Crédibilité climatique

Dernière chance pour la diplomatie climatique ? Les Nations unies relancent cette semaine les sessions de négociations informelles en vue de préparer le terrain à une COP26 à Glasgow requinquée par l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche. Après tous ces échecs et ces pas en arrière répétitifs, le rendez-vous écossais de novembre se voudrait un ultime test de crédibilité pour les leaders et dirigeants politiques. Ne disait-on pas cela de la COP21 ayant mené à l’Accord de Paris en 2015 sous l’impulsion de Barack Obama ?

La comparaison entre le poids du leadership exercé par les deux présidents démocrates s’arrête toutefois là. Même s’il s’appuyait également sur une opinion publique favorable sur la question climatique, Barack Obama en était à sa dernière année présidentielle et faisait face à une majorité républicaine au Congrès. Il n’empêche qu’il y a tout ce temps à rattraper marqué par le déni trumpien de l’anthropocène et l’énergie canalisée à endiguer les effets immédiats de la pandémie.

« Nous sommes à un moment pivot dans une année cruciale », a martelé lundi Patricia Espinosa en lançant cette session de négociations informelles sur les points toujours en suspens de l’Accord de Paris. La responsable climat de l’ONU a donc appelé les délégués à préparer « des décisions prêtes pour l’adoption » en Écosse. « Il est crucial de rattraper le temps perdu et que la COP soit un succès. C’est un test de notre crédibilité », lit-on dans un texte de l’Agence France-Presse.

Le temps n’est plus à convaincre de l’urgence. L’Agence internationale de l’énergie (AIE), à qui l’on a longtemps prêté un parti pris fossile, avait d’ailleurs étonné le 18 mai dernier avec son plaidoyer militant en faveur d’un abandon de tout nouveau projet d’exploration et d’exploitation d’énergies fossiles, de l’interruption des ventes de voitures thermiques neuves au-delà de 2035 et en se faisant l’apôtre d’investissements massifs dans le développement des énergies renouvelables.

Toujours selon l’AIE, pour respecter les objectifs de l’Accord de Paris il faudrait réduire d’au moins 55 % l’utilisation du gaz naturel et de 75 % l’utilisation du pétrole d’ici 2050. Et faire, en définitive, disparaître le charbon du mix énergétique, a-t-on pu lire dans Le Devoir.

La confiance n’est pas là

Si Patricia Espinosa évoque un déficit de crédibilité, c’est que le militantisme climatique multiplie les ratés depuis une cinquantaine d’années maintenant. Et que la confiance dans la volonté ou l’engagement réel des leaders et dirigeants politiques face à ces enjeux est plutôt volatile. Au Canada, les résultats d’un sondage Nanos Research publiés lundi par le programme Énergie positive de l’Université d’Ottawa en donnent une petite illustration en faisant ressortir que « la confiance du public dans la prise de décision en matière d’énergie est faible dans tous les domaines, y compris en ce qui concerne la coopération fédérale-provinciale, l’élaboration d’une vision énergétique nationale à long terme, l’équilibre des intérêts locaux et nationaux et l’établissement des partenariats constructifs avec les peuples autochtones ».

Les tribunaux

Si le court terme vient moduler les priorités politiques, la voie des tribunaux est donc de plus en plus utilisée. Face aux dommages directs infligés aux infrastructures, aux populations et à l’économie par la recrudescence de catastrophes naturelles et des pandémies liées au changement climatique, des entreprises, des gestionnaires de caisses de retraite ou des gouvernements se retrouvent au sein de recours allant en se multipliant pour manquement à leur rôle de fiduciaire et de protection face à leurs employés, les investisseurs ou les générations actuelle et future de citoyens.

Le verdict récent rendu par un tribunal néerlandais condamnant Royal Dutch Shell à réduire ses « énormes » quantités d’émissions de CO2, s’est valu les manchettes à travers le monde. Dans cette affaire du « Peuple contre Shell », il a été reproché au géant pétrolier de « contribuer aux conséquences désastreuses du changement climatique pour la population ».

