La vérité

Prenant son courage à deux mains, l’animateur Stéphan Bureau, avec l’appui de la première chaîne de Radio-Canada, s’entretenait, mercredi dernier, avec le controversé infectiologue Didier Raoult. Les réactions n’ont pas tardé. Médecins, chercheurs et journalistes ont fortement réagi à l’idée d’interviewer un personnage aussi « clivant ». Rappelons que le directeur de l’Institut hospitalier universitaire de Marseille — dont l’allure un peu hippie et les boutades souvent arrogantes sont en soi « clivantes » — prône l’utilisation de l’hydroxychloroquine, un médicament contre le paludisme, pour traiter la COVID-19. Bien que plusieurs études remettent en question un tel remède pour traiter le coronavirus, le Dr Raoult, lui, persiste et signe.

Qu’on se pose des questions sur le choix de Raoult, j’en suis. S’interroger sur qui mérite du temps d’antenne est le propre de l’espace public démocratique. Mais l’acrimonie suscitée par l’événement, la réaction de certains collègues journalistes, notamment, se posant en gardiens de la « vérité », m’apparaît valoir une remise en question tout autant que la complaisance qu’on a reprochée ici à Stéphan Bureau. Cette réaction est d’autant plus difficile à comprendre que l’entrevue ne cherchait pas à étayer la controverse entourant l’hydroxychloroquine. Elle cherchait plutôt à comprendre pourquoi « on n’arrive plus à se parler ». Hors des sentiers battus, s’entend, hors des deux chapelles qui abritent ce qu’il est convenu de penser de la pandémie : les mesures sanitaires, vues comme essentielles, et les vaccins, considérés comme sacrés.

Je ne tente pas ici de défendre l’infectiologue, encore moins son remède. Il se pourrait bien qu’il se trompe là-dessus. Mais il a tout à fait raison sur un point : le devoir d’un médecin est de traiter ses patients. La médecine occidentale est basée sur le traitement des symptômes des malades. C’est un principe fondateur depuis les débuts. Or, les propositions de traitement connues jusqu’à maintenant — le Dr Raoult et l’hydroxychloroquine, le Dr Jean-Claude Tardif (Institut de cardiologie de Montréal) et la colchicine, les anticorps monoclonaux qui ont été approuvés provisoirement, et quelques autres — ont peu attiré l’attention des autorités sanitaires comme d’ailleurs des médias. Pourquoi ? Qu’aucun de ces traitements ne soit une « solution miracle », on en convient. Mais pourquoi ces efforts tombent-ils si rapidement dans l’oubli ? Pourquoi ne suscitent-ils pas davantage de curiosité ? Pourquoi ne méritent-ils pas une deuxième chance ?

Encore une fois, il ne s’agit pas tant de défendre ces traitements que de souligner un curieux décalage : plutôt que de tout faire pour trouver des traitements à une maladie infectieuse sans précédent, on n’a eu, depuis 18 mois, que des mesures sociales coercitives à proposer. « C’est absurde de voir qu’on est devant une maladie mortelle que personne ne tente de traiter », dit le Dr Peter McCullough, une autre voix controversée dans le désert de la COVID-19. Témoignant devant le Sénat du Texas, en mars dernier, l’expert en maladies rénales et cardiaques s’est plaint de l’évidente contradiction. « On sait que la COVID a deux conséquences fâcheuses : l’hospitalisation et la mort. Si on veut venir à bout de la maladie, il faut donc intervenir avant que les patients ne deviennent trop malades ».

Et pourtant. Depuis le début de la pandémie, ici comme ailleurs, la seule consigne a été de rester chez soi. Le Dr McCullough affirme qu’en août 2020, au moment de cosigner un article dans l’American Journal of Medicinesur la nécessité d’un « traitement précoce ambulatoire », la littérature médicale faisait état de nombreux articles sur le coronavirus sans qu’aucun autre ne parle « de comment traiter la maladie ».

L’état de choc qui a accompagné l’état d’urgence planétaire explique-t-il ce pourquoi la médecine de première ligne a été si absente durant la pandémie ? Cette « guerre » inusitée, pleine de surprises et combien catastrophique nous empêche-t-elle de mettre l’accent au bon endroit ?

D’ailleurs, comment expliquer les nombreuses réticences, pour ne rien dire du crêpage de chignon, qui ont accompagné les rares propositions de traitement alors que si peu de questions se posent aujourd’hui sur les vaccins ?

Les vaccins actuels, en plus de bénéficier d’études existantes sur des virus semblables au coronavirus (SRAS et MERS), se sont développés dans des conditions optimales, avec d’ailleurs beaucoup d’argent. Mais ils ne sont pas sans faille. La production a quand même été précipitée, passant d’un minimum de 4-5 ans, habituellement, à moins de 12 mois. On ignore toujours, également, la durée de l’immunisation offerte et, surtout, à quel point ces vaccins demeureront « sûrs et efficaces » à long terme.

Alors, la vérité dans tout ça ? La vérité, c’est que l’industrie pharmaceutique, lucrative à souhait, a damé le pion à la recherche fondamentale depuis belle lurette. C’est un problème qui visiblement se reflète dans ce « deux poids deux mesures » qui affecte les solutions avancées à l’heure actuelle. Ayons confiance, bien sûr, dans les vaccins présentement sur le marché. Mais sans fermer la porte à d’autres initiatives pour autant. Sans décourager le geste fondamental de vouloir traiter les malades.

fpelletier@ledevoir.com

Sur Twitter : @fpelletier1

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