Un compromis trop raisonnable

Le premier ministre Legault a dû être déçu en écoutant le point de presse de la cheffe du PLQ, Dominique Anglade, qui a réservé un accueil désespérément positif à la « nouvelle loi 101 » présentée par le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette.

Bien sûr, un projet de loi entend répondre à un besoin précis, mais il s’inscrit aussi dans une stratégie politique. M. Legault voulait refaire le coup de la Loi sur la laïcité, quand il l’avait présentée comme un « compromis raisonnable » entre l’« extrémisme » du PQ et la mollesse des libéraux. Pour démontrer la justesse de son gouvernement sur la langue, on se préparait à invoquer l’appui de Pauline Marois et celui de l’ancien ministre libéral Benoit Pelletier.

Cette fois-ci, le compromis semble toutefois un peu trop raisonnable. Si le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, a bien joué son rôle, Mme Anglade s’est montrée presque enthousiaste, laissant même entendre que son parti pourrait appuyer le projet de loi 96. La dernière chose que souhaite M. Legault est bien de donner l’impression que la CAQ et le PLQ, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

Même l’utilisation de la clause « nonobstant » pour empêcher d’éventuelles contestations judiciaires n’a pas eu l’heur de choquer Dominique Anglade, pas plus que l’affirmation de l’existence d’une nation québécoise dans la partie de la Constitution de 1867 que le Québec peut modifier de son propre chef. Elle s’est même fait un plaisir de souligner que ses propres propositions étaient plus exigeantes pour les cégeps anglophones, soit de rendre obligatoires trois cours dans des matières de base en français.

Les premiers échos en provenance d’Ottawa ont aussi été positifs. Tous les partis représentés à la Chambre des communes ont réitéré l’importance d’assurer la protection du français. Certes, l’élection fédérale arrive à grands pas et le Québec sera un théâtre important de la campagne électorale, mais le gouvernement Legault aurait-il été trop timide ?

  

Il est bien connu que le diable se cache dans les détails, et les libéraux ont promis de « retourner chaque pierre » lors de l’étude détaillée des 200 articles du projet de loi. Ils devront également faire écho aux inévitables récriminations de la communauté anglophone, mais la grande confrontation qu’avait provoquée l’adoption de la loi 101 originelle ne se répétera vraisemblablement pas. Même à l’extérieur de l’Assemblée nationale, le débat n’aura sans doute pas la même acrimonie que celui sur la laïcité.

Maintenant que le recul de la pandémie laisse entrevoir un retour à la normalité, le gouvernement comptait beaucoup sur le dossier linguistique pour alimenter le débat public au cours de la prochaine année et durant la campagne électorale à venir. Il faudra peut-être trouver autre chose. En politique, quand on prétend chercher un consensus, c’est souvent qu’on souhaite en réalité une polarisation qui nous avantage.

M. St-Pierre Plamondon reproche au gouvernement d’assurer simplement le « service minimum », qui sera insuffisant pour redresser la situation précaire du français à Montréal. Il est vrai que les mesures annoncées par M. Jolin-Barrette auraient pu être plus costaudes. Lui-même l’aurait sans doute souhaité.

  

Sur papier et sous réserve des modalités de leur application, elles n’en sont pas moins porteuses d’un réel progrès, qu’il s’agisse de la francisation des entreprises de 25 employés et plus, du droit de travailler et d’être servi en français ou encore de l’obligation faite à l’État de communiquer en français avec les entreprises et les nouveaux arrivants.

Faire un compromis ne signifie cependant pas qu’il faut jouer les Ponce Pilate. Lors du débat sur le projet de loi 14, que le gouvernement minoritaire de Pauline Marois avait présenté en 2012, la CAQ avait qualifié de « chicane inutile » la révocation du statut bilingue des municipalités dont la population anglophone est passée sous la barre des 50 %. Le gouvernement Legault a choisi de déléguer cette chicane aux municipalités en conditionnant le maintien de leur statut bilingue à l’adoption d’une résolution par leur conseil municipal.

Le premier ministre a présenté le projet de loi 96 comme « le geste le plus fort qui a été posé depuis le dépôt de la loi 101 ». Il y manque cependant une mesure phare qui serait de nature à frapper l’imagination, comme l’avait fait en 1977 l’imposition de l’unilinguisme français dans l’affichage commercial, et comme aurait pu le faire cette fois-ci l’extension de la loi 101 au niveau collégial. Bien sûr, les francophones qui rêvent d’étudier en anglais auraient trouvé cela déraisonnable. C’est aussi ce que plusieurs disaient il y a 44 ans.

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56 commentaires
  • Monique Bisson - Abonné 13 mai 2021 22 h 57

    Analyse juste!