Or même face aux tribunaux, la confiance reste à établir. Du moins, si l’on revient au sondage de l’Université d’Ottawa, une grande partie du public canadien ne fait pas confiance aux tribunaux pour régler les litiges liés aux projets énergétiques ou aux politiques climatiques. « Seul un Canadien sur trois fait confiance aux tribunaux pour régler les différends ; quant aux raisons, les réponses les plus courantes s’articulent autour de préoccupations concernant l’ingérence ou les préjugés politiques. »

« Nous avons été surpris de voir des niveaux de confiance aussi bas dans les tribunaux. Cela laisse entendre que les gouvernements doivent travailler fort afin d’équilibrer les intérêts concurrents en matière d’énergie et de climat. Résoudre les controverses aux tribunaux ne renforcera peut-être pas la confiance du public dans les décisions » politiques, écrit la professeure Monica Gattinger, présidente d’Énergie positive et directrice de l’Institut de recherche sur la science.

Au demeurant, de tels enjeux ne devraient pas subordonner le leadership et la responsabilité politiques à un parcours judiciaire toujours long et fastidieux.

18 commentaires
  • Daniel Francoeur - Abonné 1 juin 2021 01 h 56

    Des ministres au service de la destruction durable : les ministres de l’Environnement

    Si nos leaders politiques avaient voulu régler le désastre écologique, il y a longtemps qu’ils l’auraient fait. Et, plus les ministres (ir)responsables de l’Environnement se succèdent, plus ils ont du succès à saboter les mesures porteuses d’espoir : protection d’espaces verts, protection de la faune, protection de la qualité de l’eau potable, protection des terres agricoles, etc. Grands dilettantes, fantaisistes et négligents, toujours en attente d’études, et experts de la procrastination porteuse d’espoir, par l’adoption d’échéances propres aux calendes grecques, les ministres de l’Environnement, par insuffisance et incompétence, sont devenus des agents actifs de la destruction durable de l’environnement. Ainsi, il ne faut pas s’étonner que la propagande gouvernementale d'écoblanchiment (grenwashing), destinée à nous endormir, ait établi leur crédibilité au plus bas parmi les citoyens qui veulent vivre écologiquement, c’est-à-dire sans détruire leur environnement. Et pour reprendre Shakespeare : Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark.

    • Jean Richard - Abonné 1 juin 2021 10 h 32

      « leur crédibilité au plus bas » – Vous mettez le doigt dans le bon trou : la faible crédibilité de nos élus. Et vous n'avez pas tort en qualifiant de propagande leur discours.

      Jusqu'à maintenant, ceux qui émettaient le moindre doute sur l'orthodoxie verte étaient confondus avec les climatosceptiques et les négationistes. Mais les choses commencent à changer, lentement, mais sûrement. L'écoblanchiment a encore bonne presse, mais pas pour longtemps, du moins si on est optimiste.

  • Raynald Blais - Abonné 1 juin 2021 06 h 25

    Foi en dieu

    D’après le chroniqueur, une confiance indéfectible envers politiciens et tribunaux serait déterminante pour résoudre les grands problèmes du présent siècle comme la foi en un dieu a pu résoudre ceux des siècles passés.
    Mais si le réchauffement climatique alimenté par la course à la concentration des capitaux sous un capitalisme agonisant était le plus grave problème qu’il fallait résoudre, les politiciens et les tribunaux n’y arriveraient certainement pas en tentant d’équilibrer les intérêts des exploiteurs de matières premières. La concurrence féroce qu’ils se livrent ne permet pas de prédire autre chose qu’un saccage continu de la planète drapé de promesses irréalisées.
    Au point où en est le déséquilibre entre l’humanité et l’oligarchie, les intérêts des uns pour soigner une planète malade ne peuvent cohabiter avec ceux des autres assoiffés de son sang. La confiance envers les politiciens et les tribunaux n’empêchera pas les médicastres de pratiquer encore et toujours la saignée comme traitement pour une planète malade.

  • Yvon Pesant - Abonné 1 juin 2021 06 h 36

    L’exemple et le message

    À rouler carrosse "foulepine" en gros VUS et à consommer du plastique comme nous le faisons, l'industrie pétrolière et gazière a beau jeu de continuer ses activités à plein régime. C'est ce que nous lui commandons à l'auto... ou au camion de livraison.

    C'est aussi là ce que nous offrons comme lecture à faire à nos élus. On ne devrait pas trop s'étonner qu'ils subventionnent l'industrie et nous proposent de creuser de très gros et très longs tunnels pour nous permettre de poursuivre notre chemin dans cette voie.

