Voyages - 400 ans !

Cette année, les Acadiens célèbrent leurs 400 ans d'existence. En 1604, quelques Français, menés par le sieur de Monts et le cartographe Samuel de Champlain, ont animé la première tentative européenne d'établissement permanent en Amérique du Nord. C'était sur l'île de Sainte-Croix, un bout de terre de trois hectares à l'embouchure de la rivière éponyme et aujourd'hui lieu historique international conjointement protégé par le Canada et les États-Unis. L'Acadie venait de naître.

Son histoire vaut d'être connue. Il y a eu le Grand Dérangement de 1755 à 1862 où les Acadiens furent arrachés de leurs terres et dispersés entre la côte de Terre-Neuve et la Louisiane. Et même jusqu'en Europe et en Bretagne. Mais auparavant avait été signé, en 1713, le Traité d'Utrecht où la France cédait toute l'Acadie à l'Angleterre. Depuis ce temps, ces gens ont vécu hors de la francophonie. Qu'ils aient maintenu leur présence et leur vitalité jusqu'à ce jour tient de l'exploit.

J'étais récemment au Nouveau-Brunswick, dans les environs de Shippagan et de Tracadie. J'ai passé quelques jours en compagnie d'amis originaires de la péninsule acadienne à faire des excursions en mer, à pêcher moules et coques, à visiter l'île de Lamèque, à admirer l'église toute naïvement peinte de Miscou, à m'imprégner de cet univers si particulier. Encore une fois, je me suis étonné de l'unilinguisme d'un grand nombre de personnes qui me répondaient : « Parler anglais ? Mais pour quoi faire ? »

Bien sûr, nous sommes allés au Village historique acadien qui a inauguré le 6 juin sa 27e saison. Pendant ce voyage dans le temps — d'une grande qualité, il faut le souligner —, je me suis rappelé une autre visite des lieux que j'avais faite en compagnie de son directeur d'alors et maintenant maire de Caraquet, Antoine Landry. Tout à la fois rieur et sérieux, musicien et administrateur, Antoine pouvait — et le peut certes encore — imiter dans une même envolée la quinzaine d'accents acadiens, depuis le brayon jusqu'au chiac, question d'illustrer avec humour la diversité de ce peuple qui a toujours refusé de disparaître.

Consultez en ligne (www.acadie.com) le Guide officiel des célébrations du 400e anniversaire de l'Acadie : vous y trouverez toute la programmation par province et aussi par région. Une grande partie se concentre en été, mais beaucoup d'activités se dérouleront à l'automne et aux environs de Noël. Si vous ne le savez déjà, vous y apprendrez, par exemple, que l'Acadie vit toujours à l'Île-du-Prince-Édouard, que ce soit dans les régions d'Évangéline et de Prince-Ouest ou dans celles de Summerside ou de Kings-Est. Peut-être l'envie vous viendra-t-elle de voir sur place, à Rustico, la maison de Marguerite et Jean Doucet construite vers 1770.

Le point fort sera évidemment le 15 août, jour de la Fête nationale. Ceux et celles qui seront alors en Acadie, même dans le plus petit village, ne l'oublieront pas... En circulant là-bas, en bord de mer ou à l'intérieur des terres, par Saint-Isidore ou Grande-Anse, j'ai rapidement arrêté de compter les bannières et drapeaux aux couleurs de l'Acadie qui décoraient maisons, chalets et édifices commerciaux.

Sur la Côte-Nord, en Outaouais, dans tout le Québec en fait, les Acadiens ont essaimé. Vous connaissez cet endroit, L'Acadie, dans la vallée du Richelieu ? Et tous ces noms, Cadie, Petite-Cadie, Nouvelle-Cadie, qui parsèment notre toponymie ? Lisez, de Pierre-Maurice Hébert aux Éditions de l'Écho, Les Acadiens du Québec. Dans la préface, Pierre Trépanier note : « René Lévesque avait insisté sur la différence entre les deux peuples [les Acadiens et les Canadiens-français], lui qui avait vécu en un endroit qui est à la fois l'Acadie et le Québec, c'est-à-dire la Gaspésie. Il y aurait tout un chapitre à écrire sur la distinction entre les deux. Les Acadiens ont proliféré au Québec grâce à un ensemble de conditions favorables. »

Devant la Grave, site de la première implantation humaine dans l'archipel au coeur du golfe Saint-Laurent, je m'entretenais cette semaine avec Berthe Vignault, qui fut maire de Havre-Aubert et préfet de la MRC. Avec d'autres, elle participait activement aux préparatifs du Festival acadien qui se tiendra ce week-end et le week-end prochain à Havre-Aubert, en débutant aujourd'hui par le Concours des petits bateaux. Dans la bonne humeur générale, celui-ci demande à ses participants de construire en trois heures et avec des moyens de fortune des embarcations qui pourront tenir la mer et participer à une course de quelques centaines de mètres. Toute personne qui y a déjà assisté en a gardé un souvenir mémorable...

« Vous savez, m'a-t-elle dit, pour l'essentiel, les Madelinots sont des Acadiens. Cette fête, qui inclura vendredi une parade des bateaux illuminés et qui se clôturera le dimanche suivant avec le Tintamarre, représente beaucoup pour eux. » Feuilletez le bottin téléphonique, vous y trouverez des Leblanc, des Arseneau (qui se terminent aussi en ault, en eault...), des Cyr, des Richard, des Langford, des Deraspe, des Landry, des Miousse, des Cummings, des Lapierre, autant de noms qui témoignent de cette filiation. Qui expliquent, un peu à leur manière, ces particularités si nettes des habitants des Îles au sein de la population québécoise.

Depuis plusieurs étés, le Centre culturel de Havre-Aubert présente Mes îles, mon pays, une fresque historique haute en couleurs qui évoque ce qu'a été la vie de l'archipel. D'année en année, son succès ne se dément pas. Sur la terre ferme, le Village historique acadien de Caraquet a mis à l'affiche jusqu'au 22 août Les Défricheurs d'eau, un spectacle à grand déploiement qui, à l'aide de marionnettes et de décors de grande taille, livre une autre dimension de l'« épopée » acadienne.

Une épopée ? Le terme n'est pas exagéré...