Santé - Physio aux JO

Lundi, Georges Demirakos s'envole pour Athènes. Il n'y va pas pour visiter ses cousins et toute la famille de ses parents, même s'il les verra lors de son séjour, il n'y va pas pour assister aux compétitions olympiques — quoiqu'il essaiera sans doute d'attraper un billet par-ci, par-là. Il a offert ses services comme phytothérapeute (on l'a choisi parmi 160 000 candidatures!) et affecté aux épreuves de tennis. Il sera physio aux JO. Son rêve.

Il y aura autour de 3000 volontaires médicaux aux Jeux olympiques, qui seront les collègues de Georges pendant trois semaines. Médecins, infirmières et spécialistes de diverses disciplines médicales qui auront payé leur billet d'avion et donneront leur temps et leur talent en échange de leur expérience olympique. En plus d'offrir des soins aux athlètes, ces bénévoles seront aussi ceux qui fourniront des services d'urgence sur l'ensemble des sites olympiques. La chaleur sera un facteur aggravant, alors on doit se préparer à soigner des cas d'hyperthermie. Comme on répète ad nauseam que ce sont les premiers jeux «post 11 septembre», ça veut aussi dire pour les médicaux et para-médicaux une formation sur place. Pour réagir vite, il faut savoir où sont les ressources, comment s'y rendre, quoi faire. Cela implique également, d'un point de vue administratif, que tout ce personnel de soins doit en outre avoir un permis d'exercice temporaire — ça vous donne une idée de la complexité de l'organisation, rien que pour la santé. On dit comme ça: je serai physio aux JO, puis on réalise ce que ça signifie!

Georges Demirakos avait en tête, depuis longtemps, de participer aux Jeux olympiques. Le sport fait partie de sa vie, il a grandi en pratiquant le tae-kwon-do, puis il est devenu coordonnateur médical du football pour Sun Youth. Pendant cinq ans, il a travaillé auprès des joueurs du Canadien de Montréal, il était à l'époque thérapeute sportif, et, à ce titre, il a fait partie de l'équipe de soins aux Internationaux de tennis. Quand Georges en parle, il est précis: onze ans de tae-kwon-do, neuf ans à Sun Youth, huit ans aux Championnats Du Maurier. On voit sa vie défiler, et il n'a que 34 ans! La thérapie du sport l'a amené à la physiothérapie, qu'il pratique professionnellement depuis 1991 dans un club sportif de Montréal dont les voisins de palier sont... les gens du Comité olympique canadien.

Ça n'a pas facilité sa tâche, mais être d'origine grecque et parler grec (en plus de l'anglais et du français, bien sûr), avoir son expérience personnelle et professionnelle, exprimer sa motivation: ça oui, ça ne pouvait que parler pour lui.

Raconter les événements d'une vie n'explique pourtant pas la passion. Georges Demirakos admire les athlètes, s'identifie à leurs valeurs: «Les athlètes olympiques poussent leur corps, ils connaissent leurs forces, leurs faiblesses» me dit-il; «en même temps, ils sont tellement fort mentalement que le corps physique est secondaire, et ceux qui se rendent aux Olympiques ont une force mentale supérieure. Les athlètes olympiques veulent être les meilleurs... et moi aussi!»

Il côtoiera donc les plus grands joueurs de tennis. À quelles blessures s'attend-t-il? «À tout! Au tennis, on voit toutes les blessures. Mal au genou, au bas du dos, au coude, au cou. Avec les services qu'ils font, ils peuvent développer une tendinite de l'épaule. On intervient rapidement et on répète les soins souvent. On diminue la douleur avec la glace, la chaleur, les mains. La fréquence des interventions est déterminante. On doit pouvoir donner des exercices, proposer des mouvements, car même si ce sont des joueurs de haut calibre, ils peuvent compenser, et alors il faut renforcer le mouvement opposé. La nutrition aussi est importante et on doit s'assurer que les blessés boivent beaucoup d'eau.».

À ce niveau, les athlètes fréquentent les phytothérapeutes depuis longtemps, et connaissent la mécanique du corps quasiment aussi bien qu'eux. Les physios qui seront là, quant à eux, sont des fans de tennis et connaissent bien les joueurs, sinon personnellement, du moins comme des mordus! Pas exactement la relation que vous auriez avec un ou une physio si vous arriviez avec un tennis elbow, mettons! En plus, Georges m'explique qu'il travaillera avec des médecins et d'autres thérapeutes, ajoutant que même si les équipes riches ont leurs propres soignants, il y a toujours des besoins à combler. Même si on ne parle pas la langue maternelle de l'athlète, on parle le même corps et le même jeu.

Mais à ce stade, et aussi longtemps qu'il n'est pas sur place, Georges ignore où et avec qui il exercera la physiothérapie d'urgence. Ce qu'il sait, c'est qu'il passera de longues heures au Centre olympique de tennis, situé à Maroussi et intégré au Complexe sportif olympique d'Athènes (OAKA), et que sa vie sera à son summum d'intensité entre le 15 et le 22 août. Dix terrains seront utilisés pour la compétition et 172 athlètes prendront part aux tournois de tennis. Ça le tiendra occupé! En attendant, il révise ses techniques d'intervention...

Les Jeux olympiques se déroulent du 13 au 29 août prochain. C'est avec Georges Demirakos que je commence donc une petite série portant sur les athlètes olympiques et leur santé. Les prochaines semaines, vous lirez ce que m'ont confié Maryse Turcotte, Nicolas Gill et Caroline Brunet, trois athlètes qui ont l'expérience des Jeux olympiques, qui savent ce qu'ils valent et qui ont répondu généreusement à des questions sortant de leurs habitudes avec les journalistes. C'est avec la santé en tête, et des préoccupations sur les forces et les faiblesses du corps et de l'esprit que je les ai approchés. Samedi prochain, c'est le judoka Nicolas Gill qui partagera avec nous ses expériences et ses réflexions sur la motivation, les blessures et l'hygiène de vie, lui qui a commencé le judo alors qu'il n'avait que six ans.

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vallieca@hotmail.com

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