  • Françoise Labelle - Abonnée 1 juin 2021 07 h 10

    On se dépêche lentement

    Tant que le ciel ne nous tombera pas sur la tête! L'utilisation des énergies renouvelables s'est accrue de 2019 à 2020 mais pas suffisamment pour contrebalancer les énergies fossiles. La pandémie a vu une chute de 4% de la demande d'énergie, attribuée à la diminution du trafic aérien. Parlant du ciel, peut-être que les voyages d'agrément (courtisans politiques compris) devraient être plus lourdement taxés en attendant la prochaine pandémie.
    «The use of renewable energy is accelerating» Economist, 11 mai.

    Il y a une demande sensiblement accrue pour les titres à incidences vertes (véhicules électriques, composantes pour les batteries) même chez les boursicoteurs amateurs. Cf. «A green bubble? We dissect the investment boom» Economist 22 mai.

    Il y a cependant du verdissage, une proportion des plus importants fonds à visée sociale et verte détiennent des parts dans les plus grandes industries fossiles (pétrole, mines, ciment). Il faudrait plus de transparence.
    «Sustainable finance is rife with greenwash. Time for more disclosure» Economist 22 mai

    En Europe, la Pologne, gouvernée par l'ultra-droite, prévoit fermer ses mines de charbons, probablement en échange d'usines de véhicules électriques. Cf. «En Pologne, l'avenir du charbon part en fumée» Le Devoir, 1e mars.

    • Jean Richard - Abonné 1 juin 2021 11 h 08

      « L'utilisation des énergies renouvelables » – Énergies renouvelables ? Et s'il s'agissait d'une expression piège ?

      Comment en est-on arrivé là où nous en sommes aujourd'hui ? Et si c'était cette notion d'abondance ? On a partagé depuis trop de temps la croyance que la planète pouvait nous donner sans compter du pétrole, du gaz, du fer, du cuivre, du cobalt, du lithium, de la bauxite, du graphite, et que par conséquent, on pouvait construire plus de 100 000 000 nouvelles voitures chaque année, qu'on pouvait stériliser de vastes pans du territoire avec de l'asphalte, du gazon et des piscines...

      Pour préserver ce mode de production-consommation et ne pas se soucier de l'empreinte excessive on a inventé cette expression « énergie renouvelable » en évitant d'avouer que renouvelable était un synonyme contextuel de abondante. Sachant que l'abondance était à la source du gaspillage, on s'est bien gardé de dire que le solaire et éolien étaient des énergies abondantes, et c'est pourtant la réalité.

      L'énergie solaire et l'énergie éolienne sont abondantes. Mais sont-elles renouvelables ? La réponse : non. Car pour que ces deux sources soient utilisables, elles doivent faire partie d'un système de captage et de distribution. Une éolienne, une seule, c'est 800 tonnes de béton, 20 tonnes de matériaux composites (faits à partir de pétrole) très peu recyclables, de l'acier, du cuivre, et une panoplie de métaux non renouvelables. On mise sur une durée de vie de 30 ans. Bref, penser que l'énergie éolienne est renouvelable, c'est comme croire que les puits de pétrole sont sans fond.

    • Daniel Grant - Abonné 1 juin 2021 21 h 04

      Pourquoi opposer les solutions?
      Le problème est la pollution du fossile et on ne peut pas compter sur les solutions de ceux qui l’ont engendré.

      Pourquoi les soi-disantes solutions comme les voitures hybrides non-branchables, l’hydrogène, le captage du carbone et les bio-carburants ne soulèvent pas d’indignation des médias à propos de leur cycle de vie? C’est pcq ce sont des solutions qui viennent du fossile et que le fossile contrôle les médias comme Radio-Canada (organe d’information d’un état pétrolier)

      N’est-ce pas curieux qu’on ne voit pas ces pseudo-écolo déchirer leurs chemises à propos du cycle de vie:
      - des cheminées qui vomissent du poison 24/7 dans l’air qu’on respire,
      - des matériaux nécessaires pour faire des torchères de raffineries qui pourrissent l’air qu’on respire,
      - du béton pour faire les bassins de décantation de raffineries qui font mourir les oiseaux par empoisonnement,
      - des métaux pour fabriquer des oléoducs et gazoducs,
      - du cobalt utilisé dans les raffineries pour dé-sulfurer le pétrole,
      - des terres rares en quantité industrielle pour les catalyseurs de bagnoles à pollution qui se comptent par millions,
      - de l’électricité nécessaire pour faire fonctionner une raffinerie,
      - des fuites de pétrole et de gaz, etc....

