes des enfants de Kamloops avec une plus grande distance, ici, parce que « l’Ouest, c’est loin de nous ». On commence à voir que ce qui s’est passé au Québec comme dans les Prairies, le Grand Nord ou l’Ouest s’est déroulé avec la participation de certains de nos grands-oncles, de nos grands-tantes, dont le lien avec l’Église faisait la fierté et l’orgueil de bien des familles d’ici. On aperçoit aussi que l’amnésie collective sur les pensionnats autochtones est bien étrange, alors que certains de nos intellectuels les plus célèbres et célébrés se sont même vantés du rôle de l’Église canadienne-française dans leur établissement, afin d’y puiser un sentiment de fierté nationale.

Cette Église, et cette vision du nationalisme, bien des Québécois en ont un souvenir douloureux, et s’en sont dissociés à l’époque même des pensionnats et de Lionel Groulx, et bien sûr ensuite. Mais la dissociation peut-elle justifier les trous de mémoire ? L’anachronisme qui sépare l’Ouest canadien de l’histoire des francophones ? La prétention que ces administrateurs coloniaux ne font pas partie de nos histoires familiales ? Le détachement de ce qui s’est passé ici même au Québec ?

Rappelons-nous que la commission qui a fait la lumière sur les pensionnats s’appelle Vérité et Réconciliation. Et cette vérité inclut que les idées du chanoine Groulx fassent écho à une vision sociale et politique qui a influencé, pour le meilleur et pour le pire, les rapports entre les peuples autochtones et les francophones de partout au pays pendant plusieurs décennies. Sans vérité, quelle réconciliation est possible ?

102 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 3 juin 2021 03 h 03

    Vérité.

    Gardons-nous de voir le passé avec les lunettes du présent.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 juin 2021 09 h 01

      Vous avez bien raison M. Domingue. Dans un élan « woke », on essaie de réécrire l'histoire.

      On associe maintenant le nationalisme québécois à l’église catholique en prenant bien soin de ne pas mentionner la révolution tranquille où le Québec s’est émancipé de cette religion. Personne ne s'est jamais vanté de leur association avec l’église catholique parce qu’elle a fait bien plus de victimes chez les Québécois que chez les autochtones. On mentionne la supposé participation de certains de nos grands-oncles et de nos grands-tantes sans nommer personne évidemment comme si les gens d’aujourd’hui seraient responsables des méfaits du passé. Si c’est vrai, alors tous les Allemands sont responsables des crimes nazis. Cette simplification allégorique rime avec autoflagellation et automutilation psychologique.

      Faut-il le redire que partout dans le monde à l’époque qui est mentionnée dans cette missive, on considérait les autochtones comme des sous-hommes et que les nations européennes apportaient la lumière? Les Espagnols ont kidnappé, assassiné, violé et réduit en esclavage tous les Tainos de la République dominicaine et aujourd'hui, il n'en reste aucun. Le gouvernement anglo-saxon canadien de l’époque mentionné ici voyait les autochtones comme des pupilles de l'État. La loi colonialiste de l’Empire britannique de 1857 sur la civilisation graduelle cherchait à assimiler les peuples autochtones. Puis vint celle de 1869 sur l’émancipation graduelle qui établissait le système d’élection de bande. Enfin, ces deux lois coloniales furent consolidées en 1876 dans la Loi sur les Indiens d’aujourd’hui. Cette loi est encore aujourd’hui en vigueur parce que c'est elle qui consacre l’apartheid ancrée dans la « canadian constitution », réserves obligent.

      Oubliez la réconciliation parce qu’elle n’aura lieu tant et aussi longtemps que les autochtones ne voudront pas s’affranchir de leur carcan colonial et quitter les réserves en masse, ce que plusieurs ne veulent pas faire.

    • Pierre Rousseau - Abonné 3 juin 2021 14 h 05

      Ah tiens, M. Dionne croit que l'Église catholique a fait plus de victimes chez les Québécois que chez les Autochtones! On se retrouve en pleine compétition de victimisation! Si c'est vrai, ce n'est pas surprenant, les Québécois sont bien plus nombreux que les Autochtones. Autre beau raisonnement : Les Espagnols ont été méchants, les Anglais aussi, alors nous aussi on pouvait être un peu méchants, c'était la mode dans le temps (mode que Bartolomeo de las Casas, prêtre missionnaire, a condamnée au XVIe siècle) et tout ça en fin de compte est de la faute aux Anglais... (on oublie la participation enthousaiste des Langevin et autres politiciens et fonctionnaires au plan de génocide du PM MacDonald).

