Bouffe et malbouffe - Le bio, synonyme de santé?

Il y a des perceptions qui ne survivent pas à la simple lecture d'une étiquette. Prenez, par exemple, un Bol de riz au poulet au cari thaïlandais biologique — c'est son nom — offert sous la marque «Le Choix du président»: certifiée bio dans les règles de l'art, la préparation réfrigérée offre, en effet, un portrait nutritionnel pour le moins amusant, avec ses 14 gr de gras, dont cinq sont saturés, et son presque gramme de sodium qui en fait, à côté d'une dégoulinante pizza à croûte mince (non biologique) située une étagère plus bas, un produit devant lequel les diététistes risquent de sourciller.

Et pourtant, biologique et santé ne sont-ils pas supposés faire bon ménage lorsqu'il est question de bouffe? Oui... comme le pensent les adeptes toujours plus nombreux de ce mode d'alimentation qui, au nom de leur mieux-être ou de celui de leur progéniture, se ruent dans les épiceries sur ce type d'aliments très de leur époque pour ramener un peu d'équilibre ou moins de pesticides et d'organismes génétiquement modifiés (OGM) au repas du soir. Mais de toute évidence dans certains recoins plutôt frais d'un supermarché, l'accord bio et santé semble plutôt imparfait.

À lui seul, ce bol en plastique rempli d'une préparation industrielle vient, tout comme son proche cousin le Macaroni aux trois fromages, biologique, du même «Président», relancer le délicat débat sur les véritables avantages sur l'organisme d'une alimentation versée dans la quête du biologique. Un débat, alimenté par les tenants et les détracteurs de la chose, qui génère beaucoup de questions, mais malheureusement très peu de réponses fiables.

Normal. C'est qu'en la matière, les recherches scientifiques se succèdent un peu partout sur la planète — Québec exclu — depuis plusieurs années. Mais au final, aucune n'a pour le moment réussi à vraiment convaincre qu'il existe dans cet ancien mode de production nouvellement remis au goût du jour des bénéfices évidents sur le corps humain. Ni même d'ailleurs de différences significatives dans la composition chimique des aliments sortant de la filière bio et conventionnelle. Et ce, même si l'agriculture bio se doit de bannir de ses outils de production, pesticides, engrais chimiques, hormones de croissance, antibiotiques ou OGM.

L'absence de tous ces produits qui justifient des prix sensiblement plus élevés par rapport aux aliments conventionnels serait-elle donc à l'origine d'une grande fumisterie? Loin de là, démontre toutefois la communauté scientifique qui sans affirmer, contrairement aux promoteurs de cette autre façon de s'alimenter, que le bio est meilleur pour la santé, laisse entendre tout de même qu'il est moins pire que son équivalent sorti tout droit d'une autre filière.

Parfois, les signes ont tout de même de quoi encourager les consommateurs qui acceptent de sortir quelques dollars de plus de leur bourse pour une pinte de lait, un yogourt, une pomme ou une banane certifiées biologiques: les résidus de pesticides y sont en effet moins présents — mais tout de même présents! —, les minéraux, vitamines et protéines y sont dans certains lots plus nombreux, mais pas toujours, et les OGM s'y promènent, certes, mais à l'état de traces accidentelles.

N'empêche, tout comme son pendant conventionnel, l'aliment bio ne semble pas non plus échapper au paradoxe, comme l'ont mis en lumière l'an dernier les chercheurs de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA). En témoignent ces céréales mueslis qui, dans leur version bio, ont affiché quatre fois sur 10 des résultats positifs pour les résidus de pesticides. Alors que les préparations conventionnelles, elles, n'en contenaient tout simplement pas. Même surprise pour les carottes dont la teneur en nitrates s'est avérée supérieure côté bio que non bio ou encore pour les farines où la mycotoxine, un champignon toxique, ne semblait guère se préoccuper de la certification du produit pour s'y développer.

Ces exceptions dérangent un brin en remettant en question la vraie nature du biologique et les allégations qui l'accompagnent généralement. Un peu vite toutefois, compte tenu des fondements de ce type d'alimentation qui finit tout de même par se distinguer dans les rayons des épiceries par la charge politique et contestataire qui bien souvent arrive avec.

Car si manger bio n'est pas forcément meilleur pour la santé humaine, le geste, lui, aurait sans doute une influence sur celle de la nature, des sols ou des animaux. À condition bien sûr que l'aliment sur lequel on jette son dévolu ne soit pas importé de Californie — avec les gaz d'échappement qui accompagnent le voyage en camion — ou ne soit pas trop, à l'image d'un bol de riz au poulet, hautement industriel et transformé, comme le chantent à l'unisson les puristes.

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