Les athlètes olympiques et leur santé - Le judo comme on respire

Nicolas Gill

32 ans

Ceinture noire 6e Dan

Catégorie : 100 kg

Médaille d'argent aux Olympiques de Sydney en 2000

Médaille de bronze à Barcelone en 1992

Ceux qui s'intéressent aux sports ont su que la blessure au genou de Nicolas Gill a bien failli lui coûter le soleil d'Athènes cet été, lui qui finalement portera le drapeau canadien à la cérémonie d'ouverture du 13 août. En novembre, il se déchire le ligament du genou droit lors d'une compétition à Moscou. Déception, inquiétude... il rentre aussitôt à Montréal, réunit son équipe de soignants et passe à l'action. Pour ce type d'opération, l'attente est de six mois ; pour lui, ce fut six jours !

«C'était ma troisième opération avec le même médecin, on a mis tout ça en branle rapidement. Ce n'est pas idéal d'opérer un genou fraîchement blessé... on aurait dû attendre que ça se résorbe, mais je n'avais pas le temps... » Comme la vie d'un athlète tourne autour de sa condition physique, que la tolérance à la souffrance est bien plus grande que pour vous et moi... « Et on est prêt à consacrer plus de temps à la réhabilitation car on est habitué à s'entraîner » — bref, vous vous doutez bien que Nicolas Gill s'est soigné intensément.

Qu'ont-ils fait à son genou ? « Ils ont pris une greffe du tendon rotulien, qui passe du quadricep jusqu'au tibia, et ils ont fixé celui-ci avec des vis à la place du ligament croisé. » Voici donc notre judoka avec des vis dans chaque genou ! Avant de recommencer à s'entraîner au début de l'année, il a dû réapprendre à marcher, imaginez ! Puis il lui a fallu retrouver l'amplitude des mouvements et perdre les mauvais réflexes développés pour protéger la zone blessée... « L'une des qualités d'un athlète, c'est d'être conscient de tous les petits mouvements, exactement ; de ressentir les erreurs. »

Une blessure sérieuse démoralise-t-elle ? « La motivation, c'est important au quotidien et aimer ce qu'on fait est la plus belle source de motivation. Pendant des années, c'est ce qui fait que tu vas t'entraîner. Mais la motivation est plus difficile maintenant qu'elle ne l'a jamais été. Je dirais que d'année en année depuis 1996, la motivation diminue toujours un petit peu. » Pourquoi ? « En vieillissant, on met les choses en perspective. J'ai accompli ce que je voulais... À 20 ans, on ne voit pas la fin, on est tête première là-dedans. Puis on prend du recul, on a des déceptions, de bons moments, on est plus conscient des difficultés. J'en suis à un point où j'ai atteint un certain niveau de satisfaction. Avec le temps, on a des objectifs à court terme. Si, dans ma tête, à plusieurs moments, j'ai pensé que c'était fini, tranquillement, le goût est pourtant revenu. »

Comment est-ce revenu ? « Par de petites choses, une compétition qu'on te propose et tu te dis : je vais essayer, faire un petit bout encore et on verra par la suite. Le temps a passé et je me retrouve ici. »

Nous qui regarderons les athlètes aux JO, nous les verrons comme de beaux corps parfaits, mais en parlant avec Nicolas Gill, je comprends que ce sont plutôt des corps souffrants qu'il faut voir derrière les exploits : « On doit s'entraîner même quand on est blessé, on a toujours un petit quelque chose, on est rarement en pleine possession de nos moyens. »

Lorsqu'on fait du judo de haut niveau, quelles parties du corps se blessent le plus fréquemment ? « Les doigts, les orteils, on se les écorche toujours un peu. Les articulations : épaules, genou, cheville... ce sont les endroits les plus à risque. » C'est un sport de combat, finalement ! Quelle prévention peut-on faire ? « Il faut faire des étirements et avoir un bon programme de musculation... Ce n'est pas un sport où il y aura surtout des blessures d'usure, ce sont plutôt les accidents qu'on surveille. »

Comment évalue-t-il la dimension psychologique du judo ? « Toute performance demande un niveau idéal de concentration et de préparation mentale, ce n'est pas différent du travail d'un journaliste... Pour offrir une performance optimale, il faut être dans un état psychologique optimal. La compétition, c'est pouvoir se dépasser, mentalement. Quant au stress, il ne m'a jamais causé de problèmes ; le trac et le stress sont très présents, ils sont nécessaires. »

On philosophera sur le sens de l'olympisme, au cours des prochains jours, et on parlera probablement encore de dopage : on ne peut plus penser au sport sans cet aspect. Comment vit-on cette pression ? Nicolas Gill ne s'en préoccupe tout simplement pas. Ses seuls médicaments sont des anti-inflammatoires et le supplément qu'il s'autorise, c'est une multivitamine genre Centrum...

Il faut savoir que Gill n'a pas de régime alimentaire particulier. Avec ses six pieds un pouce et ses 225 livres (100 kilos, sa catégorie), il mange probablement un peu plus que vous et moi ! « Je tente de ne pas manger trop gras et d'éviter le surplus de sucre, mais rien d'exagéré. » Et pour illustrer à quel point son alimentation est « normale », je lui ai demandé quel est son repas préféré. Sa réponse ? « Steak sauce au poivre et pommes de terre au four avec un pain à l'ail. »

Ça m'a fait rigoler, j'ai pensé aux joueurs de hockey. Seulement un judoka, avant la compétition, n'a le temps que de petit-déjeuner : jus d'orange, oeufs, pommes de terre, rôties et café. Son sommeil ? Il varie selon les entraînements, mais en général, il dort ses huit heures. Il joue au golf l'été, mais pas cette année !

La qualité de vie, c'est aussi l'argent, ce n'est pas différent pour les athlètes. Financièrement, Gill reçoit le soutien de la compagnie Omnilogic et de la Fondation de l'athlète d'excellence (un programme où des joueurs de hockey professionnels aident des athlètes amateurs ; c'est Raymond Bourque, des Bruins de Boston, qui soutient notre judoka depuis deux ans).

Nicolas Gill a grandi avec le judo, sa vie a été modelée par cette discipline qu'il pratique depuis l'âge de six ans. Il est au top niveau depuis une dizaine d'années, c'est l'un des plus grands athlètes canadiens à s'être illustrés sur la scène internationale.

Les épreuves de judo seront disputées devant 8000 personnes au Gymnase olympique d'Ano Liossia pendant sept jours, à compter du 14 août.

valllieca@hotmail.com