      Ah, puis zut, la faute est aux victimes n'est-ce pas! Les « Indiens » ne veulent pas sortir des réserves... Ben, les enfants sont sortis bien malgré eux, dans les chers pensionnats soi-disant civilisateurs mais surtout assimilateurs. M, Dionne est en bonne compagnie car le père de notre PM Trudeau, dans son livre blanc voulait justement cela, abolir la loi sur les Indiens et les réserves et le statut d'Indien... au grand dam des... Indiens. La réalité c'est que ce n'est pas à eux à s'affranchir, ils le sont, mais aux gouvernements et à la société dominante bien-pensante à se décoloniser. Ils ne veulent pas perdre le peu qu'il leur reste après que les colonisateurs leur aient pris leurs territoires pour s'enrichir à même ses richesses naturelles.

      Avec des idées comme celles-là, non, il n'y aura pas de réconciliation car la volonté n'est pas là et l'œuvre de « colonisation » est inachevé puisque ces Autochtones sont encore là et revendiquent leurs territoires ancestraux. Puis les charniers sont découverts, une autre tache au dossier du Canada. Enfin, la loi sur les Indiens ne touche qu'un faible pourcentage des peuples autochtones du Canada: elle ne touche pas les Autochtones dits « sans statut » (souvent des villes), ni les Inuits ni les Métis. On n'est pas sorti du bois...

    • Cyril Dionne - Abonné 3 juin 2021 14 h 12

      Addendum:

      À y penser, mettre le nationalisme québécois, le FLQ qui était de nature communiste et les associer avec l'église catholique qui les combattait ardûment, c’est tout un pas à franchir. Wow! Je n’ai jamais pensé que Jacques Lanctôt était un fervent catholique. Encore une fois, il faut le faire. De toute façon, ils ont voulu faire un parallèle avec la découverte des restes des 215 enfants du pensionnat de Kamloops avec les camps de la mort et l’Holocauste. C’est franchir le point Godwin à la vitesse de lumière.

      Et non, la réconciliation n’aura pas lieu tant et aussi longtemps que les autochtones ne voudront pas s’affranchir de leurs prisons à ciel ouvert, les réserves, et voudront nous rejoindre au 21e siècle. Entre temps, il y aura un million et un rapports Viens pour venir nous dire que nous sommes les méchants et que nous pratiquons le racisme systémique. Les « wokes » continueront à déchirer leur chemise et on aura droit à des textes de bien-pensants et de donneurs de leçons.

      N’avez-vous pas remarqué que les « wokes » utilisent la censure comme arme tout comme le faisait l’église catholique d’antan avec ses excommunications pour les dissidents (cancel culture) et ses livres à l’index, ô frère untel oblige.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 3 juin 2021 14 h 48

      "A la fin des années 1950, les communautés de femmes étaient propriétaires de 105 hôpitaux dans la province, dont certains gigantesques. Les religieuses catholiques administraient, à la même époque, 36 des 66 hôpitaux situés à l’extérieur du Québec.".

      Doit-on classer cela dans le champ des "victimes*? ’"elle a fait bien plus de victimes chez les Québécois que chez les autochtones." Explications svp sur le *bien plus"!

      Je suis de ceux qui pensent qu'Il ne faut pas jeter le mbébé avec l'eau du bain. La plupart de nos municipalités ont commencé par être des paroisses, soit quand la première église est arrivée dans la place.C'est pourquoi elles ont, très souvent, un nom relié à la religion.

      Ma belle-maman a obéi à l'Église: elle a eu 14 enfants qu'elle a très bien élevés dans un commece. Serait-ce "une victime"?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 3 juin 2021 16 h 20

      Et ma belle-maman, "la victime" aurait eu plus d'enfants si elle avait pu. Lequel(laquelle) de ses enfants n'aurait pas dû naître pcq elle a été "une victime"?

