Hors-jeu - Sports Moins Plus

Selon des sources de Sports Moins Plus coincées dans les câbles mais toujours prêtes à s'en sortir avec un uppercut de la gauche du tonnerre de Dieu qui vous pulvérise le mandibule, il y a des gens qui se sont sentis floués samedi soir. On les comprend pas juste un peu. Ils avaient payé le gros prix pour assister au combat entre Arturo Gatti et Leonard Dorin à la télé payante — ou alors ils étaient arrivés dans un estaminet satellitaire trois heures avant la chose pour être sûrs d'avoir de la place et ça commençait à leur coûter pas mal cher de bière éventée* —, et l'événement a duré en tout et pour tout cinq minutes et cinquante-cinq secondes, plus une pause d'une minute entre le premier et le deuxième round.

D'ailleurs, si vous m'autorisez un petit détournement, le monde du sport serait encore plus merveilleuxª s'il n'y avait pas de pause. Pas de publicités, pas de profitons-en-pour-émettre-un-bref-commentaire, juste du merveilleuxª. Vous aurez du reste remarqué que c'est l'une des manies les plus détestables des bulletins de nouvelles en général et des bulletins de nouvelles du sport en particulier à la télévision postmoderne: juste avant d'aller à la pause, ils disent «après la pause, telle affaire». Or comme telle affaire vous intéresse, vous demeurez au poste. Ils reviennent de la pause, passent cinq ou six nouvelles sans intérêt mais pas telle affaire, puis, s'apprêtant à se rendre à une nouvelle pause, redisent «après la pause, telle affaire». Ils peuvent vous faire le coup comme ça pendant une demi-heure. Or s'il y avait une justice immanente, ils seraient obligés de dire «après la quatrième pause, telle affaire, ça passera à 23h26 très précisément, vous pouvez aller regarder Bleu Nuit en attendant». Non mais que fait donc le CRTC?

Donc, oui, disions-nous, cinq minutes cinquante-cinq secondes. Ça fait cher la seconde. Mais que voulez-vous, comme l'a transcendentalement analysé à la radio un zexpert du plus grand quotidien français d'Amérique qui s'y connaît en pugilat, «c'est la boxe».

J'ajouterai: c'est de l'analyse.

Par ailleurs, on raconte entre les branches d'olivier que les spectateurs qui ont déboursé plusieurs centaines de dollars pour assister à la finale du 100 mètres aux Jeux d'Athènes exigeront un remboursement si l'épreuve dure moins de quatre minutes trente.

(*Je n'avais que «bière flat» en tête et cherchais énergiquement un équivalent conforme aux prescriptions de l'Académie des Immortels lorsque survint mon collègue F. qui recommanda tout de go «bière éventée». F., je le précise à l'intention de ceux et celles d'entre vous qui n'ont pas l'inestimable chance de le connaître, est un redoutable grammatical. Tenez, l'autre jour, alors qu'il se rendait à Valleyfield au volant de sa rutilante Jaguar de l'année prochaine, il a fait une crevaison et, au lieu de dire platement «j'ai fait un flat, man», il a déclaré «je fus la victime non consentante d'un éventement».)

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Selon le site ouèbe Sports Pickle, il appert que ç'a l'air qu'Elin Nordegren, la très très jolie blonde naturelle suédoise gagnant ses sesterces dans le mannequinat de pointe qui a récemment convolé en injustes fiançailles avec Tiger Woods, est écoeurée de se faire dire que c'est sa faute si Woods joue comme un pied depuis plusieurs mois.

N'empêche, on raconte que, pour tester plus avant ses talents de déconcentratrice, mamoiselle Nordegren songerait à sortir avec Lance Armstrong afin de voir s'il serait capable de gagner un septième Tour de France avec elle dans la voiture du directeur sportif puis en face, à table, au souper.

On verrait alors qui est le vrai patron, aurait déclaré la belle Elin, mais il n'existe pas d'enregistrement qui atteste qu'il s'agit du libellé exact.

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Tiens, une dépêche.

«CRAWFORD, Texas (AP) — George W. Bush a fait hier les titres des quotidiens américains avec... une chute.

«Chevauchant son VTT, le président américain parcourait les 640 hectares très vallonnés de son ranch de Crawford quand il s'est retrouvé sur le dos, lundi. Un peu secoué, Bush s'est épousseté avant de remonter sur son vélo, avec une petite éraflure au genou et de la poussière dans le dos comme seuls signes visibles de son accident. [...]

«Quand il est sur son vélo, Bush ne ménage pas ses efforts, son coeur atteignant 168 pulsations/minute, soit quatre fois plus que son rythme cardiaque au repos.»

Si vous n'avez pas d'objection, faisons maintenant un peu de mathématiques modernes pour nous détendre le stress. Posons 168, divisons ce numérateur par le dénominateur 4, et arrivons ensemble en même temps au quotient 42. Vérifions le tout pour être sûr, 42 X 4 = 168. Oui, c'est bien cela, 42 pulsations cardiaques à la minute.

Wow. L'est en forme, le prez. (Vous auriez dû le voir dans ses jeunes années, dans le Tour cycliste de Mésopotamie, sous le maillot US Fatal. Un missile.) D'ailleurs, une rumeur persistante veut que lorsque, un 11 septembre au matin, on vint l'avertir qu'un aéronef était allé se planter dans le World Trade Center, son rythme cardiaque est passé à 43 à la minute. Mais c'est faux. En fait, il est descendu à 28, ce qui lui a permis de continuer de faire la lecture aux enfants à raison d'une phrase à la minute. Et sa première question fut: «Qu'est-ce que c'est que c'est que ça, un aéronef?».

En plus, l'avantage d'un rythme aussi bas réside dans le fait que le cerveau est moins irrigué. Cela empêche de trop réfléchir avant d'agir.

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Une bonne main en terminant pour Germain Boulianne, de Hull (maintenant Gatineau), qui a remporté il y a dix jours le championnat du monde de Scrabble de langue française à Marrakech, au Maroc. Boulianne a terminé les sept matchs au programme avec un total ahurissant de 6515 points (sur un maximum possible de 6549), un seul de plus que le Français Franck Maniquant. Le coup fatidique fut le 21e de la dernière partie, alors que Maniquant a perdu deux points en ne trouvant pas QAT, le célèbre arbuste yéménite dont on mâche les feuilles pour se donner une belle personnalité et qui, lorsque enduites de chocolat, prennent le nom de Qit Qat.

Boulianne devient ainsi le premier Québécois à décrocher le titre mondial. On peut rejouer toutes les parties du tournoi en se rendant au site de la Fédération française, www.ffsc.fr.

jdion@ledevoir.com

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