Au nom de la raison

C’est notre première rencontre par le biais de cette nouvelle chronique et déjà, vous connaîtrez deux de mes traits caractéristiques. Tout d’abord, son titre vous donne un indice que la musique qui a bercé mon enfance n’est jamais très loin dans mon imaginaire ! Je suis une nostalgique, assumée. Je suis par ailleurs une personne très rationnelle dans mes achats et décisions financières. Madame « Protégez-vous », c’est bien moi : prendre des semaines pour choisir une laveuse-sécheuse, je connais. Je vous rassure tout de suite, n’allez pas croire que je suis une personne ennuyeuse et/ou froide. Au contraire, je suis intuitive, humaine et émotive ! Mais lorsqu’il est question d’achats importants, c’est la raison qui l’emporte.

C’est donc cette disposition raisonnée innée qui a probablement guidé le sujet de cette première chronique. Je constate depuis des mois — tant dans l’actualité que dans les propos de mes clients — qu’avec la flambée des prix en immobilier, cette raison a été oubliée par plusieurs : surenchère, achats sans inspection (j’ai même entendu sans visite préalable !), rénovations et agrandissements malgré la hausse explosive des coûts et de la main-d’œuvre. Nous avons perdu plusieurs de nos repères (routine, vie sociale, activités, voyages), et il semble que nous soyons prêts à tout pour améliorer notre confort à la maison ou pour acquérir le premier chalet de la famille. En tant que planificatrice financière, je ne comprends tout simplement pas cet élan pour plusieurs d’acheter à des prix ayant parfois doublé depuis l’an passé.

Il apparaît pertinent dans ce contexte de relativiser un mythe selon lequel la résidence principale est « le plus gros investissement de votre vie ». Bien sûr, une maison constitue un actif important du bilan financier pour de nombreux ménages. Toutefois, il semble aussi que la majorité de ces derniers achètent une résidence dépassant leurs capacités budgétaires. En conséquence, l’endettement de consommation augmente indirectement dans d’autres postes, les appauvrissant. De plus, puisque le poste budgétaire du logement est important, l’épargne dans les REER, REEE, CELI devient alors insuffisante pour plusieurs ménages. En somme, si la maison représente de « l’épargne forcée », sous l’angle de la planification financière intégrée, un conseil de base serait d’acquérir une résidence à un budget vous permettant d’atteindre d’autres objectifs financiers tout aussi importants.

La résidence principale représente également un investissement peu rentable puisque plusieurs y injectent régulièrement beaucoup de capitaux pour des projets, comme revoir la décoration au fil des tendances, améliorer le confort, embellir le jardin avec la piscine… Qu’il est agréable d’aimer et de créer un cocon douillet, mais soyons honnêtes, cela ne constitue pas un investissement rentable puisque cela n’augmente pas la valeur de votre résidence. Le véritable investissement immobilier est celui qui génère du revenu ou qui représente une opportunité de gain en capital futur. Pour toutes ces raisons, vous serez probablement surpris d’apprendre que théoriquement, il est possible de constituer un actif beaucoup plus important à la retraite pour un locataire ayant investi l’écart entre ses frais de logement et ceux d’un scénario comme propriétaire.

Je ne suis pas une spécialiste du marché immobilier. Toutefois, dans le contexte actuel, difficile de croire qu’un bungalow à rénover, valant 300 000 $ en 2019, vendu 525 000 $ en 2020, pourra se revendre près du million à un couple gagnant un revenu moyen familial de 80 000 $… La bulle immobilière actuelle étant inégale d’une région à l’autre, l’endettement des ménages étant élevé, et les taux hypothécaires appelés à un jour grimper, il existe bel et bien un risque que ce que vous considérez être l’investissement de votre vie sera peut-être moins rentable que prévu.

Bien sûr, une fois l’indépendance financière atteinte, c’est un risque à prendre acceptable. Dans le cas contraire, soit le cas de la majorité des ménages canadiens, voici quelques conseils de base.

Une réflexion sur la capacité de payer s’impose (encore davantage pour les premiers acheteurs). Il faut tenir compte des sommes supplémentaires requises pour rénover, redécorer ou entretenir.

Une résidence principale dotée d’une partie locative permet d’augmenter la rentabilité de votre achat.

L’équité sur votre maison peut ensuite être utilisée comme levier d’investissement dans de l’immobilier locatif ou l’investissement en bourse.

Pour la majorité des gens, le confort passera avant la rentabilité. La vie n’est pas qu’un plan financier (heureusement !) et nous avons tous des valeurs différentes. Mais au nom de la raison, je vous invite à prendre un peu de recul et à sortir vos calculettes !

Pour aller plus loin, vous jetterez un coup d’œil à mon billet de blogue « Une résidence principale, est-ce vraiment rentable ? »

Vous avez des questions ? Écrivez-moi à slachapelle@ledevoir.com

Une nouvelle plume

Nous ajoutons une plume à notre équipe économique, avec l’arrivée de la planificatrice financière Sandy Lachapelle à titre de chroniqueuse. Vous la retrouverez ici tous les samedis, dans un espace destiné à rapprocher le discours économique des préoccupations des citoyens consommateurs. Frénésie immobilière, reprise économique, trucs et astuces, valeurs et placements : l’experte des « finances intelligentes » engagera une conversation avec les lecteurs en quête de conseils ou avides d’explications bienveillantes.

Marie-Andrée Chouinard

Rédactrice en chef



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