    • Benoit Samson - Abonné 3 juin 2021 17 h 11

      Messieurs Dionne, Domingue et les 29 lecteurs qui ont cliqué ‘’j’aime’’ leurs commentaires auraient certainement fait partie des proverbiaux Singes de la sagesse au temps pas si lointains des pensionnats autochtones. Satisfaits de se fermer les yeux, la bouche et les oreilles sur les crimes commis par les membres de leur entourage et nationalité contre une minorité vulnérable avec l’assentiment des autorités politiques et religieuses de toutes dénominations.
      Ceux qui savaient et qui se sont tus sont coupables. Il y avait certainement ceux qui ne savaient pas mais aujourd’hui on sait tous. Ceux qui refusent encore de condamner cette réalité troublante de notre histoire sont aussi autant coupables aujourd’hui qu’alors. Coupables par leur silence ou l’acceptation du traitement inhumain fait aux autochtones par nos semblables.
      Ce groupe d’individus qui trouve qu’il était correct de déshumaniser, abuser et déraciner cette minorité ethnique différente de la majorité au pouvoir pour lui imposer des normes acceptables à la majorité, et tenter de les rendre semblables à nous acceptent ces actes génocidaires répugnants.
      Il ne fait aucun doute que ces personnes ne verront rien de mal aux autorités politiques contemporaines qui mousseront leur haine xénophobes et racistes pour cibler d’autres minorités que l’on affublera de tous les maux et dépeindra comme une menace à la suprématie ethnique de la Nation supérieure. Ce ne sera que l’Histoire qui se répète.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 juin 2021 18 h 34

      Cher M. Samson,

      Les membres de mon entourage et de ma famille n’ont pas commis de crime contre une minorité vulnérable. Pardieu, je suis Franco-Ontarien de 3e génération et ont connaît ça nous la discrimination orangiste. Il jour, il faudra qu’on arrête de culpabiliser les gens qui n’ont absolument rien fait et qui étaient en plus, eux-mêmes des victimes de cet engrenage qu’on appelle communément l’état néocolonialiste « canadian ». Il y a longtemps que j’ai levé le nez sur toutes les idéologies politico-religieuses incluant la religion catholique. En fait, j’avais 14 ans.

      Contrairement à toutes nos belles âmes qui déchirent leur chemise présentement, comme enseignant, j’ai travaillé avec des enfants autochtones qui venaient des pires réserves du Canada. Attawapiskat, cela vous dit quelque chose? Cela ne m'a pas pris beaucoup de temps pour réaliser que tant et aussi longtemps que la loi raciste sur les Indiens serait en place, rien ne changerait en ce bas monde et que la plupart de ces enfants à qui j’avais enseigné n’avaient aucune chance de s’en sortir s’ils demeuraient sur les réserves, vous savez, ce système d’apartheid bien « canadian ». Et vous, où étiez-vous?

      Curieusement, ce sont les chefs autochtones qui nous disent qu’ils veulent garder intact le système de réserves parce que cela fait leur affaire, $$$ obligent. Et ce ne sont pas les « wokes » de ce monde qui vont corriger la situation. Tout ce qu’ils font, c’est de mettre l’huile sur le feu et encourage la zizanie.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 juin 2021 19 h 05

      Cher M. Grandchamp,

      Combien d’enfants ont été agressés pour les représentants de la religion catholique au Québec? Pardieu, on en compte dans tous les petits villages québécois et on parle de dizaine de milliers de victimes et ceci est une estimation très conservatrice puisque je ne fais que relater le nombre des agressions connues. La plupart des victimes se sont tuent et on garder leur secret à jamais pour ne pas causer de tort à leur famille. Cela, l’église catholique le sait fort bien.

      En passant, on est bien contents pour votre mère et ses nombreux enfants, sinon vous ne seriez pas ici pour agrémenter la section des commentaires.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 3 juin 2021 21 h 02

      Sur les abus sexuels par des religieux. Par des hommes, il faut le dire; comme dans nos bonnes familles, à l'époque. Des professionnels ayant travaillé dans le domaine social, à la fin des années 50 et débuts années 60, m'en ont jasé maintes fois.Et la femme était tellement dominée par son mari qu'elle portait son nom de famille.

      Qu'on songe aux féminicides maintenant., aux quelque 100 000 cas de référés à la DPJ, il y a 2 ans .A la dislocation de la famille: 54% de monoparentalité à Montréal-Nord. Il faut relativer. Au fait que, de plus en plus d'enfants arrivent à l'école avec des problèmes d'adaptation et/ou d'anxiété.

