Vers Cannes en juillet?

Plusieurs voient arriver la saison d’été comme une lumière au bout du tunnel covidien. Mais sur la planète culturelle sens dessus dessous, les choses sont beaucoup plus compliquées que ça. Prenez le Festival de Cannes, rendez-vous international de films plus grand que nature. Annulé l’an dernier sous l’assaut du virus, cette fois repoussé hors de mai, du 6 au 17 juillet, afin d’augmenter ses chances de déroulement in situ. En effet, pas question, là-bas, d’édition virtuelle. Au programme de 2021 : moins de fêtes, plus d’événements et de projections hors du Palais, mais une Sélection officielle présentée bel et bien sur grand écran. Ou pas du tout.

Irons-nous vraiment devant sa baie ? Pour une manifestation de cette ampleur, sauter deux années serait catastrophique. Avec perte d’influence et de prestige à la clé, quand les plateformes américaines, engraissées sous la pandémie, gagnent du terrain — Amazon vient d’acheter le studio MGM — aux dépens des salles, dont Cannes constitue le porte-étendard. Déjà, la débandade des cérémonies annuelles de cinéma  Golden Globes et Oscar laissent présager un désamour du public pour les bastions officiels du septième art —, alors on observe l’horizon cannois avec anxiété, tout en souhaitant bonne chance à son équipe.

La France, très endeuillée par la COVID-19, a rouvert, il est vrai, ses cinémas le 19 mai, mais Cannes demeure un lieu de convergence planétaire. Se transformer en foyer d’éclosion universel constituerait le pire des scénarios jamais écrits pour cet événement phare du septième art.

Un passeport sanitaire serait requis (avec deux doses du vaccin). Au mieux, un test PCR validé pourrait faire l’affaire. On attend l’annonce de nouvelles mesures au fil d’une situation fluctuante et des consignes gouvernementales. Chaque pays gère ses propres calendriers vaccinaux et bien des joueurs, d’ailleurs, ne pourront s’y déplacer. Du reste, l’envie de voyager ne taraude pas les foules en ces temps pandémiques. La Côte d’Azur en pleine canicule de juillet avec une audience suant sous ses masques n’a rien du doux paradis venteux de mai. Mais haut les cœurs !

Le 3 juin prochain, la conférence de presse se tiendra à Paris comme prévu, avec dévoilement d’une 74e édition qui s’annonce alléchante. Thierry Frémaux, le délégué général du festival, a déjà annoncé qu’un studio américain lui offrait un « blockbuster planétaire ». On se prend à rêver. Et s’il s’agissait du très attendu Dune, superproduction américaine de notre compatriote Denis Villeneuve adaptée du roman de science-fiction de Frank Herbert, donnant la vedette à Timothée Chalamet ? Des rumeurs l’envoient à la Mostra de Venise, mais Villeneuve possède des liens plus étroits avec Cannes. Alors qui sait ?

Côté Québec, deux titres circulent à travers les branches de magazines spécialisés. Monia Chokri, dont le film La femme de mon frère avait atterri à Un certain regard en 2019, pourrait monter plus haut grâce à sa comédie féministe Babysitter adaptée d’une pièce de Catherine Léger, dans lequel l’actrice cinéaste tient la vedette. Quant à l’artiste plasticienne Caroline Monnet, d’origine en partie anichinabée, certains la voient accompagner son premier long métrage de fiction Bootlegger, sur une jeune avocate autochtone confrontée aux démons du passé.

Pour l’heure, trois films sont déjà officiellement dans le sac cannois : Annette, comédie musicale du Français Leos Carax avec Adam Driver et Marion Cotillard, en ouverture du festival. Également Benedetta, seconde œuvre en français (après Elle) du Néerlandais Paul Verhoeven, où Virginie Efira incarne une nonne homosexuelle durant la Renaissance italienne. Ajoutez The French Dispatch de Wes Anderson à la chic distribution : Bill Murray, Benicio del Toro, Timothée Chalamet, Léa Seydoux, Mathieu Amalric et autres étoiles pour l’histoire d’un journaliste américain dans une ville française inventée.

Des titres circulent : Le Romain Nanni Moretti, enfant chéri de la Croisette, accompagnera-t-il son drame familial Tre Piani ? Et le Suédois Ruben Östlund (Palme d’or pour The Square), son satirique Triangle of Sadness campé sur une île déserte où s’échoue une bande de milliardaires ? Bienvenue, on l’espère, à Joel Coen, en solo, sans son frère Ethan, pour fouler le tapis rouge avec The Tragedy of Macbeth. Son épouse trois fois oscarisée Frances McDormand y joue la cruelle lady écossaise et Denzel Washington, son royal mari shakespearien. Que se pointe Fire, de Claire Denis, sur un triangle amoureux (Juliette Binoche, Grégoire Colin et Vincent Lindon) ! D’autres noms roulent, qui nous donnent l’envie, toutes consignes sanitaires bues, d’aller se faire brûler la couenne à Cannes en juillet, si le virus le permet et les mânes des frères Lumière aussi.



Une version précédente de ce texte, qui mentionnait que Paul Verhoeven est Américain, a été corrigée.

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