    Malheureusement, M. David, vous avez raison et nous nous devons de reprendre le bâton du pélerin, car il nous faudra de nouveau revendiquer, réclamer, exiger des mesures costaudes pour donner au français sa véritable place au Québec et en terre d'Amérique.

    Monique Bisson, Gatineau

    • Cyril Dionne - Abonné 14 mai 2021 14 h 06

      Bien d'accord avec vous Mme Bisson. Je dois dire que cette fois-ci, je suis d'accord avec M. David parce qu'il énumère des faits inaliénables et non pas des opinions personnelles. Le projet de loi 96 peut se résumer en une phrase. Comment se faire assimiler sans se fatiguer. Eh oui, c'est un compromis déraisonnable pour ceux qui tiennent à leur langue et culture, la dernière, une grande oubliée de cette politique tant attendue qui a accouché d'une souris. Enfin, tous les compromis, raisonnables ou non, sont provisoires.

  • Yann Leduc - Abonné 14 mai 2021 03 h 02

    PLQ et CAQ, même combat ?

    M. David déclare la mort du PQ à chaque semaine depuis 5 ans mais, finalement, il n'est pas si dur envers la CAQ. Pourtant, qu'est-ce que la CAQ sinon un parti sans militants mené par un petit comptable de province ratoureux et opportuniste ? Le PQ de 1977 avait des intellectuels, des hommes de principes (Parizeau, Lévesque, Landry, Laurin, Godin, etc.) et la loi 101 voulait restaurer le français, redonner de la confiance aux Québécois, quitte à déplaire à l'establishment américain et canadien anglais. La CAQ de 2021 ? Des combines, des calculs électoralistes, de la poudre aux yeux pour se faire réélire en 2022. Au mieux, la CAQ proclame le statu-quo, retarde le déclin. PLQ et CAQ, même combat ?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 14 mai 2021 07 h 21

      Quand j'entendais M. Legault dire qu'Il livre la marchandise, comme il l'a fait avec la loi 21, je tique....et retique!

      Il a lui-même exempté les écoles privées, qu'Il subventionne généreusement. Et grâce à SA constitution de 1982 à laquelle il adhère implicitementr, la Cour supérieure lui a enlevé les écoles des commissions scolaires anglophones.

      Parlant de "livrer la marchandise", les commissions scolaires ne sont pas disparues. En effet, les anglophones ont conservé les leurs.Quelle gaffe monumentale d ela part de la CAQ. Tout ça pour ça!Je suis convaincu que, un jour, les commissions scolaires vont revenir sous une forme plus adéquate, chez les francophones; comme ce fut le cas au New Brunnswick!

    • Patrick Boulanger - Abonné 14 mai 2021 08 h 54

      Selon vous, M. David déclare la mort du PQ à chaque semaine depuis 5 ans? Avec une telle baliverne, c'est à se demander si vous avez un problème de littératie.

      Voici les chroniques du chroniqueur : https://www.ledevoir.com/auteur/michel-david

    • Claude Richard - Abonné 14 mai 2021 11 h 16

      Du Legault mi-chair mi-poisson que ce projet de loi. Outre l'acrobatie du contingentement dans les cegeps, outre la dérobade sur les municipalités bilingues, outre l'imprécision quant à la nette prédominance dans l'affichage, que deviennent les écoles-passerelles? N'aurait-ce pas été un minimum que de les faire disparaître? Cela aurait sans doute déplu aux libéraux. PLQ et CAQ, même combat.

    • Yann Leduc - Abonné 14 mai 2021 21 h 49

      @Patrick Boulanger : Depuis une dizaine d'année, j'ai l'impression que les journalistes évoquent la mort du PQ chaque fois que ce parti connait des difficultés. Les autres partis sont-ils si vivants que ça ? QS a passé 20 ans en bas de 15%. Le PLQ s'est effondré aux dernières élections. La CAQ c'est le parti d'un seul homme et il n'allait nul part il y a 5 ans.

    • Patrick Boulanger - Abonné 14 mai 2021 22 h 56

      @ M. Leduc

      Michel David est le meilleur chroniqueur politique à ma connaissance pour le Québec. Il est solide, bien qu'il puisse se tromper (évidemment). Il est vrai que QS a été en dessous de 15% durant 20 ans puisqu'il n'a été fondé qu'en... 2006. Quant à la CAQ, il n'est pas surprenant qu'il n'allait nul part il y a 5 ans vu qu'il a été fondé qu'en 2011.

      Essayez d'être plus rigoureux.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 14 mai 2021 06 h 19

    Un pétard mouillé pour le 24 juin au Québec, cadeau de Machiavel!