      Le produit fini des hydrocarbure engendre encore plus de pollution.

      Le produit fini des VE et des énergies renouvelables, ça s’appel Zéro-Émission,
      c'est bon pour la santé et s’améliore à chaque année.

    • Daniel Grant - Abonné 1 juin 2021 21 h 39

      Monsieur J. Richard

      Si on arrêtait de dépenser des milliards de tonnes de matériaux pour fabriquer une énergie sale comme les hydrocarbures imaginez les excédents de matériaux disponibles pour les énergies propres comme le solaire ou éolienne et la mobilité électrique qui n’en demandent pas autant.

      Pcq avec ou sans VE ou énergies renouvelables, cette demande en matériaux pour tout ce qui ce qui nous entoure dépasse de beaucoup ce que les énergies renouvelables ou VE ont besoin.

      L’énergie solaire est illimité et la journée ou elle serait intermittente comme la propagande aime bien nous bassiner, ou non-renouvelable comme vous dites et il n’y a plus rien sur la terre pour l’humanité pcq nous serons de la poussière cosmique.

      Ce qui est important est d’utiliser l’énergie solaire pendant qu’elle est notre amie pour renverser ce changement climatique avant qu’on arrive au dé-balancement des températures, sinon le soleil deviendra notre pire ennemie et va nous cramer.

      Un déversement d'énergie solaire, ça s'appel une belle journée et c'est plein de vitamine D.

    • Raynald Blais - Abonné 2 juin 2021 00 h 15

      Les énergies sont une matière et une marchandise spéciale parce qu’elles permettent de consommer davantage. Les industries pétrolières tentent de conserver le leadership pour conduire la course à la consommation. Derrière elles, il y a toutes les industries qui ont intérêt à produire de plus en plus de marchandises pour réaliser le profit maximum. Que l’énergie soit renouvelable ou non est moins important à leurs yeux que la quantité de marchandises qu’elle permet de fabriquer en moins de temps que l’autorisent les lois de la nature. Il y a fort à parier que les industries pétrolières deviendront des leaders dans la vente d’énergies renouvelables. En attendant, elles se traînent les pieds pour passer de l’une à l’autre parce que cette inertie leur rapporte gros.
      Mais les énergies sont le catalyseur de l’accélération constante de la consommation des matières premières par les industries, dont plusieurs superflues (militaires, luxe, course de l'espace, etc.). Elles supportent également une production superflue, principale cause d’une surpopulation relative. Focaliser uniquement la lutte contre les énergies fossiles, c’est faire le jeu du capitalisme qui vise à faire de l’homme un gargantua de la consommation, sans tenir compte du temps nécessaire à la planète pour se régénérer.

  • Guy Lafond - Inscrit 1 juin 2021 07 h 50

    La common law, les lois, et... la loi naturelle

    01JUIN2021

    Très bonne réflexion. Merci M. Bérubé!

    Et en me fiant à ma propre expérience avec les salles d'audiences en Ontario, j'ai remarqué que - à Ottawa (au Canada) surtout - des tribunaux adorent s'appuyer sur la “common law” pour se conforter dans leurs décisions. Or et avec le réchauffement accéléré des deux pôles, avec l'acidification des océans, avec la perte de biodiversité constatée, avec des revendications de plus en plus urgentes déposées par des peuples ancestraux situés aussi dans les trois territoires fédéraux, je me pose la question suivante: “Nos magistrats canadiens sauront-ils changer leurs coutumes et s'ouvrir davantage à "l'international" en prenant bonne note, sans plus tarder, de l'arrêt "Peuple c. Shell”?”

    À surveiller / "Heads up!"

    t:@GuyLafond @FamilleLafond
    À nos vélos, à nos espadrilles de courses, à nos équipements de plein air! Car le temps file. Car les enfants comptent et savent compter.
    https://twitter.com/UNBiodiversity/status/1395129126814691329