QS n’est pas au bout de ses peines

La motion de blâme envers le Collectif antiraciste décolonial (CAD), dont le conseil national de Québec solidaire sera saisi en fin de semaine, révèle simplement la pointe de l’iceberg. Comment contrer la nébuleuse gauchiste ?

L’appui que le CAD a donné au professeur Amir Attaran, de l’Université d’Ottawa, qui avait qualifié le Québec d’« Alabama du Nord » dirigé par un gouvernement de « suprémacistes blancs » qui pratique un « lynchage médical » de ses minorités visibles, était trop scandaleux pour que la direction du parti passe l’éponge.

Dans un premier temps, Gabriel Nadeau-Dubois n’avait pourtant pas osé condamner le CAD. « On est dans une société où les gens ont la liberté d’expression. Cette liberté-là, elle vaut autant à l’intérieur d’un parti politique », avait-il affirmé.

M. Nadeau-Dubois connaissait trop bien son parti pour ne pas savoir à quel point il constitue un nœud de vipères dont on n’a pas idée. Chercher à le démêler est une entreprise risquée. Il faudra pourtant bien s’y résoudre si QS veut véritablement s’implanter à l’extérieur de son habitat naturel.

Le CAD, qui est officiellement reconnu comme un club politique à l’intérieur de QS, n’est pas le seul groupe qui s’emploie à l’infiltrer. Il y en a un autre, encore moins connu, Révolution écosocialiste (RS), fondé en 2018, qui a pris la relève du Réseau écosocialiste, né en 2013 dans la foulée de la grève étudiante de l’année précédente.

RS se présente comme un « courant de gauche » au sein de QS, dont le but est d’« en finir avec le capitalisme et [de] jeter les bases d’une société nouvelle », ce qui nécessite notamment « le retour à un syndicalisme de combat ». Non seulement son programme est plus radical que celui de QS, mais il conteste aussi son leadership, qui mènerait le parti tout droit à son embourgeoisement.

Dans une entrevue accordée en novembre dernier à la revue Nouveaux Cahiers du socialisme, un des « initiateurs » de RS, Benoit Renaud, dénonçait ce qu’il qualifiait de « bureaucratisation » de QS. « Les succès électoraux et la croissance de QS mènent fatalement à la constitution d’une couche de spécialistes de la politique. Le danger est que cette minorité bien placée en vienne à se substituer à la base militante ou à se voir comme le leadership du parti. C’est le phénomène bien connu de la bureaucratisation qui a miné tant de partis de gauche à travers l’histoire », expliquait-il.

Le débat sur le Collectif antiraciste décolonial qui aura lieu au conseil national en sera aussi un sur la démocratie interne du parti. Sur le site Presse-toi à gauche !, qui se veut « une tribune libre pour la gauche québécoise en marche », une membre du CAD, Sibel Epi Ataogul, également membre fondatrice de QS, dénonçait à la fin d’avril la façon dont les représentantes du CAD avaient été traitées par la direction de QS, plus précisément le Comité de coordination national (CCN), mieux connu sous le nom de « Politburo », avant même que l’affaire Attaran éclate.

« Elles ont été convoquées par le président et le secrétaire général. Il faut aussi constater que cette dynamique avait un caractère difficile : deux personnes blanches de la direction qui interpellent des personnes racisées et les “convoquent” pour un rappel à l’ordre. […] Tout cela me dit, à moi, comme étant une femme québécoise immigrante, issue d’un pays musulman, qui milite avec un point de vue résolument à gauche et radical mais aussi indépendantiste, que, malgré tout mon travail pour QS, je n’ai pas les mêmes droits que mes camarades blancs. »

Qui l’eût cru ? QS, qui a dénoncé sur tous les tons le refus de reconnaître l’existence d’un racisme systémique au Québec, en serait lui-même coupable. Qui plus est, avec la motion de blâme envers le CAD, QS adopterait le même comportement bassement électoraliste que la CAQ !

« J’y vois, à tort j’espère, une stratégie politique pour aller chercher des votes à l’extérieur de Montréal, où la CAQ a ses appuis. On semble avoir fait relativement le plein à Montréal pour le moment et on fait le pari que cette question-là d’antiracisme n’est pas très populaire à l’extérieur de Montréal. Voici pourquoi cette motion contre le CAD me semble comme étant une lutte politique », dit Mme Ataogul.

Elle n’est pas la seule à le penser. Dans un texte également publié sur le site Presse-toi à gauche ! au début de mai, un autre contestataire de la démocratie interne de QS, Marc Bonhomme, voit aussi dans le procès fait au CAD une volonté de « rechercher d’abord le vote caquiste et péquiste corrompu par le nationalisme identitaire, quitte à perdre un moins nombreux vote “non blanc” et celui de leurs alliés non francophones progressistes susceptibles au Quebec bashing ».

On verra en fin de semaine ce que les militants solidaires pensent de tout cela, mais le parti n’est assurément pas au bout de ses peines.

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