      J'ai fait carrière en éducation, au Québec. Le fait que l'école était confessionnelle avec enseignement religieux ou moral et la confessionnalité de l'école avait des inconvénients et un avantage.Avantage: cela donnait un cadre à l'école:"Il faut un village pour éduquer un enfant", nous dit un proverbe africain. Or, il n'y a plus de village! "Les répercussions sociales d'un éducation trop permissive" écrit Mme Demers, une prof au privé dans la région de Montréal, dans son livre "Parents essoufflés enseignants épuisés".

      Je ne veux pas cautionner des faits inadmissibles par des HOMMES religieux. Nous avons hérité de la tradition judéo chrétienne, avec ses plus et ses moins.La majorité des municipalités portent un nom relié à la religion parce que la communauté *paroisse* est née avec l'existence de la première église et du premier curé; le municipal suivra. Et les noms de rues dans nos municipalités?

    • Léonce Naud - Abonné 3 juin 2021 21 h 10

      Cher M. Samson: Quand j'avais 11 ans, je ne voulais plus rien savoir de l'école ni d'une quelconque éducation. Mes parents m'ont alors envoyé pensionnaire au loin malgré mes pleurs refoulés et mes appréhensions de quitter la maison. J'en suis sorti SEPT ANS plus tard. Si je n'avais pas été expédié contre ma volonté dans cet établissent éducatif dont on ne pouvait s'échapper sauf durant les vacances d'été, je n'aurais certainement jamais fait des études. J'aurais sans doute continué à survivre économiquement comme j'en ai pris ensuite l'habitude en tant que travailleur agricole saisonnier dans les champs de tabac en Ontario ou ailleurs en Amérique. Au cours d'une vie, avoir le courage de se déraciner soi-même (ou bien se voir forcé de l'être) produit la plupart du temps d'excellents résultats.

  • Guy Archambault - Abonné 3 juin 2021 03 h 59

    Les péchés de nos Mères

    Enfin, grâce à votre lecture éclairée de l'ensemble des oeuvres du chanoine Groulx, les Québécois et les Québécoises comprendront comment certains de leurs ancêtres chastes et purs ont participé au génocide des enfants autochtones et comment L'Église Catholique d'Antan s'en est quasiment glorifiée.

    Oh ! Madame Nicolas, si telle est votre lecture du passé à ce sujet, je m'attends à ce que vous receviez une volée de bois vert de la part de beaucoup de commentateurs et commentatrices !

    Votre façon de voir une partie du passé et de l'écrire n'est pas sans intérêt. J'ai pourtant un peu l'impression d'y lire aussi une remontrance doucereuse, longuement et pesamment subtile, une invitation à nous repentir des péchés de nos Pères et Mères, de leur contribution majeure à un génocide et à sa préméditation inconsciente.

    Des contours essentiels et des circonstances importantes de la mort de miliers d'enfants autochtones dans les pensionnats sont déjà clairement dessinés dans votre esprit, Maître Nicolas. Plus besoin d'enquête publique pour que, dès maintenant, nous reconnaîssions le cryptoracisme de certains de nos chastes aïeux et aïeules, d'en avoir honte et de nous en repentir publiquement et sincèrement. S'en abstenir ne nous rendrait-il pas rétroactivement, nous aussi, un peu coupables d'infanticide par association ? Et refuser de le voir et de le reconnaître serait passer de l'amnésie à l'aveuglement volontaire. Telle ne serait-elle pas votre suggestion, Très Honorable Juge Nicolas ?

    Guy Archambault abonné

    • Pierre Grandchamp - Abonné 3 juin 2021 17 h 53

      A M. Archambault, et le rôle du fédéral avec Macdonald et cie? Et la loi des Indiens et les réserves?

      Macdonald et tous ces "chastes" ministres ayant siégé à Ottawa, pendant toutes ces années?

      Je ne suis pas en train de couvrir qui ou quoi que ce soit; mais de relativer.

      PLus 100 000 cas référés à la DPJ, il y a 2 ans; et l'Église n'est plus dans le décor. 54% de familles monoparentales dans Montréal Nord....et l'Église n'est plus dans le décor. De pls en plus d'enfants arivent à l'école avec des problèmes d'adaptation et d'apprentissage...pis l'Église n'est pas dans le décor.