    Le rideau est tombé, la CAQ affirme à son tour que le Français est en déclin au Québec! Voilà la bombe caquiste catapultée désormais en entrant le Québec au sein de la Fédération canadienne! On n’a pas malheureusement sabré le bon champagne français car la figuration du peuple québécois que la CAQ voudrait amender à la confédération canadienne n’est en fait qu’une soumission aux britanniques et aux hommes d’affaires du Québec! Le PM François Legault, comme fédéraliste au grand jour, son nationalisme envolé, fait désormais partie du ROC! Au cours de l’émission de Radio-Canada avec C. Auger, même Benoît Pelletier encensait la CAQ dans son cheminement, en applaudissant la bienvenue du PM et du Québec au sein de la Fédération!

    Comme quoi c’était costaud de nous faire reconnaître comme nation au sein du Dominion! Comme péquiste, le piège tendu n’est qu’une autre promesse de haute voltige, sans plus! Sans loi 101 au cégep, avec un bilinguisme douteux de plusieurs villes, sans échéancier et mesure de résultats, la vitalité de la langue française ira toujours en décroissance!
    Bref, même si le Parti Québécois votera oui pour rendre la langue française plus officielle au Québec, l’entourloupette de la CAQ avec le Dominion ne lui permettra pas de changer l’échiquier politique! Les membres du PQ peuvent être parfois divisés, mais devant ce pétard mouillé, ils peuvent encore espérer prendre une autre voie, celle de l’indépendance, en reléguant aux oubliettes cette mentalité de subordonnés qui n’a pas sa place au 21e siècle! Un autre rendez-vous manqué, cette fois celui des caquistes!

  • Pierre Labelle - Abonné 14 mai 2021 06 h 27

    Le titre dit tout.

    Oui monsieur David, le titre de votre chronique nouis dépeint comme un peuple de pleutres; je dis:"nous dépeint", car ce gouvernement, c'est quand même nous qui l'avons élu ! Pas moi bien sûr. Ce projet 96 est loin des mesures costaudes que nous avais promis le ministre Simon- Jolin Barrette. Question courage, nous sommes à des milliers de kilomêtre de la loi 101 de 1977 du docteur Laurin. Prenons seulement la question des municipalités bilingues, bien maintenant si ces dernières compte moins de 50% d'anglos elles devraient perdre leur statut actuel selon cette mauvaise imitation de loi 101 du gouvernemnt de René Lévesque, eh bien surprise, nos 2 magiciens, Legault et son petit toutou S.J. B. disent à ces maires et mairesses des municipalités visées, vous n'avez pas à vous en faire, il vous suffira d'une petite résolution de votre conseil municipal pour que le tout soit comme avant. Difficille d'être plus poltron. Oui un gouvernement de PLEUTRES.

    • Pierre Rousseau - Abonné 14 mai 2021 08 h 11

      En d'autres mots on pourrait traduire par « business as usual »!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 14 mai 2021 08 h 53

      " il vous suffira d'une petite résolution de votre conseil municipal pour que le tout soit comme avant. Difficille d'être plus poltron. Oui un gouvernement de PLEUTRES.".

      C'est le même gouvernement qui a exempté SES écoles privées subventionnées de la loi sur la laïcité.Et qui a vu sa clause nonobstant ridiculisée par la Cour supérieure sur les écoles anglophones.

      Dans mon livre, je compare la situation de *quémandeux* prepétuels des Franco Ontariens, en 2021, avec celle des fédéralistes québécois:"plus tu te fais avoir plus tu chantes O Canada!. La CAQ n'a pas eu le culot d'étendte la loi 101 aux cégeps.

      Tout ce que touche Jolin-Barrettem ène à un certain chaos......, depuis ses gestes malencontreux en immigratiion à son exemption des écoles privées de la loi 21 *améliorée* par le jugement de la Cour supérieure avec les écoles anglophones.

    • Bernard Morin - Abonné 14 mai 2021 09 h 06

      Depuis hier je m'étonne de plus en plus de l'absence de la notion fondamentale de culture québécoise dans le projet de loi et dans les commentaires et analyses qui lui sont consacrés.

    • Gylles Sauriol - Abonné 14 mai 2021 09 h 33

      Tout à fait d’accord avec vous. SJB aurait été mieux de ne rien mettre dans cette loi en rapport avec le statut bilingue des villes plutôt que d’écrire une telle ineptie. Franchement, qui pourra ou voudra même croire à une réelle volonté d’initier quel que changement que ce soit quant à la situation qui prévaut en lisant de tel propos ? En ce qui concerne ce chapitre de ce projet de loi, j’oserais dire que c’est presque rire de nous ou pire, de nous prendre pour des cruches !

  • Serge Brosseau - Abonné 14 mai 2021 06 h 30

    Attitude du Parti libéral

    Dominique Anglade était (— est — aurait été —) disposée à en faire beaucoup plus pour … fair oublier l'attitude du gouvernement du Parti Libéral au sujet de la langue commune du Québec sous Philippe Couillard.