  • Pierre Boucher - Inscrit 3 juin 2021 04 h 07

    L'heureux larguage

    Révolution tranquille. Les églises catholiques se vident. On largue la despote romaine, elle perd sa mainmise.
    Enfin.
    Cette organisation pyramidale toxique devrait se saborder.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 juin 2021 11 h 02

      Oui, cette organisation qui ressemble de plus en plus au crime organisé n'a plus pignon sur rue nulle part au Québec. Ceci dit, on sait qu'il y a des prêtres, des frères et des soeurs qui se sont dévoués en éducation et qui se sont acquittés de leur tâche admirablement. J'en ai connu plusieurs en Ontario. Mais ces derniers ne s'affichaient pas avec des signes ostentatoires dans la salle de classe et prêchaient plutôt la spiritualité individuelle.

      L’église catholique romaine, l’église anglicane, l’église unie et l’église presbytérienne ont géré ces pensionnats autochtones. Ils ont isolé les enfants autochtones de la société dominante pendant qu’ils leur apprenaient les habiletés requises pour y fonctionner efficacement dans la société blanche et européenne. Ils leurs ont appris leurs comportements, leurs coutumes et leur savoir-vivre, le tout, dans une ségrégation absolue. C’est à partir de 1951 que la laïcisation de ces écoles est apparue et les enfants autochtones ont commencé à intégrer les écoles régulières.

      Ceci dit, personne n’a parlé du rôle de la police dans ce recrutement forcé des enfants autochtones qui ont été arrachés à leur famille? Qui pensez-vous se présentaient à leur porte pour les amener dans les pensionnats? Plus souvent qu’autrement, c’était le bonhomme sept heures habillé en costume de la GRC. En Ontario, le croque-mitaine s’appelait la « Ontario Provincial Police ». Au Québec, c’était tout simplement la SQ. Ils faisaient tous partis des structures et des systèmes qui ont perpétué et qui perpétuent encore le racisme au Canada et au Québec.

      Sans la participation active des forces de l’ordre, cet ethnocide n’aurait jamais eu lieu. Idem pour la loi martiale de Pierre Elliot Trudeau au Québec durant la crise d’Octobre.

    • Michel Lebel - Abonné 3 juin 2021 16 h 23


      @ Pierre Boucher,

      Quelle vision fausse et simpliste de l'Église! Quelle inculture! D'une grande tristesse.

      M.L.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 juin 2021 19 h 12

      Oh! Là M. Lebel, je ne suis pas d'accord avec vous. Dites-nous sans rire ou sans pleurer ce qui est positif dans toutes ces agressions sexuelles que les membres de l'église catholique qui étaient en position d'autorité absolue ont perpétrées sur des enfants innocents?

      Si vous voyez du positif dans cette situation, eh bien, personnellement, je préfère être inculte et sans vision.

  • François Laforest - Abonné 3 juin 2021 05 h 07

    Une perspective WOK d'analyse de l'histoire, hors contexte et décomplexée. C'est la faute du Québec, car voyez les faits.

    Enfin je l'attendais celle-là! Finalement la jeune chroniqueuse en vient à conclure que ses la fautes des Québécois, en particulier par un regroupement de religieuses de Saint-Jacques près de Joliette, s'il y a eu tout ce scandale dans le Canada en entier concernant les pensionnats autochtones.
    L'on ressort encore une fois Lionel Groulx hors de son époque d'alors et il suffit d'ajouter l'assimilation forcée par la conversion pour que la mayonnaise prenne. Je ne parle pas encore ici de "l'empire" mariné dans un nationalisme obtus quelle nous cite.
    Déconstruire l'argumentaire point par point de cette journaliste n'en vaut pas la peine, car elle a raison. Toutefois, je m'inquiète pour l'interprétation qu'en feront tous ceux qui connaissent peu ou pas l'histoire et qui tenteront d'en faire une lecture critique.

    • Robert Morin - Abonné 3 juin 2021 07 h 49

      Et je me souviens d'une article de Mme Nicolas dans lequel elle écrivait ««parce que Big Bear, Poundmaker, One Arrow et tous ceux qui se sont rebellés contre l’occupation des Prairies par le gouvernement canadien n’étaient pas perçus comme des interlocuteurs civilisés qui ont participé à définir la pensée de leur temps, mais comme des barbares à pendre.»...bien évidemment en omettant de mentionner Louis Riel et Gabriel Dumont. Hasard?

    • Simon Alix - Abonné 3 juin 2021 09 h 01

      Avec vos fautes de français, je crois que l'opinion de la journaliste est plus crédible que la vôtre. Elle mentionne que le drame n'est pas si loin de nous, au Québec, puisque des pensionnats là-bas étaient gérés par des religieuses d'ici. J'attends avec impatience la "déconstruction" de son "argumentaire". Éclairez-nous, s.v.p.!

    • Cyril Dionne - Abonné 3 juin 2021 11 h 29

      Cher Simon,

      C’est l’église catholique romaine, l’église anglicane, l’église unie et l’église presbytérienne qui ont géré ces pensionnats autochtones, donc, tous des églises chrétiennes.

      Ceux qui émettent des opinions ne sont pas des journalistes en passant. Ils ont le même titre que tous ceux qui commentent dans ce forum. Les journalistes, les vrais, se concentrent sur les faits et les faits seulement et n’interprètent pas la situation pour formuler des opinions qui ne sont jamais neutres. Ils laissent cela au lecteur.

      En passant, qu’est-ce que les « fôtes » de français ont à voir avec le contenu de l’opinion exprimé par M. Laforest?

    • Carmen Labelle - Abonnée 3 juin 2021 12 h 25

      Simon Alix, à propos de votre répartie à François Laforest. «Avec vos fautes de français, je crois que l'opinion de la journaliste est plus crédible que la vôtre» L'attaque ad hominem est une tactique éculée et très malhonnête. Elle discrédite ceux qui défendent la langue et plaçent l'orthographe au-dessus des idées exprimées.

    • Léonce Naud - Abonné 3 juin 2021 12 h 38

      Simon Alix: à cette époque et dans ces régions, les vraies histoires d'horreur ne se produisaient pas dans les pensionnats mais plutôt dans les bois des alentours, la plupart du temps mais pas uniquement pour cause de famines. La vie des chasseurs-cueilleurs entraînait des hauts et des bas...parfois très bas.

  • Yvon Montoya - Inscrit 3 juin 2021 05 h 40

    Oui, c’est bien vu et pensé car ce texte de Lionel Groulx, si vous le lisez attentivement, est une sorte de manuel d’installation du racisme systémique au Canada comme colonie européenne. L'église est allée jusque tard poursuivre les juifs et des maranes surtout jusqu’en Amérique devenant latine. La puissance de nuisance de l'église catholique est gigantesque encore de nos jours puisqu’elle deviendra notre culture. Ne pas oublier que Groulx désirait aussi assoir des projets commerciaux précédant l’esprit apostolat. Autrement dit capitalisme et racisme systémique vont ensemble, c’est tout le schéma du colonialisme européen dont nous sommes les héritiers. Ils vont avoir du mal les néo-conservateurs pour se dépatouiller politiquement surtout ethiquement avec leur idéologie « décadente » et hors champ pour notre monde contemporain. Lilian Thuram est largement intéressant pour illustrer ce drame de désappropriation culturelle si vous lisez son bel essai au titre de « La pensée blanche » ou Il examine les mécanismes intellectuels invisibles qui assoient la domination des Blancs. Bonncourage.

    • Cyril Dionne - Abonné 3 juin 2021 11 h 21

      Bon, la gauche « woke » à l'oeuvre. Pourtant, on ne parle pas des orphelins de Duplessis. Est-ce que c’était parce qu’ils étaient blancs et Québécois? C'est le cas le plus grave de maltraitance d'enfants dans l’histoire du Québec et encore plus important que celui des 10 pensionnats autochtones québécois. La maltraitance n'a pas de couleur.

    • Guy Archambault - Abonné 3 juin 2021 14 h 00

      Le colonialisme anhilateur des autochtones n'est pas le fait de l'Europe, ni celui de l'Église catholique. Seule l'Angleterre anglicane a perpétré ce type de colonialisme : au Canada, en Australie, aux États-UNis et en Nouvelle-Zélande. La Déclaration des droits des autochnones de l'ONU a été signée en 2015 par le Canada. Ne restent que trois pays à le signer ; les États-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande.

      Guy Archambault abonné